- Nos femmes

 

ET PENDANT CE TEMPS LÀ, NOS FEMMES ...


1 - COLOMB-BÉCHAR, UN DEMI-SIÈCLE DÉJA

L’hiver 1955/1956 reste dans la mémoire des Toulousains comme le plus froid subi depuis très longtemps. Le fameux anticyclone Sibérien s’est hissé à 1086 mb ! En ces temps reculés notre météo officielle s’exprimait en millibars et non en hectopascals. Il n’empêche qu’un tel record avait de quoi alimenter la réflexion des spécialistes qui n’avaient pas encore découvert les méfaits du réchauffement climatique de GAIA. Le spectacle de rues enneigées et glacées interdisant toute circulation bouleversait tout natif du sud de la Loire. Mais, allez donc prévoir les aléas qui déclenchent les grandes et petites passions ? La nature est certes capricieuse mais, en de tels moments, comment prévoir qu’un an plus tard je serais mariée et m’installerais sous le brillant soleil de Colomb-Béchar ?

À l’origine de tels évènements, un petit groupe d’aviateurs que Paul Lécharny promenait tant bien que mal dans la petite merveille de l’époque, la populaire 4 cv Renault. Me faut-il souligner aujourd’hui que le souci des autorités militaires interdisant le port de ce fameux blouson de vol pour ses aviateurs était parfaitement justifié ? Interdiction non respectée, le mal était fait. Gérard et moi entamions ensemble une nouvelle vie, une vie comblée par cinq enfants. Avant cela, il était écrit que notre rencontre devait nous bouleverser plus encore. Car c’est dès le lendemain de la cérémonie du mariage qu’il nous fallut nous séparer ! Un télégramme de son groupe de transport "Touraine" ordonnait à mon époux d’un jour de rejoindre Orléans-Bricy pour son affectation à Colomb-Béchar ! Nous étions en Octobre, très loin des farces du trop fumeux 1er Avril.

Mais où donc se situait Colomb-Béchar ?

Carte be char
Quelques mois se sont écoulés en ce début de 1957, les lettres par expéditions en "SP" s’entassaient quand soudainement mon mari m’avertit qu’il avait trouvé un habitat à Colomb-Béchar où nous pourrions enfin nous retrouver. Surprise, effroi, ma famille envisageait le pire. Jeune mariée, ayant dans le même temps atteint la majorité (à 21 ans pour nos générations), je découvrais les interrogations sur les vertus de l’autorité et de la liberté ! Mais le devoir étant de suivre pour le meilleur et pour le pire, je quittais Toulouse avec quelques mois de retard, pour un inattendu voyage de noces.

La première étape de mon long voyage était Oran, un vol réalisé sur un avion Breguet Deux Ponts. Je devais en apprendre davantage sur l’histoire de cet appareil par la suite. Si j’étais partie joyeuse et confiante, la panique s’est emparée de moi à mon arrivée à Oran. Par bonheur, la complicité des aviateurs n’est pas un vain mot : deux compagnons de mon mari m’attendaient et me conduisirent à mon hôtel. Toutefois, durant cette escale il me faut confesser n’avoir pas osé me hasarder aux agréments du tourisme dans cette ville pourtant riche d’histoire. Une brève incursion à la poste pour avertir de mon arrivée faillit se mal terminer. Une brutale explosion retentit ! Une personne me tapa sur l’épaule et me montra mon sac qui dégoulinait ! Soulagé tout le monde en sourit : ce n’était pas un attentat comme hélas il s’en produisait trop souvent. En fait, ma mère m’avait donné une petite bouteille de champagne pour fêter nos retrouvailles. Hélas, la chaleur des lieux fit que le bouchon céda, répandant au sol le meilleur des crus de nos belles provinces.

