- Opération Tamouré (1)

 

OPERATION TAMOURÉ (1)

LE CONVOYAGE ALLER.

La mission

Convoyer en vol un Mirage IV depuis la France jusqu’à Hao, afin de faire un test en grandeur réelle de la capacité nucléaire de notre pays. Mission confiée à la 91e Escadre de bombardement basée à Mont-de-Marsan :

 - L'ERV 4/91 “Landes” assure le déploiement, grâce à ses ravitailleurs et ses équipages,
 - L’EB 1/91 met en œuvre le Mirage IV n°36.

Les vols de 5 ou 6 h sont courants, mais un tel voyage n’a encore jamais été fait. Il y a eu un essai préalable vers la Guadeloupe pour préfigurer ce vol transatlantique, essai qui a avorté pour ennuis techniques.

Tamour itineraireentier2 r Les distances sont approximatives

Exécution

Tout est prévu pour le 10 mai 1966, et cette date est respectée.

Moyens :

- 3 C-135,
- 1 Mirage IV,
- 1 de rechange acheminé par bateau, qui sera remonté sur place à Hao par les équipes techniques de la 91e Escadre.

Le C-135 “UN”, part la veille avec les mécanos et le lot nécessaire pour la mise en œuvre aux escales.

Équipage : Cdt Rigault, Cne Daridan, Adc Donato.
Cet avion va directement à la base aérienne d’Otis, dans le Massachussets, près de Boston.
En plus de son rôle de support, il est prévu de venir à la rencontre du Mirage IV pour assurer un dernier ravitaillement, si besoin, et son arrivée à Otis AFB.

Le C-135 “DEUX”, assure les ravitaillements en route de tout le voyage, et l’accompagnement du Mirage IV .

Équipages : Cdt Bellanger, Cne Yollant.
À bord se trouve également le deuxième équipage du Mirage, Cne Dumas, Cne Loisy, ainsi que le cdt des FAS (sauf erreur) et le cdt de la 91e Escadre, respectivement Général Maurin, Colonel Blanc et quelques Huiles ayant participé à l’élaboration de cette mission dans les États-majors.

Le C135 “TROIS”,

Équipage : Cne Chatellier, Lt Deneuve, Sgc Gaucher, Adt Nouvel
Assure le premier Rvt au départ de Mont-de-Marsan, ce qui va préserver du pétrole pour le convoyeur, et permettre au Mirage IV de décoller sans avoir fait le plein de ses bidons et monter plus rapidement vers son niveau de croisière.
Il rentre au bercail après avoir donné à boire au large de La Corogne.

Itinéraires :

Comme pour toute mission comportant des RVTs, la sécurité prime. 

AtlantiqueL’itinéraire atlantique, (7 h 50 de vol).

Après le premier RVT, infléchit sa trajectoire vers les Açores, remonte ensuite vers Terre Neuve et enfin prend la direction des USA.

Le Mirage IV peut, après son RVT1, soit rejoindre sa base, soit rejoindre les Açores. Au départ de cette dernière position, il prend 7 t 5 de pétrole, ce qui lui assure le retour aux Açores en cas d’ennuis et son vol vers Terre Neuve en supersonique, uniquement sur la fin du parcours car un autre élément de sécurité est de rester en binôme soit visuel, soit électronique avec son accompagnateur ainsi que le rendez- vous avec le C-135 “UN” au large des USA pour finir ce trajet.

Le vol ensemble présente de petits problèmes car les vitesse respectives de croisière des deux machines sont différentes et l’on doit s’en accommoder. On adopte un mach de 0,8 qui pénalise un peu les deux avions, rapide pour le C-135 et lent pour le Mirage IV. Mais tout se passe comme prévu, les trois avions se retrouvent à OTIS, très bien accueillis par nos confrères Américains, pas ou peu impressionnés par cet avion qui pour eux est un gros chasseur .

On note 7 h 50 de vol pour le C-135 “DEUX” sur cette première étape.

Largement mise à contribution pour la sécurité sur ce vol, l’Aéronavale avec ses Neptune, la SAR avec un Constellation, et l’alerte à Gander, Terre Neuve, ainsi que le support des Gardes côtes américains. Support apprécié et absolument nécessaire car une éjection, même au mois de mai dans l’Atlantique, et la récupération de l’équipage ne doit pas être chose facile ni sympathique pour les navigants.

Ces vols ont nécessité de nombreux contacts avec les autorités compétentes, tant en matière d’utilisation de fréquences (le Mirage IV n’a pas de VHF), que de réservation d’espace aérien, car à cette époque le ravitaillement en post-combustion n’avait pas été complètement exploré, et il fallait donc bloquer des zones entre 30.000 et 15.000 pieds pour effectuer les pleins en descente, et remonter ensuite aux niveaux de croisière.

