- Vinh Yen

 

VINH-YEN

À la suite de l’évacuation, à travers la frontière nord de l’Indochine, de l’armée de Chan-Kai-Chek alors stationnée au
Quang-Si, rien ne séparait plus les forces de Mao-Tse-Tong de la guérilla Viet-Minh opérant au Tonkin. Celle-ci allait
alors recevoir une aide de plus en plus importante dans les domaines de l’armement, des transports et de l’instruction
du personnel, prodiguée en grande partie par l’URSS et la Chine.

Cette montée en puissance du Viet-Minh au nord du Tonkin préoccupant l’État-major de Saïgon, celui-ci décida, dans le courant du mois de décembre 1950, de renforcer ses forces stationnées dans cette région, l’aviation en particulier.

C’est ainsi que, dans les tous derniers jours de 1950, des Hellcat du "Normandie-Niemen", venus de Tan-Son-Nhut et du "Corse", en provenance de Nha-Trang, furent mis en place à Hanoi sur le terrain de Bach-Mai.

Dès le 1er janvier 1951, les sorties commencèrent pour attaquer les voies de communication menant de la frontière de Chine au delta, faisant intervenir, outre des JU52 et des B26, les Bearcat des groupes "Auvergne" et "Roussillon" stationnés à Cat-Bi près d’Haiphong en plus des appareils du "Corse" et du "NN".

À la mi-janvier, les Viets attaquèrent en masse Vinh-Yen, 40 km au NW de Hanoi, ses troupes dévalant du massif du Tam-Dao où elles s’étaient concentrées.

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(D’après Google-Earth)

Pour la première fois, nous n’avions plus à faire à de petits hommes en noir, mais à des combattants habillés en kaki, portant le célèbre casque en latanier, et équipés d’un armement moderne, à tel point que nous n’osions pas tirer pensant être en présence de troupes amies.

Le premier jour de l’attaque, j’étais équipier de Liautard et nous survolions la zone située au nord de Vinh-Yen. En-dessous de nous, des centaines de petits hommes verts, progressaient en colonne vers le sud. Toujours méfiant, et ne voulant pas commettre de méprise, mon chef de patrouille, s’est fait confirmer à plusieurs reprises l’ordre d’attaquer :

- « Mais je ne peux tirer, ce sont des nôtres, ils sont en kaki, ils se déplacent tranquillement, ils ne se dissimulent
     même pas ! »

- « Si, si, ce sont des Viets ! Tirez, tirez »

Nous avons alors commencé à mitrailler les Viets qui, à partir de cet instant, se sont dispersés et dissimulés.

Puis nous avons utilisé le napalm.

Dans un premier temps, cela a été préparé selon un mode plutôt artisanal : on versait une certaine quantité de granulé dans un bidon largable, on complétait avec de l’essence puis on introduisait un tube qui soufflait de l’air pour activer le mélange. En civil, un officier américain allait de l’un à l’autre pour donner des conseils et surveiller l’opération.

Puis, des quantités de plus en plus importantes étant demandées, il a fallu passer au mode semi-industriel : un atelier fonctionnait H24 et mettait en œuvre plusieurs équipes, certaine comportant même des prisonniers Viet-Minh, très dévoués. Pour travailler la nuit, des lampes avaient été installées, pas toujours dans des conditions de sécurité satisfaisantes, les fils baignant par endroits dans l’essence répandue sur le sol.

Ce qui devait arriver est arrivé et, une nuit vers une heure du matin, la sirène retentit. Dehors, un brasier éclaire le ciel. Non seulement brûlent les stocks de napalm stockés sous le hangar, mais également des caisses de matériels, de moteurs, la combustion de certaines pièces en magnésium émettant une lueur aveuglante.

À proximité, des JU 52 chargés de bombes sont menacés. Les pilotes logeant sur la base n’étant peut-être pas en nombre suffisant, des mécanos mettent en route des appareils et les déplacent eux-mêmes vers un autre parking.

Au matin, c’est un spectacle de désolation qui s’offre au regard. Il a fallu remettre en état la "chaine de production", ce qui fut fait.

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                                                                   L’atelier napalm au petit matin (J. Houben)                                 

 

Le 14 janvier au lever du jour, Bretagnon et moi sommes les équipiers de Perfettini et notre patrouille est peut-être la première à avoir largué du napalm à Vinh-Yen. Le spectacle était impressionnant mais il nous restait toutefois à améliorer notre précision en recherchant les meilleurs paramètres de largage : hauteur et vitesse.

Traditionnellement, les mois d’hiver sont pluvieux au Tonkin. Certains jours, nous devions opérer avec à peine 1.000 pieds de plafond par une visibilité très médiocre. Il y avait un incessant va et vient sous la couche entre Hanoi et Vinh-Yen et des collisions ont pu être évitées de justesse dans le crachin, entre des patrouilles allant vers leur objectif et d’autres en revenant. Et puis, tout est rentré dans l’ordre quelqu’un ayant eu une idée lumineuse : chacun devait tenir sa droite en suivant la route Hanoi - Vinh Yen !

À la fin du mois, l’affaire était terminée : les Viets avaient décroché et nous avions rejoint nos bases

                                                                                                                                              Jean HOUBEN