Mon voyage de Oran à Colomb-Béchar fut plus difficile. On peut épouser un aviateur et souffrir du mal de l’air. Il me faut d‘ailleurs avouer que je ne supporte toujours pas ce que nous autres appelons les "trous d’air". Mon débarquement à Colomb-Béchar fut donc peu glorieux. À peine ai-je remarqué l’allure toute nouvelle de ma "moitié" arborant une superbe moustache "à la Brassens". C’était la mode ; une mode à laquelle je réussis à le convaincre de renoncer. De plus, il était vêtu d’un pantalon bouffant en usage chez les Sahariens. Mais là, je ne lui ai pas exigé qu’il le quittât ! Après les émotions d’un voyage malaisé, quelques moments de calme m’auraient été salutaires. Malheureusement ce n’était pas possible car l’atterrissage effectué, le terrain était fermé et la navette emmenait tout le monde en ville. Ce nouveau transport ne pouvait améliorer une condition physique défaillante et c’est ainsi que je m’écroulais dès la porte de notre "royaume" franchie. Cette première maison abritant notre jeune ménage était une de ces petites baraques de terre regroupées autour d’une petite place proche de la palmeraie. Malheureusement, en ces temps de "mission de maintien de l’ordre" il n’était guère possible de s’adonner à de longues promenades. Je conserve néanmoins quelques clichés de visites dans le modeste enclos où l’on découvrait quelques bêtes. Une petite réserve qui n’a sans doute pas survécu longtemps aux évènements liés à l’indépendance du pays.

Vue be char
Notre petite demeure jouxtait celle des époux Tiné ; et non loin de là se trouvaient les familles Bigot, Ouen, Carnel, Français et Kaufmann. Notre propriétaire madame Mingeonnet, était une dame d’un certain âge qui s’est toujours montrée très agréable. Cependant, j’ai toujours été surprise par ses contacts avec les ouvriers locaux. Jamais méchante mais toujours très ferme, ce n’était pas le genre de relations auxquelles nous sommes habitués chez nous en pays d’oc. L’ancien locataire des lieux fut contraint de laisser son chien nommé Moujik lors de son retour vers la métropole. C’est donc Moujik qui nous reçut et nous adopta. Par la suite, une voisine nous fit cadeau d’une petite chatte siamoise Minouchette. Nous n’étions donc pas sans occupation, chacun sachant trouver la meilleure place.

La cité où se blottissaient nos foyers se situait à moins de cinq minutes du centre de Colomb-Béchar. Ce centre consistait en une grande, et unique voie, limitée d’un côté par le Palais résidentiel et la place du marché, de l’autre par la Cathédrale. Certains propos m’ont révélé que proche de ces lieux de prière il y avait une grande maison appelée je crois Tata Fifine. Celle-ci était également très fréquentée mais pas aux mêmes horaires. L’activité commerciale de Colomb-Béchar reposait principalement sur l’apport de toute la communauté des militaires et de leur famille. Lors de mes premières emplettes en ville, je me rappelle avoir fait rire un commerçant pour lui avoir commandé du "jambon du pays" ! Le Sahara restait donc ce désert conté par les grands auteurs : les oasis étant insuffisantes pour l’élevage des bovins et ovins de chez nous.

Avenue be char
La froidure de notre hiver toulousain était oubliée, il me fallut prendre l’habitude de chausser des nails comme tout le monde. Peu experte, je fis à mes débuts une entrée remarquée dans un magasin en butant sur la première marche. Ces nails peu coopératifs restèrent à l’extérieur de la boutique pendant que je manquais de peu de m’allonger sur le comptoir. L’apprentissage de la nouvelle tenue pour petits petons s’est accompagné de l’adoption de vêtements plus à même de supporter les températures sahariennes. Se vêtir fut aisé et me permit de faire connaissance avec les commerçants locaux. Les Toulousaines sont habituées à côtoyer la traditionnelle et réputée corporation des tailleurs juifs. Je retrouvais ici le même savoir et la même attention.

Seule ombre dans mes démarches, une faute d’inattention dans le respect des coutumes. Ayant été invitée à prendre le thé que je supportais mal, je crus pouvoir refuser. Je compris un peu tard l’importance de la cérémonie du thé à la menthe servi par votre hôte. Il est parfois des erreurs dont on perçoit tardivement la portée. J’espère que le manque de tact d’une jeune écervelée aura été pardonné ?

Comblés par leur administration, nos maris ne connaissaient pas ces soucis vestimentaires. Néanmoins j’ai pu constater l’usure particulière de la toile de leur tenue provoquée par la brûlure du sel évacué par la transpiration. Une plaisanterie en usage qualifiait cette toile du nom de "Tergal Messmer" ! Autre anecdote survenue alors que nous faisions nos courses avec ma voisine, Madame Tiné. Nous avions emmené notre Moujik tout heureux de faire une courte promenade. Cependant la courte promenade s’étant un peu prolongée et le chaud soleil ayant fait son œuvre, notre pauvre chien était épuisé. Pour un retour serein il nous fallut le placer dans un de nos paniers à provision afin d’assurer son transport. Il est inutile d’insister sur le succès du fier équipage remporté auprès des voisins et amis.

