-La vie des soldats avant 1939

 

LA VIE DES SOLDATS AVANT 1939

Maintenant les gens n'ont absolument aucune idée de ce qu'était la vie d'un simple soldat avant 1939.

D'abord : mal vêtu ; j'ai connu l'époque où l'on avait encore les vieilles tenues de la guerre 14-18, avec les bandes molletières ; des chambres de 50 qui n'étaient pas chauffées ; la nourriture en général infecte, du bœuf bouilli et des patates, ce qu'on appelait le rata du soldat. Ceux qui avaient un peu d'argent pouvaient aller à la cantine qui était tenue par des civils et se payer un beefsteck frites.

Ce qu'il fallait surtout éviter, c'est de tomber malade, en particulier sur cette base historique de Pau Pont-Long. Je vais vous expliquer pourquoi.

Vous avez pu remarquer, quand vous venez vers l'ancienne base, des bâtiments, des locaux qui sont en ruine, qui se sont complètement écroulés. C'était l'infirmerie. En effet, la bonne vieille base de Pau, créée en 1912, première unité militaire d'aviation au monde, avait une particularité excessivement rare et que, personnellement, je n'ai connue nulle part ailleurs : l'infirmerie, au lieu de se trouver sur la base, se trouvait à l'extérieur.

Ce qui fait que lorsque vous étiez malade, simple soldat, il fallait d'abord, à l'appel du matin, à 6 h, se faire porter malade auprès du Sgt de semaine qui le notait sur le cahier de service.

À 8 h, sur une sonnerie de clairon, même si l'on n'avait que les pattes de valide ou 40 de fièvre, il fallait courir au poste de garde où avait lieu le rassemblement des malades, et là nous partions, bien sûr à pied, en colonnes par trois, sous les ordres du Sgt de semaine ou du Caporal de semaine, direction l'infirmerie ; il n'était pas question d'avoir un véhicule ou une ambulance.

Ensuite, on arrivait à l'infirmerie. Il fallait attendre le major. À cette époque, le docteur était appelé, dans l'Armée de l'air, le major. Il fallait attendre que le major soit là, veuille bien nous examiner et à ce moment-là se posait un problème crucial.

Deux solutions : ou le major constatait que vous étiez malade et notait cela sur le cahier de service... Oh ! les soins étaient simples : quelques cachets d'aspirine, un peu de teinture d'iode et puis c'est tout, l'infirmerie, avant 39 n'était pas la pharmacie d'aujourd'hui. On repartait. On était équipés de sabots et, sur la route ça faisait : clic cloue, clic, cloue... et il fallait marcher au pas cadencé.

Mais là où le problème se posait, c'est que, selon son humeur, le major marquait sur le cahier de service, par exemple :

- Exempt de service deux jours, ou exempt de chaussures deux jours, exempt de marche trois jours pour qui avait les pieds en sang.
- Mais si jamais il marquait : consultation non motivée, au retour à la base - à droite il y avait le poste de garde et les locaux disciplinaires - au retour : consultation non motivée : vous alliez, malade ou pas, directement en prison et en général le tarif était 8 j de prison.

Il arrivait qu'on était en prison alors qu'on était mal fichu et que le major ne nous avait pas reconnu malade. C'est comme cela d'ailleurs que sur une base de l'Armée de l'Air française il y eut un drame : un malheureux soldat se plaignait de souffrir du ventre, il avait de la fièvre. Il ne fut pas reconnu et il mourut d'une péritonite.

Tout ça pour vous dire qu'avant la guerre de 39, la vie de soldat n'était pas rose. Et quand je pense que maintenant, pour un oui ou un non, on déclenche la cellule de soutien psychologique, croyez-moi, ça me fait doucement rigoler !

Je dois ajouter que, dès que nous étions brevetés pilotes, nous étions nommés caporaux ou caporaux-chef suivant les notes. En principe c'était caporaux-chef. Dès qu'on était caporaux-chef la vie changeait déjà beaucoup : on avait des galons sur les manches et on était beaucoup plus considérés.

Ensuite, dès qu'on arrivait en escadrille, on était nommé sous-officier et là c'était la belle vie, les officiers avaient de la considération pour nous, surtout le personnel navigant. Mais la vie de soldat était vraiment très dure. Ça nous formait, mais c'était très dur et les gens qui s'engagent maintenant n'ont aucune idée de ce que pouvait être la vie d'un soldat avant la guerre de 39. Nous étions soumis pratiquement à la même discipline, au même règlement que l'armée de 1900, avant la guerre de 14-18 , c'est à dire extrêmement dur pour la troupe.

D'autant plus que, comme je l'ai expliqué précédemment, dans l'Armée de l'air, l'encadrement avait été fourni par l'Armée de terre, l'Armée de l'air à sa création n'ayant fourni finalement que le personnel navigant et les mécaniciens. Autrement dit, c'était la discipline de fer de l'Armée de terre d'autrefois.

                                                                                                                         Jean ADIAS

La Base aérienne de Pont-Long à cette époque (DR)

Pont long cPont long bPont long aPont long d

 

 

Date de dernière mise à jour : 16/09/2014