Un terrible accident endeuille le "Béarn"

Lors de mon affectation en Indochine, le GT 1/64 ‟Béarn‟ était provisoirement installé, sous des tentes, sur la BA de Tourane. Après quelques missions depuis cette base vers Vientiane, Bach-Maï, Hué, Paksé, j'ai été désigné pour prendre le service de "Sgt de semaine" du 15 au 21 décembre 1950. C'est durant cette semaine qu'un terrible accident a littéralement décapité notre Groupe.

Junkers 52
Le 18 décembre 1950, une mission de bombardement est programmée pour le JU-52 n° 328 F-RBEH avec le Cne Lombard comme PCA, sur un objectif situé à environ 10 km dans le sud de Tourane (Da-Nang aujourd'hui), mission accompagnée par le JU-52 n° 384 F-RBDX du Lt de Saxcé PCA, transportant des stagiaires de l'École d'appui aérien de Hué.
Sur l’objectif, dès les bombes larguées, le navigateur-bombardier du "Echo Hôtel" observe qu'une lampe est restée allumée sur sa boite de commande, ce qui signifie qu'une bombe semble ne pas s'être détachée.
Sollicité pour aller vérifier de près, l'avion suiveur "Delta Xray" se rapproche par-dessous et … c'est l'accrochage !
Les deux avions tombent et percutent le sol à 10 h 40 vers Muong-Giap dans le sud de Tourane. La colonne de fumée, visible depuis la Base, ne laisse aucun espoir !...
Ont péri et sont "Morts pour la France" en ce 18 décembre 1950 :
- À bord du n° 328 EH :
- Cne Lombard, commandant de Groupe,
- Cne Schyn, leader navigateur-bombardier,
- Lt Soler, leader radio,
- Lt Chavanieu, officier adjoint technique,
- Sgt Moenne-Locoz, navigateur-bombardier,
- Sgt Rapiat, radio (camarade de promotion dont c'était la première mission...)
- Sgt WIillerval, mécano volant,
- Sgt Pouget, mécano équipement,
- Sgt Bussi, mécano armement (j’étais arrivé avec lui par la ligne 102, Le Bourget – Saigon, à bord du C-47 F-RBFG du groupe ‟Anjou‟ et nous avions sympathisé ; Jeune marié, il quittait sa femme pour la première fois!...)
- À bord du n° 384 DX :
- Lt de Saxcé, leader pilote,
- Adj Guiraud pilote,
- Sgt Bertrand, navigateur,
- Sgt Dalet, radio,
- Sgt Albert, mécano volant
et avec eux :
- Sgt Lachaud du GATAC-Centre ainsi que dix membres de l'Armée de terre et cinq officiers vietnamiens de l’École d’appui aérien.
Les corps disloqués et carbonisés sont ramenés à Tourane le soir même, répartis dans 30 cercueils et rassemblés dans une chapelle ardente. Je n'ai guère eu de difficultés pour relever, toutes les heures, le piquet d'honneur placé à leur chevet.


Les débris des deux appareils (Daniel Crouillebois)
Dès le lendemain 19 décembre, le Groupe consacre toute la journée à rendre les derniers honneurs à ses morts, en union avec toutes les autorités de la Place de Tourane.