À noter le 16 février un vol aller- retour Mont-de-Marsan / Cuers en T-33 avec le Cdt Cochennec, ou nous avons été reçus à bord du “Jaureguyberry” en rade de Toulon, et dont le but était l’attribution de fréquences radios pendant les survols où la marine veillait à la sécurité des vols.

Otis mirage iv de profil                                                                       Le Mirage IV n° 36 à Otis AFB. (Coll. J. Fernandez)

Otis oxyge ne                                                    Opération de maintenance : au premier plan une citerne d'oxygène liquide.
                                                    Sur la droite, l'un des C-135 qui accompagne le Mirage (Coll. J. Fernandez)

Otis re servoir ventral                       Gros plan sur le réservoir de 1.600 L, qui occupe sous le fuselage de l'avion la place de l'arme nucléaire,
                       et qui permet d'avoir une idée de la taille et du volume de la bombe française (Coll. J. Fernandez)

 

Deuxième étape, le 11 mai 1966. (6 h 30 de vol).

C’est la traversée des États-Unis de Boston (Otis AFB) à Sacramento, Californie, Mather AFB.

Traversee usa

Vol beaucoup plus classique qui durera 6 h 30, et où nous allons transférer 9 t à notre bombardier. Le C-135 “UN” est parti en avance pour réceptionner l’ensemble par la suite, et ce sera encore pareil pour la prochaine étape.

Le Mirage IV peut se faire un peu de supersonique au-dessus des grandes prairies du nord-ouest, et arriver seul comme un grand ! Demain les choses deviennent sérieuses, on affronte un morceau de Pacifique.

Les organismes un peu fatigués ont besoin de repos et nous n’allons pas trainer ce soir.

Il est à noter toutefois que, pour les équipages ayant été formés à Castle AFB en Californie, le retour, même court, dans cet état fut une joie. 
 

Troisième étape, le 12 mai 1966 (5 h 10 de vol).

Au revoir Sacramento, bonjour Honolulu ! Cela va nous prendre 5 h10 de vol, finalement une journée tranquille, mais avec le décalage, certains ont les yeux rouges. Le transfert du jour : 9 t en une fois.

Pacifique

À l’arrivée, petit moment de panique, Hickam possède deux pistes presque perpendiculaires, mais c’est un terrain mixte civil et Air force, et les fréquences dominantes sont en VHF, ce que le Mirage IV n’a pas.

En plus il arrive au break, procédure non classique, au moment où il y a des décollages sur la piste traversière ! Pas très contents les contrôleurs qui n’ont jamais vu ce type de “chasseur” sans radio faire une démonstration hasardeuse. Mais tout le monde se pose et on aura droit à un sérieux débriefing.

Anecdote : il est environ 15 h locales et tout le monde est affamé.. Nous nous présentons tous en tenue de vol ou de travail au Mess officier et demandons s’il est possible de se restaurer. Refus des personnes rencontrées, la tenue est obligatoire, et ils n’acceptent pas les NCO’S ( sous-officiers). Sur mon intervention auprès de l’officier de jour que, par le pur hasard j’ai connu à Spangdalem au cours de manœuvres interalliées, et grâce aussi à la présence dans le groupe de quelques étoiles, il nous arrange le coup, et après cette bonne nourriture typiquement made in USA, nous pouvons profiter de notre bref séjour Hawaiien.

Pas le temps de visiter le mémorial de Pearl Harbour, car beaucoup ont envie de trouver et voir les fameuses plages où le surf est roi. Difficile d’accéder à WaÏkiki beach, car comme dans toutes les grandes villes estivales américaines, l’accès se fait au travers des hôtels de luxe qui bordent les plages. Mais impossible n’est pas encore français.

Hickam mirage iv au pkg                             Venant de Travis AFB, le Mirage IV n° 36 vient de se poser à Hickam AFB à proximité d'Honolulu.
                    C'est la troisième étape du convoyage, effectuée par le Cdt Dubroca et le Cne Caubert (Coll. J. Fernandez)

Hickam profil                                             Toujours à Hickam, les Américains avaient pris le Mirage IV pour un chasseur, 
                               d'où leur surprise en apprenant qu'il s'agissait d'un bombardier stratégique ! (Coll. J. Fernandez)

Hickam dumas           Le Cne Dumas se prépare à grimper dans le cockpit du Mirage IV n° 36. Il va entreprendre,
           avec le Cne Loisy comme navigateur, la dernière étape du périple : Hickam AFB - Hao en Polynésie française
                                                                                                      (coll. J. Fernandez)

