La nuit du 4 août 1944

Mission du groupe "Lorraine" : harcèlement des troupes et blindés allemands, afin de les fixer dans le secteur sur de Caen, pour les empêcher d'aller dans la région de Mortain-Avranches, où l'armée du général Patton avait effectué sa percée.
- Nombre d'avions engagés : 11.
- Nombre d'avions abattus : 4, plus un très endommagé qui se pose à B5 (plage de débarquement).

Ce type de mission n'avait lieu qu'en période de pleine lune et était dénommé Night Intruder Patrol. Le Lcl Gorry (Fourquet) décolle le premier : les autres avions suivent de 5 minutes en 5 minutes.

4 août 0 h 45

Nous étions en patrouille derrière le front (Condé-sur-Noireau - Domfront - Thury-Harcourt - Falaise - Saint-Pierre-sur-Dive) depuis une heure environ, lorsque Cornement (navigateur bombardier) vit les premiers chars et véhicules allemands sur la route de Falaise à Caen. Il me dit d'armer les bombes et de monter à 1.500 pieds (ces bombes n'avaient pas de fusées retard). Nous avons viré à gauche, et je me suis mis face à la lune, en position de montée maximum. La DCA crachait normalement, puis elle devint très dense, on voyait pratiquement le sol (c'était du 20 et 40 mm Bofors).

À la fin du virage, le moteur droit fut atteint et se mit à cafouiller puis la queue fut touchée, l'avion avait tendance à déraper à droite, le moteur gauche fut touché à son tour. Certain que nous n'arriverions pas à monter à 1.200 pieds (minimum pour nous larguer en parachute), j'avertis l'équipage de prendre la position de crash. Cornement me fit confirmer que les bombes étaient bien sur Safe et les trappes ouvertes. Je luis répondis par l'affirmative et je larguai les bombes. La DCA toucha encore l'avion, alors que celui-ci perdait très rapidement de l'altitude.

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Je vis arriver la colline boisée sur laquelle nous allions crasher. L'avion était à peu près horizontal lorsqu'il toucha les premiers arbres. Des chocs très violents se succédèrent jusqu'à ce que je perde connaissance. Je n'ai jamais su comment j'ai été éjecté de l'amas de ferraille. Le carburant prit feu. Les munitions commencèrent à exploser, on y voyait très bien, j'étais à une vingtaine de mètres de l'incendie.

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Les débris du "Boston"

Quelqu'un gémissait au milieu des ferrailles, c'était Cornement. Il avait les jambes très abîmées et ne pouvait marcher. Je le traînais comme je pus en dehors des débris, ce qui prit pas mal de temps, étant moi-même blessé. J'ai calé Cornement du mieux que j'ai pu contre une souche d'arbre et je suis retourné auprès des restes de l'avion en appelant Dumont et Ricardou, les deux autres membres de l'équipage. N'obtenant pas de réponse, je suis retourné auprès de Cornement, qui souffrait beaucoup. Il m'a demandé d'aller chercher du secours. Je suis parti en direction du sud. J'avais du mal à marcher et je n'y voyais plus très bien, mon œil droit étant presque fermé. Peu de temps après, un Mosquito est venu et a fait quatre passes de tir au canon 20 mm sur les restes de notre Boston. Une chose m'a intrigué : le silence de la DCA alors que le Mosquito était très visible.

Je ne sais combien de kilomètres j'ai parcouru avant le lever du jour, mais je n'étais pas allé bien loin car je tombais dès que je butais sur quelque chose. Vers 7 heures du matin, je débouchais sur un grand champ plat où travaillaient trois paysans. Je leur fis de grands gestes, mais ils n'avaient pas l'air de se presser pour autant. Lorsqu'ils atteignirent la lisière du champ où j'étais accroupi le long d'une haie, je déclinais mon identité. Malheureusement, la réaction fut des plus décevantes. Ils me dirent que nous étions sur la commune d'Épaney que le secteur était tenu par des Panzer SS et qu'ils "ne voulaient pas être emmerdés".

Je me remis donc debout et continuai mon périple. En me retournant, je vis que les trois hommes étaient retournés dans le champ. Deux de ces hommes devaient avoir dans les 50-55 ans, et le plus jeune 18 à 20 ans. Cette première rencontre sur le sol de mon pays ne m'avait guère remonté le moral. J'ai marché toujours plein sud, ou plutôt j'essayais de marcher, car je tombais sans arrêt et je saignais toujours de ma blessure à la tête. Il commençait à faire très chaud, ce qui n'arrangeait rien.

