- Voodoo

 

LE VOODOO DE PIERRELATTE

 

Décollage de Nîmes, où nous sommes provisoirement basés, en début d’après–midi du 17 juillet 1965 sur le Vautour 2N n° 345 pour recherches et interceptions d’opportunités sous le contrôle de Rambert-radar.

Pilote : Lt Lussagnet,
Navigateur-radariste : Sgt Bichlberger

Nous volons paisiblement à 30.000 pieds sur un axe Lyon-Orange par temps beau et clair quand j’aperçois, à très basse altitude, un réacteur non identifié dont Rambert radar n’a pas connaissance. Intrigué par ses évolutions dans une zone formellement interdite de survol (l’usine nucléaire de Pierrelatte) je demande l’autorisation d’aller le reconnaître à vue. Aérofreins sortis, nous sommes derrière lui en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Voodoo 1
Le Mac-Donel RF101 "VOODO"» (DR)

Étonnement de ma part : l’appareil, un RF.101 Voodoo de reconnaissance de l’US Air Force, effectue des allers et retours à 300 ft sur l’usine de Pierrelatte. Nous nous approchons en formation serrée et, stupéfaction visible du pilote qui met pleins gaz et dégage vers le nord à 550 kt, suivi du Vautour.

Après une minute, estimant sans doute avoir semé "le petit français", il revient sur l’usine, toujours à 300 ft.

Et que découvre t-il, au deuxième passage, proche de son aile droite ? Lulu et BB en train de relever son identité ! Apparemment fâché, il allume les deux post-combustions et nous quitte (sans saluer) en montée vers Montélimar.

Nous rendons compte à Rambert radar, rentrons à Nîmes et nous retrouvons le lendemain presque impliqués dans un incident diplomatique. Et les copains :

- «On te visitera, on t’apportera des oranges, etc»

Plus sérieux : le général Ezzanno, commandant la Défense aérienne a obtenu, suite à mon compte-rendu, la remise par les autorités américaines des 175 photos de l’usine de Pierrelatte.

Voodoo 2
Les cameras dans le nez du "Voodoo" (DR)

Et les journaux :

- «La France accuse les USA d’espionnage atomique»,
- « Washington récuse» etc, etc

Voodoo 3

Le lendemain, convoqué à Taverny, je m’explique, me fais féliciter (oui, oui, c’est vrai !), et rentre à Nîmes parmi mes camarades déçus : pas d’oranges, pas de visites au parloir…

L’épilogue appartient au général Ezzanno, un grand bonhomme (si je puis me le permettre) qui alliait la "classe" à l’humour. Il me téléphone quelques jours plus tard disant :

- «Merci, Lussagnet, il y a longtemps que nous attendions cette preuve. Sachez que vous avez été
    récompensé, comme d’habitude en la personne de vos chefs : le Ministre m’a attribué une lettre
    de satisfaction !»

Finalement, nous, au Neu-Neu, on a bien ri.

Après.

                                                                                                          René LUSSAGNET

 

Le Voodoo de Pierrelatte à Châteauroux

En 1968, je travaillais dans une société civile qui employait, entre-autres, un ex-salarié de l’ex-base américaine de Châteauroux (Indre). Ce collègue, dont je ne parviens pas à retrouver le nom (qu’il veuille bien m’excuser), était alors analyste de gestion. Lors d’une discussion à laquelle assistaient plusieurs autres salariés de l’entreprise, il nous rapporta une expérience qu’il avait vécue en juillet 1965, époque où il était employé civil sur la base américaine de Châteauroux. Je vais tenter de restituer le plus fidèlement possible son témoignage :

« Au mois de juillet 1965, un grand remue-ménage se produit un jour sur la base de Châteauroux. Des cadres civils et des officiers américains, très nerveux, invitent le personnel français à se rendre de toute urgence sur le parking-aviation de la base. Surpris par cet ordre inhabituel, les salariés concernés l’exécutent néanmoins.

Arrivés au parking, ils assistent bientôt à l’atterrissage d’un avion de reconnaissance de l’US AIR FORCE qui vient stationner devant leur groupe. Les réacteurs à peine arrêtés, des mécaniciens US se précipitent, ouvrent les trappes abritant les caméras dont l’appareil est équipé, et en extraient les magasins contenant les films. Ils exposent ensuite les pellicules à la lumière du jour, les jettent sur le sol et les piétinent allègrement, sous les yeux des Français de plus en plus intrigués... qui sont invités à piétiner à leur tour, puis à constater qu’aucun film n’est exploitable !

Aucun Français ne comprend ce que cela signifie, et aucune explication n’est donnée sur le moment. Mais, les jours suivants, Presse, Radio, et Télévision évoquent à grand bruit l’incident du survol interdit de Pierrelatte.

Le collègue témoin de cette “petite histoire” qui fait partie de la grande, précisait que le pilote de l’avion américain avait alerté par radio ses autorités, aussitôt après avoir été intercepté.

Redoutant à juste titre la réaction du Général de Gaulle quand il apprendrait la trahison, les responsables américains avaient eu l’idée, pour désamorcer la crise prévisible, de détourner leur appareil vers une de leurs bases - Châteauroux - qui employait de nombreux civils français, et d’en faire les témoins de la destruction des films rapportés par l’avion.

Cela ne servit à rien, aucune des parties ne fit appel à ces témoins. »

Pour ma part, en me référant à l’article du Lt Lussagnet, je trouve savoureux qu’après toutes ces gesticulations, les autorités américaines aient encore trouvé le moyen de restituer 175 photos du site de Pierrelatte au Général Ezzanno...

Une caméra “oubliée” peut-être !...

                                                                                             Jacques TRIPIER

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 06/10/2016