- Une évacuation de secours mouvementée

 

UNE ÉVACUATION DE SECOURS MOUVEMENTÉE

Je dois me rendre à Ryad pour mes affaires et comme Air France n’a pas alors de ligne vers cette capitale, je prends un vol de Saudia Airlines Paris-Djeddah-Riyad et me trouve à bord d’un Lockheed 1011 de cette compagnie.

Lockheed l 1011 tristar                                                                              Lockheed 1.011 "Tri Star" (DR)

C’est le début de l’après-midi, le ciel est bleu, l’atmosphère calme et nous longeons la côte italienne aux environs de Rome.

Tout en déjeunant tranquillement, je discute avec mon voisin qui est un Français, médecin stomatologue, employé par Saudia dans le complexe de 5 000 navigants techniques et commerciaux de leur base de Djeddah. Les passagers de l’avion sont pour la plupart des Français qui se rendent en Arabie Saoudite pour des chantiers de plu

Tout à coup, l’avion se met à piquer brutalement et les plateaux-repas prennent leur envol.

- « Que se passe-t-il » me demande Michel, mon voisin ?
- « C’est simple, nous avons le feu à bord ou bien une bombe. »

L’avion est engagé dans un piqué prononcé, dans une descente de secours qui a vraisemblablement une de ces causes, car j’exclus une panne de pressurisation, qui se manifesterait par une variation importante de la pression de l’air en cabine. Je suis du côté hublot et un rapide coup d’œil me permet de voir que nous nous dirigeons vers l’aéroport de Rome Fiumicino, sur lequel je me suis bien souvent posé en Caravelle ou B-737.

Le personnel de Cabine ramasse prestement les plateaux-repas et le Cdt de bord nous informe que nous allons faire un atterrissage d’urgence à Rome, relayé par la chef de cabine qui demande à tous les passagers d’enlever leurs chaussures et d’abandonner leurs bagages à main.

J’arrête d’un geste mon voisin qui commence à retirer ses chaussures :

- « Gardez-les. Nous allons très certainement faire une évacuation de secours par les toboggans et si vous n’avez pas de chaussures à clous, ce n’est pas la peine d’enlever vos chaussures. Prenez tous vos papiers et suivez-moi quand on commencera l’évacuation »

Nous sommes au premier rang des sièges économiques et je lui indique :

- « Nous sortirons par la porte avant, car s’il y a le feu au réacteur qui est à l’arrière de l’avion, autant sortir devant. »

L’avion se pose, freine durement et dégage à la première bretelle, sur laquelle il s’arrête et la sonnerie d’évacuation rapide retentit. Avec mon ami, je suis le premier à arriver à la porte avant qu’une hôtesse vient d’ouvrir et dont elle actionne le gonflage du toboggan. Elle hurle :

- « Take off your shoes, leave your luggage here »
- « Yes » lui répondis-je, tout en balançant mon attaché-case dans le toboggan et en me précipitant sur la pente.

Arrivé en bas, un rapide coup d’œil me permet de voir qu’il n’y a aucun incendie. C’est donc probablement une alerte à la bombe et comme on l’enseigne aux navigants, je me place en bas du toboggan pour aider les passagers à dégager, pour éviter qu’ils s’empilent les uns sur les autres.

Toboggan b 1                                                                               Toboggans déployés (DR)

Je viens d’aider un passager à se relever et me retourne vers l’avion quand j’y vois une vision d’horreur : un Saoudien dévale le toboggan, les deux pieds en avant, la djellaba troussée jusqu’au menton. Il devait peser au moins 130 kg et les pieds de ce mastodonte heureusement déchaussé viennent me percuter la poitrine et me projeter 3 m plus loin ! Je me tins ensuite à une prudente distance de l’avion !

Je fais remarquer à mon ami Michel que l’arrière de sa veste et de son pantalon sont tout blancs et il rigole en me faisant remarquer que mon costume bleu ciel est lui aussi tout blanc derrière, résultat du talc qui protégeait le toboggan et que nous avions essuyé en dégringolant les premiers !

L’évacuation terminée, on nous conduisit dans un hôtel, car il n’avait pas de toboggans de rechange à Rome pour ce type d’avion. Tout le monde était en chaussettes à l’exception de mon ami Michel et moi !

La compagnie Saudia avait consenti à un bar sans limites pour tous les passagers et comme la plupart d’entre eux étaient des Français qui allaient se trouver privés d’alcool durant plusieurs mois, la soirée fut très arrosée. On entendit des voix avinées qui hurlaient :

 - « Vive la Saudia, on fait la bombe » !

Le lendemain, un avion de rechange vint chercher les passagers et nous finîmes par arriver à bon port.

Quelques semaines plus tard, une rotation de Captain me ramena à Djeddah et mon ami Michel m’hébergea dans sa villa du campus de Saudia où il vivait avec sa famille.

Elle était située face à un building qui était réservé aux hôtesses de la compagnie et un poste de garde en contrôlait sévèrement l’accès. En fin d’après-midi, Michel me fit remarquer le ballet continu de riches limousines, qui venaient chercher des jeunes femmes pour des soirées où elles étaient « invitées » et comme Cendrillon, elles devaient rentrer avant minuit ! Ces demoiselles faisaient des confidences à mon ami lors de ses RDV professionnels, qui me confia les tarifs de ces soirées. Disons qu’elles gagnaient en une soirée autant que leur salaire mensuel. Les blondes et scandinaves étaient nettement plus cotées que les Maghrébines ou les Libanaises !

Tout cela dans un pays très prude sur le plan des mœurs, du moins officiellement !

                                                                                                                                               Christian ROGER

> Extrait de “Piloter ses rêves” (Ed : Bookelis - 2.015)


Piloter ses re ves

 

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 26/07/2016