Vers 11 heures, en haut d'une butte, je vis un paysan qui moissonnait avec un cheval. Je lui fis de grands signes, et il comprit tout de suite. Il arrêta le cheval et vint à pied me voir, à l'abri d'une haie où je m'étais assis. C'était un jeune d'une vingtaine d'années. Je lui dis qui j'étais, et lui demandai s'il pouvait m'aider. Très calmement, il me dit que nous étions à 1 km du village d'Épaney, que les Panzer SS étaient dans le village, et qu'il ne pouvait pas m'amener chez lui. Il retourna à l'attelage, revint avec une faucille, fit une trouée dans la haie et m'y poussa. Il me dit qu'il allait continuer à travailler normalement jusqu'à midi et qu'il reviendrait après déjeuner accompagné de son père. Comme promis, ils revinrent vers 13 h 30. Le père, un ancien de Verdun, m'embrassa et me donna les victuailles qu'il avait apportées : du cidre bouché, une terrine de pâté, du beurre et une boule de pain. Je ne pus rien manger ! Il pansa alors mes plaies, sauf la tête, avec de l'eau de Javel diluée et me fit un lit avec une couverture épaisse. Son fils et lui fermèrent le trou de la haie avec des bottes de paille et me promirent de revenir le lendemain matin. Je dormis quelques heures. Un besoin pressant me réveilla, mais je n'arrivais pas à uriner autre chose que quelques gouttes sanguinolentes et j'avais très mal aux reins.

6 août

Vers 6 h 45, je fus réveillé par le bruit de la faucheuse. Je regardais à travers les bottes de paille. Le jeune était là sur la faucheuse et son père ne tarda pas à me rejoindre. Il avait apporté du savon, un blaireau et un rasoir Gillette. Il me rasa du mieux qu'il put. Il retourna à la faucheuse et revint avec les vêtements civils que je lui avais demandés. J'échangeai donc mon battle-dress contre des vêtements civils trop grands pour moi. J'eus même une casquette pour cacher ma blessure à la tête.

- « Et maintenant », dis-je, il faudrait essayer de me trouver un vélo »

Lorsque nous partions en mission, nous avions une trousse escape contenant pas mal d'argent des différents pays survolés. Je donnai à cet homme secourable mes marks, guldens et francs belges qu'il pourrait échanger une fois la paix revenue. Le soir, mon ami revint avec l'instituteur, secrétaire de mairie, un jeune de mon âge, très ouvert, qui promit de me faire une "vraie fausse carte d'identité". Ils me dirent que pour le vélo, le forgeron du village, un certain L'homme, avait déjà le cadre. Je leur expliquai qu'il fallait me trouver un porte-bagages et une valise pour que j'aie l'air d'un réfugié. Mon intention était d'aller vers Domfront-Mayenne pour rejoindre les soldats américains (j'ignorais que les GI étaient à Rennes depuis le 5 août).

7 août

Dans la matinée, deux hommes s'approchèrent de la cache. Je ne bougeai pas. Ils parlaient français, l'un d'eux était le propriétaire de fermes des alentours (c'est mon jeune ami qui me le dit le même soir). Je pensais qu'il était temps de partir. Trop de gens étaient maintenant au courant de ma présence.

8 août

Mes amis vinrent me voir. Le vélo était prêt. Ma carte d'identité était très bien mais un peu neuve. J'habitais et étais né à Troarn (Calvados), occupé par les blindés canadiens depuis le début juillet : invérifiable ! Qu'étaient devenus les autres membres de l'équipage ? Les gens avaient l'interdiction de circuler, les épaves de toutes sortes étaient nombreuses dans le secteur. Je n'ai rien pu savoir et je pensais que les trois autres étaient morts. Après mon retour en Angleterre, le 22 août, j'appris que Dumont avait été éjecté avec sa tourelle et avait survécu pratiquement indemne, simplement sonné. Vers 9 heures le 5 août, ayant repris connaissance, il était allé à l'épave et avait parlé à Cornement, qui était mourant. Ricardou était mort.

Le jeune vint finir son travail dans le champ. Le voyant en fin d'après-midi, je lui dis que je voulais partir le lendemain, au lever du jour si possible.

