- Un Mirage IV qui a eu très chaud.

 

UN MIRAGE IV QUI A EU TRÈS CHAUD

Quelle date ? Fin 1970 ou plus sûrement début 1971, à la BA 113 à St Dizier.

La journée tire à sa fin dans le local de l'approche. Les contrôleurs ont quitté leur poste : tous les avions sont bien rentrés à la base. Seul appelé du contingent dans ce service, je suis encore là, attendant, en lisant, l'heure de descendre dîner.

Surprise. Luxeuil m'appelle sur la ligne directe. Un contrôleur me met rapidement au courant de la situation :

- « Nous avons un Mirage IV qui ne peut pas se poser, la météo est exécrable et de plus il ne lui reste
     presque plus de carburant ».

Ce n'est plus de l'inquiétude c'est de l'angoisse et moi qui suit seul afficheur-marqueur et non contrôleur. Je ne me pose même pas la question : le terrain de Saint-Dizier a une météo correcte donc je lui dis d'envoyer le Mirage et je commence le transfert de l'avion tout en secouant tous les interphones pour récupérer un contrôleur encore dans le bâtiment.

Mais ma décision est prise. Si je n'ai personne, le PAR et le SPAR sont encore allumés, je ramènerai bien l'avion au sol l'ayant vu faire tant de fois et puis en tant que jeune pilote privé, j'ai quelques notions.

Je demande à Luxeuil de faire afficher à l'avion le code et la fréquence de St Dizier et au moment où le pilote s'annonce sur la fréquence, un sergent contrôleur arrive juste pour recevoir l'avion. La clôture du transfert est effectuée par mes initiales Delta Papa.

La trajectoire se fait au plus directe. À l'atterrissage, il ne restait plus dans l'avion que le carburant pour reprendre un peu de hauteur et s'éjecter. Arrivé au sol, le pilote à bien dit 10 fois « merci » à la radio.
Les deux membres d'équipage, un pilote et un navigateur ont eu très chaud !

Quelques mois plus tard, le lieutenant X et toute son équipe ont été remerciés et décorés. Le lendemain, le sergent-chef de cette équipe s'est un peu excusé en me disant :

- « C'est grâce à toi que ce Mirage a été sauvé ».

Je n'attendais bien sûr pas de décoration mais un petit geste aurait fait plaisir au jeune pilote que j'étais, comme par exemple pouvoir approcher et caresser ce merveilleux avion que je voyais décoller au loin. Cet avion reste pour moi un des plus beau que j'ai eu la possibilité d'admirer.

Je suis revenu après mon service à mon métier d'agriculteur mais j'ai gardé ma passion et je pilote toujours un superbe Mousquetaire que j'ai construit.

                                                                                                                    Daniel PÉNEAU

> Paru dans "ANFAS Contact" n°70 de décembre 2010.