- Napalm sur le djebel Refaa

 

NAPALM SUR LE DJEBEL REFAA


Durant la Guerre d'Algérie, la première opération dans laquelle un nombre important de B-26 a été mis en œuvre, s'est déroulée le 15 mars 1957 dans le Nord-Constantinois. Pas moins de douze appareils sont intervenus dans la forêt de Movis afin de détruire des mechtas abritant des moudjahidin et leur chef. Dès lors,  les B-26 noirs seront de tous les combats, des dunes de sables de la région de Timimoune au Sahara à la frontière algéro-tunisienne où ils interviendront le 8 février 1958 lors du célèbre raid de Sakhiet qui aura un retentissement international.

Au cours de l'été 1959,  l'opération Étincelles qui fait partie du plan du général Challe dont l'objectif est de ratisser l'Algérie d'Ouest en Est, glisse vers le nord-ouest des Aurès où se sont réfugiés des éléments rebelles chassés des monts du Hodna. Un ratissage du djebel Refaa, situé à l'ouest de Batna, est programmé pour le 15 juillet avec les paras du 18è RCP et les tirailleurs du 7e RTA. Ce djebel, de sinistre réputation, n'a jamais réussi aux forces françaises. Comme à l'accoutumée, les rebelles se retranchent sur la crête rocheuse, contrôlent une aire de terrain dont ils entendent rester maîtres jusqu'à la nuit afin d'échapper aux paras. En début de soirée, la situation est bloquée. Un ultime appui aérien est demandé.

Sur la base aérienne d'Oran La Sénia, un B-26 (Rampeau Noir) du GB 2/91 Guyenne décolle sur alerte avec, sous ses plans, quatre bidons de napalm. Le pilote a reçu pour mission de soutenir des éléments bloqués pratiquement au contact avec un groupe rebelle près du sommet du djebel Refaa.

b-26-04.jpgB-26 "Invader" (Coll. P-C Renaud)


Sur l'objectif, le contact radio est établi difficilement avec les troupes au sol. Les aviateurs apprennent qu'un groupe ennemi fortement armé, disposant au moins d'une arme automatique, empêche tout mouvement des "bérets rouges" qui ont subi des pertes. Ils sont menacés d'être anéantis si aucune intervention aérienne ne parvient à les dégager. La nuit tombe déjà sur une zone de rochers où les tirs tendus de part et d'autre interdisent tout mouvement, même de retraite.

Le B-26 passe une première fois à basse altitude et repère un arbre parmi d'autres, à quelques dizaines de mètres des soldats français, invisibles dans les rochers.

A cet instant, une voix interpelle énergiquement le pilote à la radio :


- « Qu'est-ce que tu fous ? Si tu ne fais rien, nous sommes foutus. Crever pour crever, on préfère que ce soit toi. Tu attends la nuit pour qu'ils nous égorgent tous ? Nous n'avons presque plus de munitions. »

- « Mon capitaine
, s'émeut le navigateur du bombardier, allons-y ! Ils sont foutus, qu'attendez-vous ? »


Le sergent-chef reste poli. Il n'ose pas user des petits noms d'oiseaux que les fantassins viennent d'éructer sur les ondes avec véhémence.

Au premier passage du B-26, un fellagha a commis l'erreur de tirer au fusil-mitrailleur. Il n'aurait pas dû, car le pilote a repéré les départs dans le crépuscule, ce qui lui permet d'évaluer la distance et la hauteur par rapport à l'arbre.

Le B-26 attaque alors que la radio s'est tue. Pour augmenter l'efficacité et la précision, il faut larguer les bidons à grande vitesse et à basse altitude. En cet instant, le pilote se retrouve seul. C'est lui qui doit appuyer sur le bouton de largage. Avec un plein chargement de napalm et les soldats amis à quelques dizaines de mètres d'une trajectoire qu'il veut la moins mauvaise possible, il a très chaud ! La radio reste muette pendant l'embrasement qui éclaire le crépuscule. Les secondes sont très longues jusqu'à ce que des cris de joie jaillissent de la radio :


- « Merci l'aviateur. Quand on vous a vu arriver, nous nous sommes planqués. On a bien senti la chaleur mais maintenant, on y va l'arme à la bretelle… »

Un petit passage cravate en guise d'adieu, plus haut que les précédents, met fin à la mission.

Au retour sur la base, la nuit est totale. Pour se faire pardonner, le navigateur propose un pot. Les deux hommes le savourent ainsi que le suivant que le pilote offrira sans rancune. Rampeau Noir se souviendra longtemps de cette mission au cours de laquelle il ne s'est jamais autant fait injurier. Pourtant, la trajectoire et le bouton de largage à vue, presque dans l'obscurité, incombaient à lui seul. Il aurait bien voulu voir les autres à sa place !
 

                                                                                                    Patrick-Charles RENAUD

 

Extrait de "Aérostories"

 

 

Date de dernière mise à jour : 02/06/2015