9 août

Le fils vint me chercher pour retrouver son père qui était allé à vélo sur la route Saint-Pierre-sur-Dives - Falaise. Quand je vis le vélo, je n'en crus pas mes yeux : un guidon de course, pas de freins, un pignon fixe. Sur le porte-bagages : une couverture roulée et la valise avec le nécessaire pour me raser, et des victuailles pour plusieurs jours.

Les adieux avec ces deux braves paysans furent émouvants. Me voilà parti pour un rallye de la liberté ! D'abord j'allais doucement car mon genou droit avait quelques petits éclats. À la première descente, je me retrouvai par terre (à cause du pignon fixe). Lorsque j'arrivai à la route Caen-Falaise, personne dans les rues, la ville avait été complètement détruite. Je me dirigeais vers Putanges - La Ferté-Macé - Domfront. Là je tombai sur les paras allemands. Je compris qu'il se passait quelque chose. Il y avait des chars et des canons antichars à tous les croisements. Je m'en allai le plus vite possible par une petite route vers Lassay.

À la sortie de Lassay, je pris la route d'Ambières-le-Grand. À 3 km d'Ambières, j'entendis des coups de mortier et des rafales d'armes automatiques. Je fis demi-tour. J'étais si fatigué qu'il me fallait trouver une grange. À un croisement de routes, je vis une belle ferme. J'arrivai dans la cour, la fermière sortit, et je lui demandai si je pouvais dormir dans une grange. Elle me demanda si j'avais des papiers. Je lui montrai ma carte d'identité (personne d'autre ne me la réclamera). Elle fut satisfaite et me montra l'échelle pour monter dans la grange. De derrière un bâtiment annexe sortit soudain un grand sergent SS avec sa combinaison noire. Un char Tigre, recouvert de feuillage, était camouflé dans une cour. Cet homme me regarda et me dit en très bon français :

- « Vous êtes blessé monsieur ? »

Je répondis :

- « Oui, c'est une ambulance allemande qui m'a fait tomber et le chauffeur ne s'est même pas arrêté. »

- « Les Américains sont de l'autre côté de la Mayenne, vous ne pourrez pas passer. »
De jeunes SS vinrent aux nouvelles : ils avaient 16 ou 17 ans !

Je montais ma couverture et ma valise au grenier. Il devait être 21 heures et je descendis demander à la fermière si je pouvais avoir du lait. Elle me donna un pot de lait frais mais fut très étonnée quand je voulus payer avec un billet de 1000 francs (quelle faute ! J'avais gardé l'argent français contenu dans la trousse d'évasion. Tout avait été prévu, sauf la monnaie !). Elle me fit alors cadeau du lait. Les Allemands s'en allèrent en direction de l'est vers 23 h 30.

Après vingt-quatre heures d'observation, la famille Baudet me prit en charge, moyennant quelques menus travaux (tourner l'écrémeuse et la baratte tous les soirs, discuter avec les Allemands qui viennent, en passant, demander du pain et des omelettes).

Un jour, les soldats se retrouvèrent à huit dans la salle. Tout l'armement était rangé contre le mur. Mais, prudents, ils avaient gardé les grenades à manche accrochées au ceinturon. Ils étaient quelquefois très nerveux, tapaient sur la table et réclamaient du calvados. Je descendais alors à la cave remplir le pichet au tonneau.

J'avais choisi cette ferme car elle était située au croisement de deux routes, les Américains passeraient donc par là. Je n'avais jamais pensé que tant de soldats allemands se retiraient pratiquement sans officiers. Ils emmenaient leurs blessés dans des voitures à cheval avec un drap blanc par-dessus. J'ai même vu un vieux soldat qui poussait une brouette dans laquelle avaient pris place deux blessés. La confiance aidant, le deuxième jour, je fus promu garde de nuit de la propriété et je couchai dans le lit de la grand-mère. Avant la nuit, la famille partait dormir dans un abri aménagé dans une vieille cabane, à 1 km environ de la maison. La raison de ce déplacement était les bombardements de nuit de l'artillerie US : du 105 mm. Au lever du jour, je me levai et fis réchauffer la soupe pour mes "invités".