Les sépultures dans le cimetière de Tourane (Bernard Gaudineau)
Le Cne Walter assume, par intérim, la fonction de Cdt de Groupe jusqu'au retour du Cne Lacoste, Cdt en second, hospitalisé à Saigon.
Après cette terrible épreuve, l'ambiance des "Bœufs" est à la torpeur et à la tristesse. Cependant il faut bien assumer car la guerre ainsi que les missions, continuent !
Dès le 20 décembre, le Lt Sagot, chargé des OPS, envoie le Lt Poux et son équipage larguer des tracts dans la région de Vinh, véritable fief du Vie-Minh, tandis que le Lt L'Heveder et son équipage (Sander, Lacote, Houssay, Lamaison) partent l'après-midi sur le n°088 F-RBEU pour Paksé.
Service de semaine terminé, je pars le 22 décembre avec le Sgt Bonhomme pilote, pour "briquer l'axe", sur Tourane – Hué – Dong Hoï et retour à bord du n° 334 F-RBDG (celui qui est stocké dans l'entrepôt du Musée de l'air à Dugny depuis bien des années !)
Le 23 décembre, notre camarade Jouneau rentre, via Pleiku, d’un long détachement à Saigon et découvre à l’arrivée à Tourane, une caisse de Champagne oubliée sous le lit de sa chambre ; à qui appartient-elle ? Nul ne le sait, pas d'inscription ; n'a-t-elle pas été oubliée là, pour nous aider à conjurer le mauvais sort ? Toujours est-il qu'une fine équipe d’une douzaine de radios (Abadie, Bosc, Gadois, Gaudineau, Grandvalet, Jouneau, Lacote, Lanssade, Maestre, Sarreméjean, Secondi et qui encore ?...) se retrouve le soir du 24 décembre, "Chez O'KAY", le restaurant de l'aérogare, pour y faire un excellent dîner de Noël et, of course … au Champagne - dîner bien arrosé, cela va sans dire ! ...
En fin de soirée, l'ami Pierre Gvt tient absolument à nous faire assister à la messe de minuit. Une petite chapelle en bambou est érigée sur la base et, cahin-caha, nous nous y rendons. Lorsque nous y arrivons, non sans mal !... La messe est déjà commencée. Nous nous installons dans le fond et notre station debout quelque peu chancelante, occasionne quelques bruissements contre les parois en "képhen".
Quant à nos chants, et notamment celui du ‟Minuit chrétien‟, ils auront des accents ainsi que des relents quelque peu avinés. D’ailleurs, l’un d’entre-nous dont le train se déverrouille, se retrouve au sol !
Merci ‟Padre‟ de ne pas nous avoir virés avec pertes et fracas! ...
Bernard GAUDINEAU
Date de dernière mise à jour : 03/04/2020
Commentaires
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- 1. Daniel Caron Le 10/07/2026
Bonjour, je tombe par hasard sur cet accident d'avion en essayant de trouver des informations sur les Transmissions en Indochine et particulièrement sur l'Échelon Avancé N°3 de Tourane ou j'ai séjourné du 25 décembre 1949 au 15 mars 1952 comme technicien radio pour l'entretien et le dépannage des SCR300 ainsi que des détecteurs de mines SCR 625 du secteur Tourane Hué.
Je me souviens très bien de ce malheureux accident d'avion ; le parc Trans étant situé juste en face du Cinéma Morin je me souviens avoir vu passer les ambulances se dirigeant vers l'hôpital militaire au bout de l'Avenue.
J'avais 20 ans à l'époque, mais même maintenant à 96 ans il y a des choses que l'on n'oublie pas.
Je suis allé plusieurs fois au terrain d'aviation pour prendre le DC3 pour Hué et un jour, je pense que c'était en 1950, le commandement voulait que j'installe un SCR 300 sur un Spitfire pour réaliser la liaison avec les troupes au sol, bonne idée certes mais irréalisable car une fois dedans je visualisais l'impossibilité de l'installation. Le pilote arrivant à ce moment là a dit simplement « Et moi, je me mets où et je pilote comment ? » et l'affaire était close. Courant 1950 convoyant des matériels radio dépannés pour la 106ème CMT à Hué par le train (La Rafale) celui-ci a malencontreusement rencontré une mine dans le Col des Nuages et je me suis retrouvé pour 3 mois à l'Hôpital Militaire avec une fracture du tibia droit. J'ai fait ensuite un second séjour mais à Saïgon au Parc Central des Transmissions. -
- 2. Tricoire Le 22/05/2025
Un oncle était dans un des deux avions, le sous-lieutenant Émile Tricoire. -
- 3. Julie Soler Le 29/05/2023
Bonjour,
Je suis la petite fille du LT Léon SOLER.
J'ai retrouvé au décès de ma grand-mère les documents originaux expliquant l'accident.
Merci pour cet article. -
- 4. Mehdi_O Le 24/05/2022
Bonjour, le sergent Willerval était le frère de ma grand-mère. Merci pour cet hommage. -
- 5. vaxelaire Le 12/09/2021
Le SGT Jean Gustave Eugène BERTRAND était mon petit cousin de Cognières (70). -
- 6. Philippe Ducastelle Le 05/08/2020
J'ai mis votre excellent lien sur la page des Groupes Lourds en Indochine :
http://halifax346et347.canalblog.com
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