- Mirage à Corte

 

MIRAGE À CORTE

C’est la campagne de tir à Solenzara, en hiver au début des années 70.

Mirage

Un dimanche après midi nous sommes assis dans un bar à Corte. La ville est pratiquement morte. 

Mis à part deux ou trois habitués qui jouent aux cartes, trois légionnaires en tenue impeccable sont nos seuls voisins. Après avoir échangé quelques regards, mi curieux, mi méfiants, nous les invitons à prendre un verre. 

Au cours de la discussion, et comme ils avaient bien noté que nous étions arrivés dans une Renault 4 militaire, nous leur apprenons que nous sommes pilotes à Solenzara. Ils nous trouvent bien jeunes et ont vraiment du mal à nous croire. Dans l’élan de la conversation, nous leur proposons de venir leur dire bonjour avec nos avions si l’occasion se présente. Ils nous prennent au mot et nous suggèrent de passer plutôt sur le coup de midi pour impressionner tous leurs copains rassemblés pendant le rapport, et qui ne les croiront pas quand ils leur diront s’être fait offrir à boire par des officiers pilotes de Mirage.

Deux ou trois jours plus tard, vers midi, je suis leader de deux avions en tir air/sol sur le champ de tir de Diane. L’équipier ayant lui aussi rencontré les légionnaires à Corte, nous sommes d’accord de profiter de l’occasion pour aller saluer nos nouveaux amis.

Mirage

Les tirs sont terminés. Armes sur sécurité, nous prenons congé du champ de tir et, comme prévu au briefing : direction Corte. Le coin est encaissé, la caserne est en bordure de la ville et les légionnaires sont bien rassemblés pour le rapport. Tout est en place pour faire une connerie. 

Je décide de descendre en arrivant par le nord, et de virer vers l’est pour passer en radada sur la caserne. Je demande à l’équipier de rester un peu plus haut pour assurer la surveillance du ciel. On ne sait jamais !

C’est parti. Mise en descente, virage pas vraiment haut sur la ville, descente en radada, comme pour une passe de tir. Post-combustion à la verticale de la caserne, deux tonneaux en montée et retour à Solenzara en silence radio. Motus !

Le soir nous dînons au mess quand le téléphone sonne. Le barman répond et demande si le chef des Mirage est là. Le chef se lève, écoute, ne dit rien, puis remercie et vient nous rejoindre. Il a l’air contrarié !

Quelques secondes plus tard il demande : 

- « Qui sont les cons qui ont fait un passage chez les légionnaires à Corte ? »

Silence dans les rangs. Puis il nous dit que l’appel téléphonique était pour nous remercier d’avoir tenu parole et impressionné les spectateurs, et que son correspondant essaierait de venir sur la base avec des copains pour voir nos avions de plus près. Le chef ajoute que l’affaire en restera là, s’il n’y a ni plainte ni récidive.

La semaine suivante nos amis légionnaires se présentent en grande tenue, nous reconnaissent mais ne savent plus trop comment se comporter. Passage au bar pour détendre l’atmosphère, visite détaillée des avions. Là ils nous racontent que leur histoire avait fait le tour de la caserne, et que pendant deux jours leurs copains les ont traités de menteurs et de prétentieux. Jusqu’à ce que nous passions. 

Ils ne s’attendaient pas à un spectacle aussi inhabituel, et qui aurait pu leur coûter cher. 

Dans la chahut qui a suivi notre passage pendant le rapport, l’adjudant de discipline a, paraît-il, failli manger son képi, et il a voulu les mettre au trou.  Heureusement pour eux, un autre gradé qui avait bien connu l’Armée de l’air en Algérie a pris leur défense.

                                                                                Denis TURINA

Date de dernière mise à jour : 06/02/2014