- Premier vol à Saint-Yan


PREMIER VOL À SAINT-YAN

Au centre national de formation de pilotes de Saint-Yan, l'entraînement se faisait sur Stampe. Les stagiaires étaient rapidement mis dans le bain.

sv-4.jpgSV4c "Stampe" (DR)

Premier vol : check-list approfondie, puis, on s'équipe maladroitement avec le parachute qui nous servira de coussin sous les fesses. On s'installe sur le siège arrière. Le moniteur donne de précieux conseils pour attacher la ceinture de sécurité, ventre et harnais. Puis, en plus, bien serrer également une deuxième ceinture – fixée non pas au siège, mais directement à la structure de l'avion - surtout utile lors des figures de voltige.

Mise en route du moteur, check-list avant roulage, puis avant décollage et nous voici en l'air.

C'est le moniteur qui effectue ce premier vol, quatre avions ayant décollé en patrouille. Et, aussitôt en vol, ils se rapprochent comme dans une présentation à un meeting aérien. Juste le temps de faire un signe aux autres stagiaires avec le pouce en l'air.

Soudain, surprise ! En un clin d'œil, l'avion se trouve à voler sur le dos. La tête en bas, j'ai franchement la trouille et je me retiens, comme je le peux, en accrochant mes mains sous le siège. Malgré cela, je sens mon corps qui descend. Si je lâche, je tombe dans le vide. Je commence à avoir une crampe aux mains. On nous a dit comment utiliser le parachute. Ah oui, tirer sur la poignée...

Toujours en vol dos, le moniteur à commencé à faire des virages à gauche et à droite. La force centrifuge augmentant mon poids, j'ai l'impression que je vais bientôt être éjecté du cockpit. Après une éternité, l'avion revient en vol normal et l'atterrissage se fait en douceur.

- « Alors, c'était bien ? »
- « Oui, pas mal ! »
- « Tas eu la trouille, hein ! »
- « Pour ne rien vous cacher, je n'en menais pas large, car j'ai eu peur de tomber. »
- « En fait, tu ne risquais pas de tomber. Tu as eu la sensation de ne pas être suffisamment retenu sur ton siège
     simplement parce que tes ceintures de s
écurité n'étaient pas assez serrées. Eh bien voilà, maintenant que tu as vu
     ce qu'
était le vol sur le dos, je suis sûr que tu vas t'appliquer à serrer, le plus fort que tu pourras, ta ceinture,
     ce que, de toute
évidence, aucun stagiaire ne fait la première fois. »
- « Merci. Bien compris. »
- « À bon entendeur, salut ! »

Au debriefing, nous apprîmes que ce passage sur le dos au cours du premier vol était une tradition de l'école.

La description de ce premier vol me remettait en mémoire l'aventure qui était arrivée à un stagiaire quelques années plus tard. On racontait que le stagiaire était un vrai débutant, peut-être était-ce même son baptême de l'air. Le jeune futur pilote s'est harnaché sous le contrôle du moniteur, lequel s'est absenté pendant un moment pour une raison non indiquée. Pendant ce temps là, le stagiaire bricolait ses harnais et sangles. Toujours est-il que dès que l'avion fut en vol, peut-être à 1.000 pieds, le moniteur - conformément à la tradition - mit l'avion sur le dos et, aussitôt, le stagiaire tomba dans le vide.

Tout juste le temps de tirer sur la poignée de son parachute qui s'ouvrit à quelques dizaines de mètres du sol. Son premier vol avait duré 2 minutes et il se trouvait en plein milieu du terrain en herbe, retenant son parachute qui restait gonflé, en se demandant ce qui avait bien pu lui arriver !

                                                                                                                            Jean BELOTTI

 

> Extrait de : "Des histoires de l’air" (Editions Vario – 2011)



Date de dernière mise à jour : 05/07/2013