Matin du 15 août

J'entendis des chars sur la route. J'étais sûr que c'étaient les Américains. J'attendis qu'il fasse bien jour pour aller me rendre compte. Je sortis les tags (plaques d'identité) cachées dans mes chaussures et les montrai à un capitaine, qui fut satisfait. Ensuite, tout se déroula très vite. On m'amena saluer le général, commandant la division. Il donna des ordres pour que l'on me soigne au Field Hospital (hôpital de campagne), où il n'y avait pratiquement que des blessés allemands. Un capitaine me prit en charge et me fit donner des vêtements de GI. Après une bonne douche, et rasé de frais, j'étais transformé. Je fis part au capitaine de mon désir de revenir à la ferme remercier les Baudet. On me procura des savonnettes, des cigarettes, des lames de rasoir et du chocolat (choses rares) et un chauffeur me ramena à la ferme en Jeep. Les Baudet, à leur retour de l'abri, ce matin-là, avaient été très inquiets de ne pas me trouver, et de ne pas voir la soupe sur le feu ! M. Baudet me dit très calmement que j'avais eu tort de ne pas lui dire que j'étais un pilote en cavale ! Mme Baudet ajouta qu'elle s'était doutée dès le premier jour que je n'étais pas un réfugié ordinaire car je me rasais tous les jours après m'être lavé à la pompe dans la cour de la ferme. Les adieux furent plutôt tristes.

Lorsque je revins au QG de la division, un chauffeur et un MP m'attendaient pour m'amener sur un terrain de P-47 (avions de chasse américains) : piste en grilles posées sur une belle prairie. Le lieutenant-colonel qui commandait le groupe me fit raconter mon périple devant les pilotes. Il me félicita et m'amena au mess (sous la tente), où il me fit servir des œufs au jambon et un magnifique steak ! Vers 14 heures, je me séparai de ces sympathiques pilotes qui voulaient me garder avec eux. J'ai souvent regretté de ne pas être resté avec ces joyeux Texans.

Nous partons à trois dans une jeep en direction de B5 l’aérodrome de la France libérée, à 5 km de Bayeux, en vue de mon rapatriement en Angleterre.

Un Colonel anglais à qui je m’adresse, m’explique où se trouve le Manoir X où on s’occupe des gars dans ma situation. Le Manoir se trouve au milieu d’un parc, et c’est que lorsque la jeep s’arrête au milieu de la cour d’honneur que j’aperçois des soldats anglais en armes tout autour du parc. C’est un centre de réception pour les navigants qui se sont faits descendre sur les pays occupés. Tous les Officiers sont du MI5 (contre-espionnage). Pendant 4 jours je dois apporter la preuve que je ne suis pas manipulé par les Allemands.

C’est la partie la plus pénible de mon voyage.

Le 19 août

Enfin, arrivé à Croydon airport. Le MI5 est encore là. L’interrogatoire recommence, et ce n’est pas le cadeau de 5 Livres Sterling qui changera mon opinion désagréable vis-à-vis du ‟Military Intelligence 5‟

Finalement je rejoins le Groupe "Lorraine", après avoir reçu de la RAF une magnifique montre Longines.

Le 3 septembre 

Le roi Georges VI  me décore de la "Distinguished Flying Medal" (DFM, équivalent de 6 palmes).

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Le SLt Pierre Pierre, fin 1944

Ce récit succinct permet de me faire une idée de ce qui m’est arrivé : un crash à 500 km/h laisse des traces !
Je ne remercierai jamais assez les habitants d’Épaney. Sans eux, j’aurais passé 8 mois en Allemagne (prisonnier de guerre). J’ai terminé ma carrière de pilote dans l’Armée de l’air - 10.000 heures de vol - 463 missions de guerre en Grande Bretagne, Indochine et Algérie.

Pierre PIERRE (dit Peter Peter)

Ce texte a été publié dans les n° 31 de janvier 2004 et 32 de juillet 2004 de "La lettre des radionavigants" de l'ADRAR.
Les illustrations proviennent de "Icare" n° 176 de 2001.

 

*****

L’équipage :

• Sergent-chef Pierre Pierre (pilote)

• Sergent-chef Hubert Cornement

• Adjudant François Dumont

• Sergent-chef Louis Ricardou (mitrailleur)

Abattu dans la région des monts d'Eraines, à quatre kilomètres environ à vol d'oiseau de la commune de Jort dans le Calvados. Le Sgc Ricardou est tué. Le Sgc Cornement, grièvement blessé, sera plus tard retrouvé mort auprès de l'épave. Le Sgt Pierre Pierre, blessé et l'Adjt Dumont réussiront à échapper aux Allemands et à rejoindre les lignes alliées quelques jours plus tard.

