- Un B-26 ... une Etoile et quelle Etoile

 

Un B-26 … une Étoile …  et quelle Étoile ?

En 1958 j’étais jeune navigateur sur B-26 à Oran au GB 2/91 "Guyenne".

À cette époque les grandes révisions des B-26 sur lesquels nous volions, étaient sous-traitées auprès de l’UTA et effectuées dans les ateliers situés sur le terrain du Bourget.

Nous procédions par échange d’appareil, un équipage convoyait un B-26 jusqu’au Bourget, et rentrait avec un appareil révisé.

Le Cne Chauvet fut désigné pour effectuer cet échange, et moi-même pour l’accompagner. Natif de la capital et toute ma famille y étant implanté, cela équivalait à une permission de rêve aux frais de la princesse.

Le retour avec l’appareil révisé était précédé d’un vol d’essai-réception qui nous donnait quitus pour la traversée de la Méditerranée. On ne sait jamais, un raté des moteurs … et plouf  … c’est loin Oran ? …. Tais-toi et nage.

À notre arrivé au Bourget, l’UTA nous informe que nous devrons attendre quelques jours, l’appareil à réceptionner n’étant pas tout à fait prêt. Qu’à cela ne tienne, quelques jours à Paris n’étaient pas fait pour nous déplaire.

Enfin, après quelques contacts téléphoniques journaliers, l’UTA nous informe que nous allions pouvoir procéder au vol d’essai.

Le jour dit, une météo radieuse nous attendait … prise en compte de l’appareil … mise en route … mise en température des moteurs … point fixe prolongé … tout est OK.

- « Le Bourget Air port, bonjour ici B26 F.xxxx, pour roulage et décollage pour un vol d’essai de sortie d’atelier… »

Ok, clearance obtenue … prise de piste … plein pot … décollage …

« Bourget  Airport, pouvez-vous s’il vous plaît nous affecter une zone de travail pour un vol  d’essai de cinquante minutes à une heure en restant en contact avec vous »
« Bien reçu F.xxxx, restez dans le sud-sud-ouest du terrain »  …
« ???? ! »
« Répétez la zone affectée s’il vous plaît »
« Sud-sud-ouest confirmé … » 

Stupeur ! Sud-sud-ouest pour ceux qui ne connaîtraient pas les lieux, c’est par rapport au terrain du Bourget la partie ouest de Paris.  Il faut savoir qu’un bon militaire doublé d’un bon pilote exécute et s’en tient rigoureusement aux ordres donnés, jusqu’à recevoir le contre ordre … qui ne vint jamais.

Mes enfants quelle balade et quelle joie … entre 3.000 et 5.000 pieds avec un temps de curé, à faire des ronds au dessus de la place de l’Étoile, à descendre l’avenue de la Grande Armée vers Neuilly et retour, à faire une timide incursion vers la place de la Concorde… nous avons toutefois hésité à pousser plus à l’est afin de ne pas sortir de la zone attribuée.

Les parisiens nous ont vu passer plusieurs fois et les changements de régimes moteurs faisant partie du vol d’essai, ne manquèrent sûrement pas d’attirer leur attention, surtout lorsque vous décrivez en plus un grand cercle sur l’aile pour saluer le tombeau du soldat inconnu.

Nous miment fin à cette magnifique équipée au bout d’une quarantaine de minutes estimant que notre forfait touristique était épuisé, qu’il ne fallait pas abuser des bonnes choses, et interrompre les siestes coquines de quelques parisiens qui avaient trop bien festoyé.

Il faut croire que les autorités de l’époque, qu’elles qu’elles soient, n’étaient pas aussi réactives qu’elles sauraient l’être aujourd’hui. Je pense que nous aurions eu rapidement deux Rafale au cul, et pour le moins une volée de bois vert à l’arrivée 

Imaginez ! … Aujourd’hui un bombardier tout noir faisant des ronds à 4.000 pieds au-dessus de l’Étoile à 15 h, de quoi faire virer un ministre de la guerre, un ministre de l’intérieur et de les expédier tout droit à Cayenne pour casser des cailloux. 

B 26 guyenne

Toujours est-il qu’après l’atterrissage aucun écho, et nous avons pu entreprendre le voyage de retour la conscience tranquille et le sourire aux lèvres.

Petite remarque : je n’ai pas été en mesure de dater avec précision ce vol, n’ayant plus le carnet le mentionnant. Toutefois c’était au printemps 58, avant que je ne rejoigne Avord pour y effectuer le stage Bombardier 58B le 16 juin …

Tiens bizarre … vous avez dit printemps 58 … qui pourrait y voir une quelconque intention ?  Coïncidence sans plus.

Je garde de cette équipée le souvenir de l’un des plus beaux moments passés en vol, comme quoi il en faut peu pour satisfaire les rêves de l’homme, mais je pense que celui-ci n’est pas près d’être renouvelé … surtout qu’il n’y a plus de B-26 en service.

                                                                                                                    Michel SIMONET 
                                                                                    Navigateur à l’escadron GB 2/91 "Guyenne" 1957 -1958

 Photo extraite d’un article paru le Mercredi 7 janvier 2009, Intitulé  « Les avions de la guerre d’Algérie » sous la signature de Jacques Moulin.

Date de dernière mise à jour : 23/03/2014