De temps à autre, les compagnons de nos maris nous rendaient visite. À l’abri d’une petite vigne grimpante de notre habitat c’étaient d’excellentes occasions de sortir verres et bouteilles pour se désaltérer. Un grand nombre des aviateurs célibataires du groupe avait opté pour un logement en ville dans un hôtel qui était devenu par la force des choses une annexe de leur groupe. Parmi eux nous avions retrouvé notre ami Paul Lécharny. Un beau matin, alors qu’il revenait d’une liaison sur Oran, il nous apporta une volaille ! Une aubaine pour nous, aubaine que nous nous devions de partager en sa compagnie. À l’évidence, Paul possédait de grandes qualités mais, en ce qui concerne le découpage d’un poulet, il fut bien embarrassé par le couteau que je m’empressais de lui reprendre des mains. Cet amusant petit souvenir me rappelle son récent décès, une douloureuse épreuve pour sa famille, ses amis et une perte pour l’Association des anciens radionavigants à laquelle il était très attaché.

N’étant pas avertie des usages il m’est arrivé de commettre quelques impairs dans le bon ordre de la hiérarchie militaire. Madame Ouen me vint en aide en quelques circonstances corrigeant très gentiment mes bévues et oublis. Hélas, quelques années plus tard j’apprenais son décès sans que je n’aie su en quelles circonstances ni comment me signaler auprès de son mari.

La vie en commun se déroulait dans une bonne ambiance, indispensable d’ailleurs car nul ne pouvait oublier les dangers des opérations qu’exigeait la mission des militaires en ces lieux. C’est ainsi qu’un certain jour je vis revenir tous nos voisins atterrés ! C’était le 29 Juin 1957. Une catastrophe venait endeuiller la communauté au sein du GSRA-78 ! Un des Ju-52 du groupe venait de s’écraser et tout l’équipage avait péri. Mon mari et celui de ma voisine, Madame Tiné étaient partis sur Oran pour une évacuation sanitaire. Nous avons su de suite que leur appareil n’était pas en cause. Néanmoins, il est des circonstances qui vous imposent de vous interroger sur le sens de vos choix dans la vie. Dans cet équipage commandé par le capitaine Dupoux, le radio Paul Boyer disparaissait à la veille d’une permission durant laquelle il devait se marier. De surcroît, ce drame s’est déroulé le jour de sa fête. Je ne pouvais que réfléchir à mon mariage récent et nos espoirs pour une famille à venir. Une issue aussi terrible est un drame pour les proches et tous ceux qui leur sont liés. L’émotion était grande lors de la cérémonie en la cathédrale de Colomb-Béchar. Sans remettre en cause ni sa foi ni son engagement, il est absolument nécessaire de susciter un minimum de respect pour ceux qui mettent en jeu leur existence. Or, si je ne portais guère attention à la politique de l’époque je savais que l’opinion de nos concitoyens n’était pas totalement favorable aux missions auxquelles nos maris étaient engagés. Des mouvements de contestataires avaient conduit des conscrits à manifester lors de leur départ d’une gare parisienne. Ces mouvements vite réprimés par l’envoi de CRS sur les ordres du gouvernement attisa la rancœur de nombreux opposants. Chacun de ceux qui vécurent ces douloureux moments garde en mémoire ce que fut la conclusion "d’une guerre qui n’en n’était pas une" et les divisions qui subsistent toujours aujourd’hui.

Par la suite, tout s’est précipité. L’annonce d’un heureux évènement fut contrariée par un long détachement de mon mari ; de surcroît, Juillet s’annonçait avec l’arrivée de la saison des fortes chaleurs. Le charme des jours heureux au Sahara était révolu, nous en convînmes tous deux. Il était nécessaire d’envisager mon retour dans ma famille à Toulouse. Ce que je fis le 9 Août 1957.   C’est là, en Haute-Garonne, pays de mon enfance, qu’il me fallut attendre à nouveau pour goûter aux joies de la vie commune. Peu après mon départ j’ai eu la surprise d’apprendre que les fonctionnaires gérant l’électricité à Colomb-Béchar avait coupé notre compteur car nous n’avions pas réglé nos quittances ! Or, sur place personne ne m’avait informé de l’existence de cette administration et de ceux qui la servaient. Détail significatif qui tend à montrer une absence de communication et un certain cloisonnement des relations. Tout juste sortie de ma province et plongée en ce monde qui m’a charmée autant que déroutée, il m’était difficile d’apprendre davantage en six petits mois de séjour. Cela reste mon grand regret. 