*****

PIERRE Pierre
Né en mars 1922
Matricule FAFL : 30732

Civil, âgé de dix-huit ans et demi, il quitte Montpellier le 16 décembre 1940 et, par Perpignan, Barcelone et Madrid, il arrive à Lisbonne le 12 février 1941. Après avoir rejoint la Grande-Bretagne, il s'engage dans les FAFL le 22 mai 1941, ses services comptant du 16 décembre 1940. Volontaire pour être pilote, il effectue sa formation dans les écoles de la Royal Air Force. Le 2 décembre 1942, il obtient ses ailes de pilote (brevet n° 238 GB) et il est nommé sergent le même jour.

Affecté au groupe Lorraine début octobre 1943, il termine un premier tour d'opérations et en entame un second quelques mois plus tard. Il est promu sergent-chef le 16 mars 1944. Sérieusement blessé à la tête après le crash de son avion ce 4 août 1944 (fracture ouverte du pariétal droit), il réussit à échapper aux Allemands et à regagner les lignes alliées le 15 août.

Promu sous-lieutenant avec prise de rang du 25 juin 1944. Décoré de la DFC en septembre 1944, mentioned in dispaches, chevalier de la Légion d'honneur en décembre 1944, médaillé de la Résistance, il restera dans l'armée qu'il quittera en mars 1978.  […]

« L'avion du sergent-chef Pierre s'est écrasé dans un bois au nord-est de Falaise. Pierre, l'un de nos meilleurs pilotes, totalisait déjà près de cinquante missions, parmi les plus dangereuses. Il avait eu l'honneur exceptionnel comme sous-officier de mener plusieurs fois l'escadrille « Metz » au combat... » (Général Jean Garot).

François Sommer, qui était lieutenant navigateur au 342 Squadron à l'époque, écrit dans les Sans culottes de l'air, ouvrage qu'il a rédigé avec le général Valin et qui fut publié aux éditions Robert Laffont en 1954, que l'équipage de Pierre, baptisé « l'équipage des sergents », eut l'honneur pour la dernière mission de son premier tour d'opérations, au printemps 1944 de se voir confier le commandement d'une formation de vingt-quatre Boston dont douze du 88 Squadron de la RAF.

En fait, Sommer explique, dans un portrait du sergent Pierre, l'extraordinaire confiance que lui font les autorités françaises et britanniques en lui accordant, à lui et à ses camarades, "simples" sous-officiers, une telle responsabilité et un tel commandement :

- « Pierre avait accompli de tels progrès, son calme, sa force tranquille lui avaient si bien permis de s'affirmer à plusieurs reprises qu'il était parvenu à franchir petit à petit les échelons du commandement aérien... »

Rappelons tout de même, qu'à cette époque, le sergent-chef Pierre était âgé seulement de vingt-deux ans. Mais il servait au sein d'une armée, la Royal Air Force, qui fut capable de confier d'importants commandements à des Squadron Leader (commandant) et même Wing Commander (lieutenant-colonel) de vingt-et-un ans. À l'inverse, les FAFL avaient de « vieux » navigants dont l'âge était largement au-dessus de la moyenne fixée par les Kings régulations. C'est ainsi que François Sommer, fils d'un pionnier de l'aviation, frère d'un célèbre coureur automobile d'avant-guerre, industriel, s'était rajeuni de quelques années pour être pris dans le personnel navigant. Né en 1904, compagnon de la Libération, il est décédé en janvier 1973.

CORNEMENT Hubert, Jean, Camille
Né le 22 avril 1918 à Rambervillers dans les Vosges.
Matricule FAFL : 30796

Mobilisé au début de la guerre, il est blessé en juin 1940 et fait prisonnier. Il réussit à s'évader en décembre 1940 et passe en Algérie sur une barque de pêche avec quatre camarades.

