- Sauvegarde de Galard

 

TENTATIVE DE SAUVETAGE DE GENEVIÈVE DE GALARD

Diên-Biên-Phù 1954. 

Je vais vous raconter notre tentative désespérée et suicidaire pour essayer de récupérer à Diên-Biên-Phù Geneviève de Galard et son équipage.

C'était donc fin mars, vers le 28 ou 29, que la bataille faisait rage. Au cours d'une tentative d'atterrissage de nuit pour essayer de récupérer quelques blessés, l'avion, piloté par le commandant en second du groupe "Béarn", et dans lequel était Geneviève de Galard, avait été endommagé à l'atterrissage et n'avait pas pu redécoller. Et, bien entendu, à l'aube, les Viets artilleurs se sont fait un amalin plaisir de le détruire.

La nuit suivante, le commandant du groupe "Béarn", avait tenté d'aller très courageusement le récupérer et n'avait pas pu réussir en raison des conditions météo épouvantables. C'était donc un largage de jour. J'étais en train de larguer des munitions sur le camp retranché. Une DCA épouvantable. Je me souviens : à un moment donné, trois obus de DCA ont secoué l'avion et les dispatchers qui étaient à la porte sont venus me trouver un peu pâles, en me disant :

- « Mon Lieutenant, ça a pété à hauteur de la porte ».

Inutile de dire que l'on était serrés de près.

On a pu mener à bien notre mission. On avait terminé quand j'ai été interpellé à la radio par le commandant du Groupe "Béarn", plus exactement par le commandant en second, le Cdt Blanchet qui était le pilote de Geneviève de Galard et qui m'a assez violemment pris à partie, pas moi personnellement - il ne savait pas qui était le pilote de ce Dakota qui tournait au dessus de la cuvette. Il m'a dit :

- « Quand est-ce que vous allez vous décider à venir nous tirer de là. Ce sera la première fois dans son histoire que l'Armée de l'air abandonne un équipage aux mains de l'ennemi ».

Le pauvre homme était désespéré. Moi, j'étais embêté, et, pour m'en tirer, j'ai dit :

- « Eh bien Ecoutez, mon commandant. Moi je fais ce qu'on me dit de faire. Si on me donne l'ordre de venir vous chercher, j'essaierai ».

J'avoue honnêtement que j'ai dit cela pour me tirer d'affaire. Je ne me faisais aucune illusion quant aux chances d'aller le récupérer. Et je ne pensais déjà plus à ça.

On est rentré à Hanoï. Je finissais de dîner quand le commandant du groupe "Sénégal", le Cdt de Saint-Marc et le chef des opérations, le Cne Rougier, sont venus me trouver et m'on dit :

- « Eh bien, voilà ; il paraît que vous êtes volontaire pour aller récupérer l'équipage du Cdt Blanchet et Geneviève de Galard. Et bien ! Mon petit vieux, vous allez y aller ».

Inutile de vous dire, vous aviez vu l'ambiance. On s'est retrouvé aux pieds du Dakota avec le moral. Il fallait y aller ? Il fallait y aller ! Je vous dis franchement que nous ne nous faisions aucune illusion : nous étions certains qu'une nuit plus tard nous serions morts.

On est arrivé sur la cuvette, la bataille faisait rage. C'était, je crois, la nuit du 29 au 30, ou du 30 au 31 mars 1954. Ça illuminait de partout. Je fais une première tentative et j'ai été obligé de remettre les gaz à basse altitude parce que le gonio qui était censé me donner quelque cap ne pouvait pas le faire, le pauvre bougre : il prenait des 105 plein la gueule. J'ai donc remis les gaz. J'ai voulu faire une deuxième tentative et, à ce moment, le Cdt Guérin, pilote de chasse, qui, sur sol, réglait, pendant toute la bataille avec un calme et un sang froid admirables le ballet aérien, d'une voix presque en colère m'a dit :

- « Adias, arrêtez vos conneries. Je vous donne l'ordre de rentrer à Hanoï ».

Et nous sommes rentrés sur Hanoï. Inutile de vous dire qu'au retour, les gars de l'équipage, ils chantaient...

Ça a été la dernière tentative. A partir de ce moment-là, jamais plus personne n'a pu atterrir sur le terrain de Diên-Biên-Phù, et l'équipage et Geneviève de Galard sont restés prisonniers.

Je dois reconnaître que si nous sommes en vie, on le doit à l'autorité dont à fait preuve le Cdt Guérin qui était un grand monsieur et qui a pris sur lui de dire :

- « Arrêtez vos conneries. Rentrez, vous allez vous faire tuer pour rien ».

                                                                                                     Jean ADIAS

 

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Date de dernière mise à jour : 29/03/2014