Hickam brelage

                          Les mécanos brêlent le pilote et le navigateur. L'avion est équipé en configuration lourde subsonique,
                          avec le réservoir de 1.600 L, qui occupe sous le fuselage la place de l'arme nucléaire, et les deux bidons
                          pendulaires de 2.500 L sous la voilure, ce qui fait un total de 6.600 L de carburant. (Coll. J. Fernandez)

Otis mirage iv de face                                      Le pilote et le navigateur sont installés, dernières mises au point avec les mécanos 
                                      avant de fermer le cockpit.( Coll. J. Fernandez) 
 

Quatrième et dernière étape, le 13 mai 1966. (6 h 10 de vol)

Il nous faudra 6 h 10 de vol et deux ravitaillements d’un total de 13 t pour arriver à destination : Hao, Polynésie française. 

Hickan hao 1
Le Col Blanc, cdt de la 91e Escadre de bombardement, est le patron du jour dans le C-135.

Dans le Mirage IV, nous avons le Cdt Dubroca et le Cne Caubert qui, par ailleurs, sera l’équipage du largage à venir.

Avant le départ, nous nous assurons que la Marine est en place sur le parcours entièrement maritime depuis Honolulu, seul moyen de recueil en cas de problèmes. Aucune île acueillante dans les environs et les requins pullulent. Il ne doit pas faire bon de s’y promener en dinghy.

Les trois machines sont prévues se retrouver en vol pour faire une arrivée en patrouille à Hao, Mirage IV en leader, les deux C-135 dans les ailes. Dans le C-135 “UN”, le Cdt Rigault est un ancien chasseur et la patrouille ne lui pose aucun soucis, ce qui n’est pas le cas du deuxième équipage, issu du transport, qui est fortement opposé à cette manip. Tension à bord.

Dans notre machine, le Col Blanc pilote, le Gal Maurin observe et tout se passe à merveille avec une belle arrivée à basse altitude sur la base d’Hao.

N’étant pas de service, j’ai pu filmer (Super-Huit) quelques séquences de ce vol, décollage, ravitaillement, patrouille à trois et, transposé sur DVD, je vais essayer de le faire suivre en pièce jointe. Pas de promesse toutefois.


 

Épilogue

Et voici comment en 4 étapes, 4 avions et la diligence de beaucoup de monde, là je salue particulièrement les équipes techniques souvent en retrait mais combien efficaces et indispensables ayant ou non participé à ce raid.

L’Armée de l’air, au travers de ce prélude à l’opération “Tamouré” vient d’inscrire un parfum d’exotisme dans son histoire. La suite est connue.

Lors d’un vol d’entrainement le Mirage IV qui à fait ce beau et long vol, est accidenté à l’atterrissage. Ce sera donc le spare qui aura le privilège d’exécuter le tir grandeur nature de l’engin nucléaire .

Il y aura la mission “Retour”, même itinéraire , après les expériences. Pour ma part, nous sommes rentrés trois jours plus tard par un vol sublime avec une seule escale à Anchorage (Alaska) en suivant le méridien 180 vers le nord, puis le Zéro après la verticale du pôle Nord, jusqu’à Mont-de-Marsan, le tout en 20 h 45 min, le plus court.

Il y a déjà maintenant 50 ans, et cette mission a sans doute été la plus importante de ma vie aéronautique, expliquant, mis à part quelques oublis ou erreurs, l’excellent souvenir que j’en conserve.
 

Les équipages

- Général Maurin, cdt les FAS,
- Col Blanc, cdt la 91e Escadre de bombardement.

- Mirage IV :

- Cdt Dubroca, Cne Caubert
- Cne Dumas, Cne Loisy

- C-135 “UN” :

- Cdt Rigault, Cne Dagain, Lt Broom, Adc Houssaye 
- Cne Daridan,…, Cne Moretti, Adc Nouvel

- C-135 “DEUX” :

- Cdt Bellanger, Lt Willems, Cne Sauvadet, Adc Bauzou
- Cne Yollant, Sgc Schwarz, Cne Rollet, Adc Poinfoux

  - C-135 “TROIS” :

- Cne Chatellier, Lt Deneuve, Sgc Gaucher, Adt Nouvel
- Mécanicien de piste : Adc Donato

Que les participants présents lors de cette manip veuillent bien m’excuser de ne pas tous les nommer, ma mémoire est faillible. Ils peuvent compléter pour rendre ce récit plus complet.

                                                                                                                        Paul YOLLANT

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Date de dernière mise à jour : 12/08/2016