- Nuits de feu sur l'Allamagne

 

 

NUITS DE FEU SUR L'ALLEMAGNE


[...] Enfin arrive le jour, ou plutôt la nuit, tant attendue de la première mission. L’objectif est une usine de pétrole synthétique située près de Düsseldorf. 940 quadrimoteurs du Bomber Command participent à l’opération.

Le 2 novembre 1944 à 16 h 15, le Halifax "LW 443" E-Easy décolle avec à son bord l’équipage du Lt Condé. 

À 19 h 30, toutes les bombes sont larguées. L’avion allégé prend le chemin du retour. Le temps s’est considérablement amélioré. La nébulosité a diminué. Le ciel est propice pour la chasse ennemie.

Dans la tourelle arrière, le Sgt Soury-Lavergne raconte :

- « Je scrute les ténèbres. Dans l’interphone, le Lt Condé me demande si tout va bien. À peine ai-je eu le temps de répondre qu’une rafale de balles arrose le plan arrière. Je ne peux prévenir le pilote car le tube de mon inhalateur et le fil de mon interphone ont été sectionnés. Je me dirige vers l’avant pour récupérer l’inhalateur de secours. Je prends donc l’étroit couloir qui mène à la tourelle du mitrailleur supérieur. J’y retrouve mon ami Debroisse. Nous n’avons pas le temps de nous parler : une seconde rafale atteint l’avion et l’achève. Les flammes sortent de partout. Manifestement la partie est perdue. Nous n’avons qu’une solution : sauter.

Je m’apprête à le faire quand, en me retournant, je constate que mon ami a oublié de fixer le mousqueton de son parachute : oubli vite réparé. Je plonge dans le vide. Nous serons les deux seuls rescapés du E-Easy. »

Le Lt Henri Condé navigateur commandant d’avion,
l’Adj Lucien Mabille pilote,
le SLt André Petit bombardier,
le Sgc Henri Meyer radio et
le Sgt François Saytour mécanicien,
               périssent dans l’accident.


À travers la ligne Siegfried

Les deux mitrailleurs suspendus à leur parachute descendent lentement vers le sol. Ils sont à quelques kilomètres de l’objectif qui brûle dans la nuit. Tout en descendant, ils pensent aux représailles toujours possibles d’une population traumatisée par les bombardements…

Debroisse arrivera au sol sans incident. Il sera récupéré très rapidement par une patrouille allemande. Il passera le reste de la guerre dans un camp de prisonniers.

Quant à Soury-Lavergne, il se retrouve au sommet d’un arbre sans être blessé. Il descend de son inconfortable position. Exténué, il s’endort. Le froid et la pluie le réveillent. Il est trempé. Il se rend compte qu’il n’est pas recherché et décide de tenter la grande aventure en prenant la direction de l’ouest vers les lignes américaines qu’il sait établies à une centaine de kilomètres.

Il suit alors scrupuleusement les consignes qui lui ont été enseignées au cours de son entraînement. La première chose à faire est d’enterrer le parachute. Pour cela il remonte au sommet de l’arbre, descend la corolle de toile blanche et l’enfouit dans un trou, sous un nid de feuillage. Puis il sort son escape box (boite d’évasion) qu’on lui a remise au briefing principal avant le départ de la mission. Il en sort le poivre qu’il répand sur le sol afin de déjouer le flair des chiens policiers… Il sort ensuite la petite boussole et la carte imprimée sur tissus. Il y a également, dans cet escape box, tout un matériel de survie qui lui sera très utile.

Le sergent Soury-Lavergne raconte :

- «  Afin que mon uniforme paraisse moins voyant, j’en barbouille les galons avec de la terre. J’enlève les tiges montantes de mes bottes et je prends la direction de l’ouest. Pendant cinq jours et cinq nuits, je marche. Parmi les difficultés que je rencontre, la plus importante fut celle de la traversée de la rivière Ruhr. Le pont est gardé par une sentinelle. Avant de le franchir, j’observe le comportement des officiers et sous-officiers quand ils l’empruntent. J’imite leurs gestes et leur démarche. Je réussis ainsi à surprendre l’attention de la sentinelle. Elle donnera l’alerte, mais trop tard.

De temps à autre, je me restaure en absorbant les comprimés de mon escape box. Enfin, j’arrive au milieu d’un décor de cauchemar. Le passage est truffé de casemates et d’ouvrages militaires. Je devine que je suis sur la ligne Siegfried. Les Américains sont de l’autre côté. Ils ne font pas de détail, ils tirent en permanence à la mitrailleuse lourde. Malgré cela, je réussis à franchir, non seulement les barrages, mais aussi les champs de mines. Finalement, j’ai la surprise de me trouver face à face avec une patrouille américaine qui me découvre au milieu de ce déluge de fer et de feu.

Je suis alors transféré dans un bureau où, à plusieurs reprises, je dois raconter mon histoire. Enfin, l’officier de renseignements me laisse partir et, de Bruxelles, je regagne l’Angleterre où, de nouveau, je suis mis au secret. Pendant deux jours, on m’interroge et on vérifie mon identité. Je suis enfin libéré. C’est alors que les Anglais me proposent de partir au Canada comme moniteur avec le grade d’officier.

Le sergent Soury-Lavergne ne peut accepter. Il est venu pour se battre. Tout ce qu’il désire est de retourner à Elvington (il y sera le 13 novembre 1944) et de reprendre les combats avec un nouvel équipage. Ainsi, il effectuera quinze missions de guerre.
 

Après la guerre

Il terminera sa vie de militaire en 1955 en qualité d’Adc et, depuis, il ne faut surtout pas lui demander ce qu’il a fait durant la guerre. Il n’en parle jamais. Ne lui demandez pas non plus quelles sont ses décorations. Il ne les porte que rarement. Il a simplement la Légion d’honneur, la médaille militaire, la croix de guerre, la médaille des Combattants volontaires, la médaille des Evadés de France, la médaille de la France libre, mais surtout, la Distinguished Flying Medal, celle qui lui tient le plus à cœur.

 

 



 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 03/11/2012