Les années qui suivirent apportèrent beaucoup de joie et de grands souvenirs de voyage pour mon mari. Je me suis toujours refusée de ternir cet aspect de son métier malgré les exigences et les interrogations pour assumer l’avenir d’une famille nombreuse. Toutefois, après y avoir beaucoup réfléchi, la décision prise de mettre fin à cette carrière militaire m’est apparue d’une grande sagesse. C’était en fin 1967. En mars 1968, des amis de mon mari qui avaient fait un autre choix étaient dans cet avion qui s’est écrasé au décollage à l’île de la Réunion. Le destin n’est certes pas entièrement en nos propres mains ; il nous faut pourtant admettre que l’enthousiasme de certaines carrières doit parfois se payer chèrement par ceux qui restent.
                                                                                                                                                Lydie STENGER
                                                                                                                    
épouse du Sgt Gérard STENGER

 2 - VOUS AVEZ DIT MÉDINA ?

Nous sommes en 1953.

Pour moi, toute jeune mariée, adepte des films américains en noir et blanc, Médina rimait avec Casablanca. Ses maisons d’un blanc aveuglant, ses patios aux palmiers luxuriants. Bref, le parfait décor qui m’attendait à Dakar où je devais enfin rejoindre mon tout récent mari. Je savais seulement qu’il avait trouvé un logement dans cette exotique et mystérieuse Medina.

La traversée à bord du Koutoubia fut épique. Trois adultes et deux bébés dans une étroite cabine dotée d’un seul lavabo. Une douche commune donnant sur le couloir, dont l’eau ne s’écoulait, fort chichement, qu’entre 5 et 6 h du matin. Dieu merci, j’ignorais le mal de mer et, mis à part, un peu de bénévolat auprès de ma colocataire mère de famille, je passais d’agréables heures sur le pont à observer les dauphins. Une nuit, sous un ciel étoilé, un film nous fut projeté. Je m’étais liée d’amitié avec une autre de mes colocataires, libre d’enfant comme moi et, il nous fut agréable de descendre ensemble lors de deux escales de rêve : Tanger et Casablanca, toutes deux aveuglantes de blancheur, exotiques et ensorcelantes, telles que je les avais imaginées.

Bref, j’étais prête à retrouver mon Humphrey Bogart à moi, après une semaine de navigation.

Le Koutoubia accosta au port de Dakar, à peine sorti de la brume sous les puissantes lumières des arcs électriques. En bas, tout en bas, parmi un décor cubique et très impersonnel, nos maris en uniforme nous attendaient sur le quai, près du car qui devait nous conduire à nos logements.

Les bagages enfin chargés, nous quittâmes rapidement le port et très vite le décor changea. La main dans celle de Claude, mon époux, j’écarquillais les yeux, sur un monde coloré, bruyant, baignant dans la poussière soulevée par de nombreux petits cars surpeuplés, cahotants et rouillés qui se coursaient afin de racoler les clients. Les belles fatous, aux formes pleines, paniers de poissons en équilibre sur la tête, bébés suspendus dans le dos marchaient nonchalamment, la mousseline de leur boubou balayant le trottoir. Des baraques aux murs de guingois abritaient de multiples petits commerces : conserves, tissus, cigarettes à l’unité etc. …

  Nous fûmes les premiers à descendre du car. Un tirailleur interpella Claude, mon mari :

  • « Où on met ta cantine chef ? »
  • « Derrière le troisième tas d’ordures » répondit l’homme de ma vie.


