- Mon baptême de l'air

 

 

MON BAPTÊME DE L'AIR

Le 4 septembre 1944, je signais un engagement dans l’Armée de l’air, avec le secret espoir de partir aux USA pour faire mon pilotage.

Quelques jours plus tard, je reçu une lettre me disant de rejoindre le Bataillon de l’air 116, installé théoriquement dans les ruines du terrain de Saint-Cyr-l’École. En fait, nous étions regroupés dans deux grandes propriétés réquisitionnées de Fontenay-le Fleury.

Pendant mes jours de liberté, je faisais le tour des terrains des environs pour voir de près les appareils que j’avais pu observer dans le ciel, et pour avoir des contacts avec des membres des troupes alliées afin d’améliorer mon anglais.

Ce jour là, je me suis rendu à Villacoublay. J’ai trouvé un terrain ravagé par les bombardements : hangars effondrés, carcasses d’avions … etc. Les Américains avaient comblé de nombreux trous de bombes, dégagé quelques parkings et réparé sommairement la piste nord/sud.

Je venais juste d’arriver sur la plate-forme quand j’ai assisté à un accident assez spectaculaire : un Norseman à l’atterrissage se présente un peu court, heurte une épave d’avion allemand et rebondi à une certaine hauteur. Le train d’atterrissage se brise, libérant les haubans le reliant aux ailes qui se replient vers le haut. L’avion s’écrase d’une hauteur d’environ 10m. Je distingue l’équipage qui s’éloigne rapidement alors que l’avion prend feu.

Norsemann
Le Noorduyn UC-64 "Norseman" (DR)

Un peu secoué par ce dont j’avais été le témoin, je me dirige vers un appareil, dont j’avais entendu parler et qui, à l’époque, était encore secret, le chasseur de nuit P-61 Blackwidow.

Black Widow
Northrop P-61 "Blackwidow" (DR)

Je m’approche et commence à prendre des photos de cet oiseau rare. Des MP, que je n’avais pas vu arriver, me confisquent mon appareil photo, me font monter dans une jeep et m’emmènent à la Prévauté où je suis interrogé par un capitaine de la Military Police.

J’explique que je venais de m’engager dans l’Armée de l'air et que je devais partir prochainement aux États-Unis pour faire mon pilotage (À cette date, rien n’était moins sûr !). Le capitaine me fait gentiment un petit sermon, me rend mon appareil photo après avoir retiré la pellicule et me souhaite un bon séjour dans son pays. Je n’étais pas fier de mon exploit et n’en ai jamais parlé à personne.

Une autre fois, je suis allé à Buc où j’ai fait la connaissance d’un sergent, pilote de liaison. À midi, il m’a trouvé une gamelle et m’a emmené manger à la roulante. Ensuite, et sans que je ne lui ai rien demandé, il m’a proposé de faire un tour en avion. Vous vous imaginez que j’ai immédiatement dit oui à ce qui allait être mon baptême de l’air.

Brêlé dans un Stinson L-5 "Sentinel", j’ai vécu intensément ce premier décollage dont j’avais souvent rêvé. Je me souviens avoir été surpris par la vision du paysage qui s’enfonce et celle de l’horizon qui s’éloigne toujours plus.

Sentinel
Stinson L-5 "Sentinel"

À un moment, le pilote a piqué puis est parti en boucle, évolution certainement non autorisée sur ce type d’appareil. Il a tiré comme un sourd me collant au siège alors que ma vision s’obscurcissait.

Je n’ai malheureusement pas noté la date de ce premier vol au cours duquel j’ai non seulement pris mon baptême de l’air, mais également mon baptême voltige ainsi que la découverte des effets des "g" et du voile noir.

                                                                                                         Jean HOUBEN

 terrain-de-buc.jpg                                                                                         Le terrain de Buc aujourd'hui !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 29/11/2012