Caporal, il embarque en mai 1941 comme garçon de salle sur le navire Winnipeg. Ce dernier est arraisonné par la Royal Navy au large des Antilles et Cornement quitte le bord pour s'engager dans les Forces Aériennes Françaises Libres le 2 août 1941. Il est affecté au 342 Squadron Lorraine comme sergent navigateur après sa formation dans les écoles de la RAF. Médaille des évadés en février 1946. Citation à l'Ordre de l'armée aérienne et Médaille de la Résistance en mars 1947. Médaille militaire en juin 1947. Dans les citations de 1947, Hubert Cornement est dit « évadé par l'URSS ». En revanche, la citation à l'Ordre du régiment lui accordant la Médaille des évadés précise : « … Fait prisonnier à Gerbéviller le 21 juin 1940, s'évade du camp de prisonniers de Lunéville... ». On sait que les Français évadés d'Allemagne sur l'URSS, avant juin 1941, échangèrent une captivité pour une autre... !
 

DUMONT François

Médaille militaire par décret du 30 décembre 1944 et chevalier de la Légion d'honneur en novembre 1948.
 

RICARDOU Louis, Jean, Joseph
Né le 19 juin 1910 à Lespignan dans l'Hérault.
Matricule FAFL : 35273

Fils d'un cantonnier, adopté comme Pupille de la Nation en 1919, il s'engage dans l'armée en 1928.

Il est légionnaire à la 13ème DBLE en 1940 lorsqu'après la campagne de Narvik, son unité ayant été ramenée en Grande-Bretagne, il rejoint les forces du général De Gaulle.

Cité en Norvège en 1940, cité en Érythrée en 1941, il est grièvement blessé pendant la campagne de Syrie le 21 juin 1941, blessure qui entraînera l'amputation de la cuisse droite.

Il est fait Compagnon de la Libération par décret du 23 juin 1941 signé au Caire par le général De Gaulle (dans ce texte, son nom est mal orthographié : on lit en effet "Soldat de 1ère classe Ricardi").

Sont nommés aussi, dans le même décret :
- Messmer (écrit Mesmer, ancien ministre),
- Simon (ancien grand chancelier de l'Ordre de la Libération, grièvement blessé le même jour que Ricardou)
- Quarante autres "militaires et aviateurs" (JO de la France Libre n°8 du 12 juillet 1941). […]

Médaillé militaire en avril 1942, nommé sergent en octobre 1942, Ricardou, devenu inapte au combat, est muté à Londres où il est destiné à devenir "chef des plantons" à l'État-major du général De Gaulle. Mais c'est sans compter sur le caractère volontaire du baroudeur qu'il est et ses démêlés avec la hiérarchie pour reprendre le combat ont fait l'objet d'un récit plein d'humour de François Sommer :  […]

 «... pour les deux premières missions, pour une raison que j'ignore, peut être simplement pour être sûr qu'il y ait au moins un guerrier confirmé à notre bord, le commandant nous avait confié Ricardou, ou nous avait confiés à lui. Pour être plus à l'aise dans l'avion, il laissait au départ sa jambe artificielle aux mécaniciens, mais pour le cas où l'avion devrait se poser en dehors de sa base, il emportait une paire de béquilles... » […]

Le Sgc Ricardou était aussi titulaire de la Croix de guerre Norvégienne, de la Médaille coloniale, de la Médaille des blessés et de la Médaille du Levant. Il fut cité à l'Ordre de l'Armée aérienne et décoré de la Médaille de la Résistance française, à titre posthume, en mars 1947.

*****

Le décès des Sgc aviateurs Louis Ricardou et Hubert Cornement fut enregistré le 7 avril 1945 sur les registres de l'état-civil de la commune de Perrières, sise à quelques kilomètres du lieu du crash. Ils sont déclarés morts à la date du 6 août 1944.  […]

En novembre 1946, en présence de l'Adj Dumont et de Mme Germaine L'Herbier Montagnon, les corps des Sgc Cornement et Ricardou, inhumés à côté des débris de leur appareil par les Canadiens quelques jours après leur mort, ont été transférés au cimetière de Perrières.

Le corps du Sgc Cornement fut récupéré par la suite par sa famille. Celui du Sgc Ricardou est toujours au cimetière de Perrières.

Yves MORIEULT
(Membre d’honneur de l’Amicale des Forces Aériennes Françaises Libres)

Date de dernière mise à jour : 24/01/2021

Commentaires

  • Michel Souris
    • 1. Michel Souris Le 23/01/2021
    Bonjour,
    Je désire savoir l'endroit précis du crash du Boston à Épaney / Perrières - 14 , le 5 août 1944.
    Je vous en remercie.
    Cordialement
    Michel Souris
    17100 Saintes
    Conservons la mémoire des hommes

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