J’ai ri, croyant à une plaisanterie. Puis j’ai suivi, mes élégantes sandales parisiennes si soigneusement choisies, soulevaient à leur tour une poussière de plus en plus douteuse lorsque nous avons longé un large égout à ciel ouvert. Des chèvres incroyablement racées, au pelage lustré, broutaient là avidement de vieux cartons souillés, sous l’œil vigilant de quelques charognards aux cous déplumés. Au fond d’une cour, nous attendait un petit deux pièces entre deux murs sordides. Pas de frigidaire et les toilettes dans la cour, à partager avec une famille nombreuse autochtone. Les rats, courant dans la ruelle, étaient plus gros que les chats faméliques.

 J’ai bien mis trois jours à m’en remettre, heureuse de n’avoir pas d’enfant ! Il me fallait juste m’adapter et faire appel à mon humour !

Lorsque Claude partait en mission, j’empruntais les "cars rapides" pour aller au centre-ville. Sinon, nous circulions en motocyclette. Le soir, la médina retrouvait un certain charme, chaque échoppe étant éclairée de bougies. Une vieille femme nous vendait des cornets d’arachides fraîchement grillées. Et, nous étions partout très bien accueillis. Je ne me suis jamais sentie en danger. Mes cheveux roux me valurent, auprès des enfants, une certaine curiosité, l’époque n’étant pas encore aux mèches flamboyantes !

Sandaga
Je trouvai du travail dans une société pétrolière, située en ville dans un anachronique pavillon en pierres meulières, juste en face de la résidence du gouverneur.

Plusieurs fois par semaine, un jeune garçon nous livrait des fleurs qui attendaient notre retour au foyer, dans le vaste lavabo dévolu au personnel féminin. Embaumé, fleuri, cet endroit carrelé de blanc, me changeait agréablement du quotidien toujours spartiate. Oh, pardon, nous avions enfin un frigidaire, capricieux et à pétrole !

Après quelques essais malheureux, je dénichai un boy. Dès le premier jour Mamadou arriva, fièrement coiffé d’un chapeau de cow-boy et aveuglé par d’énormes lunettes noires. Une toute jeune assistante énamourée suivait, instantanément chargée du ménage. Elle s’adjoignit les services d’une malheureuse fillette chargée de porter de lourds seaux d’eau.

Mes nombreuses remontrances ne changèrent aucunement l’ordre des choses. L’assistante continua à repasser, l’œil fixé sur la photo de Mamadou et je récompensai la fillette de friandises en cachette, afin qu’on ne la vole …

Medina a                                                                    Monique et Tamba, devant la lessive, sous le soleil dakarois (Coll. Lanssade)

Un soir, en rentrant du bureau, je découvris, accroché à la corde à linge, une étrange lessive tout de rose colorée, les shorts kaki, les longues chaussettes militaires (déjà hideuses, mais réglementaires) pendaient tristement, bouillies, près de quelques-uns de mes sous-vêtements méconnaissables. Une mise au point s’imposait.

Piteux, Mamadou muni d’une lettre rédigée, sur sa demande, par l’écrivain public se présente deux jours plus tard, seul. Je résume : la lettre était adressée à Papa et Maman Lanssade. Il nous demandait pardon et nous présentait ses salutations les plus nickelées.

J’explique : le catalogue de la Manufacture de Saint-Etienne servait en quelque sorte de dictionnaire à "l’homme de lettre". Et, ce dernier ayant remarqué combien les objets nickelés étaient chers, en avait justement conclu que vu la gravité de la faute qu’il fallait nous impressionner favorablement !

Je m’étais adaptée, appréciant baignades à la plage, barbecues entre amis, convivialité au travail et bals sur la base de Ouakam au clair de lune ! Mais, un bébé s’annonça. Une petite maison, toujours en Médina, nous fut accordée, puis un logement sur la base quelques mois avant notre retour en France, juste après le terrible hiver de 1955/1956.

Medina b                                                                   Dans un hangar de "Yoff", le bal du GLA 48 attirait le "Tout-Dakar" (B. Gaudineau)

Nous avons débarqué au Bourget, sous un ciel gris et froid, la banlieue que nous traversions était morne. Les gens frileux se croisaient indifférents aux autres.

Curieusement, j’ai eu un petit pincement au cœur en songeant à ma Médina éclaboussée de couleurs et, cette petite partie de ma jeunesse que je ne retrouverai nulle part ailleurs.                                                                                      

                                                                                                                Monique LANSSADE
                                                                                          épouse du Sgt Claude LANSSADE, alias Donald

> Textes présentés par Bernard Gaudineau

Date de dernière mise à jour : 17/07/2017