- Derniére victoire

 

 

DERNIERE VICTOIRE, DERNIER MORT.

 

Le 25 février 1945, le groupe "Normandie-Niemen", réduit a deux escadrilles, se déplaça à Friedland. Une bande de terre, détrempée et meuble, au milieu d'un bois, impraticable au décollage. Le commandant Delfino apprit à son personnel qu'il était au semi-repos jusqu'à nouvel ordre, pendant que les Russes aménageaient la piste.

Les travaux se prolongèrent pendant plus de trois semaines. L'arrivée des renforts de Téhéran incita Delfino à recréer sa troisième escadrille et il décida que, dorénavant, toutes les sorties se feraient en force. En effet, après une grande concentration de moyens, l'armée russe se préparait à lancer une puissante offensive pour liquider définitivement la poche de Königsberg.

Pendant la dernière semaine de mars, de durs combats furent livrés, sans perte, contre la chasse ennemie du secteur, renforcée par celle de Dantzig, qui avait perdu tous ses aérodromes avancés. La plupart de ces combats se déroulèrent au-dessus de la Baltique, sans équipement spécial. Le 2 avril, "Normandie-Niemen" fit mouvement sur Badiau.

Königsberg fut, dès cette date, soumise à un bombardement intensif et gigantesque. Le 8 avril, pendant plus d'une heure et demie, d'innombrables avions de tous types déversèrent des tonnes de bombes sur une ville qui n'était plus qu'un brasier. Les Katiouchas (projectiles incendiaires à réaction) prirent à partie les quelques îlots épargnés par l'aviation. Le spectacle était hallucinant. Mais les Allemands ne capitulaient pas.

Depuis la côte, ils tiraient sur le terrain, situé dans le sud de la ville. Le commandant Delfino fit creuser des tranchées pour abriter le personnel.

Le 12 avril, l'aspirant Henri remporta la 273e victoire en abattant un Focke-Wulf 190. C'était sa cinquième. Son ami de Geoffre l'attendait à sa descente d'avion. 

- « Bravo, Henri, lui dit-il, mais ne nous attardons pas ici. Les Fritz nous laissent tranquilles depuis un bon
    moment, mais ne tentons pas le diable ».

Henri sourit :

- « Tu sais, je suis bigrement heureux! C'est ma mère qui va être contente. Elle m'attend en Savoie. Il y aura
     bientôt deux ans que je l'ai quittée ».

Soudain, la vigie, qui observait la côte à la jumelle, hurla à notre intention :

 - « Vniémanié, tovaritch » (« Attention, camarades! »).

Tout le monde se précipita vers les tranchées, les deux pilotes côte à côte. Une formidable explosion, toute proche, les couvrit de terre. Ils se relevèrent avec peine, sauf Henri qui restait allongé à un mètre de la tranchée.

Delfino et Charras se penchèrent sur lui et le relevèrent avec précaution. Tandis qu'ils le transportaient doucement, il respirait encore. Il articula très faiblement :

- « Ce ne sera rien. Je tiendrai le coup. Ne vous en faites pas. Je ne vais pas vous plaquer maintenant... »

 

Le sang coulait de sa nuque. Un éclat d'obus l'avait atteint à la tête. Il mourut le lendemain, malgré une intervention chirurgicale désespérée.

Le 42e pilote du "Normandie-Niemen" tombait,  mortellement blessé par l'artillerie allemande, le 12 avril 1945.

 

                                                                                                                                Jean GISCLON

georges-henry-copie.jpg                                                                                                     Georges Henry (DR)

 

 

> Extraits du livre de Jean GISCLON, « La grande aventure de la Chasse française » 

 

Date de dernière mise à jour : 29/08/2012