- Médecin en hélico

 

MÉDECIN EN HÉLICO

Jean Massière était médecin-aspirant, appelé du contingent dans l’Armée de l’air,
au sein d’un détachement d’hélicoptères basé à Batna, dans les Aurès
.
Il a connu son baptême du feu le 9 février 1961, il en a gardé un souvenir précis et inoubliable.

Dieu a accordé au souvenir une soeur et lui a donné le nom d’espérance.

Pour illustrer cette citation de Jean d’Ormesson, voici quelques souvenirs d’un médecin convoyeur
de l’Armée de l’air en Algérie en 1961 : la neige, le froid, la souffrance, le sang, la solitude, seul...

Baptême du feu, le temple bouddhiste.

Coup de téléphone à l’infirmerie. C’est mon tour d’évasan. Nous sommes toujours en alerte à 3 min pour être rapidement sur le parking, prêts à embarquer, sans savoir où nous allons.

Je m’habille : combinaison et bottes du personnel navigant avec deux chargeurs, munitions pour mon pistolet. Je prends un sac à l’infirmerie avec le nécessaire à perfusions, les cocktails lytiques, Dolosal, Phénergan, Largactil ou Hydergine, syrettes de morphine et pansements multiples.

Je suis prêt et je cours vers l’appareil dont le rotor tourne déjà, le nombre de tours augmente quand le pilote me voit approcher. Je suis en retard, je jette le sac dans le cargo, je monte rapidement, tiré par le mécano, et me voici à plat-ventre sur le plancher. L’hélico est déjà sorti du périmètre de sécurité et roule sur la piste. C’est parti.

Je me lève, la porte du H-34 est toujours ouverte. On voit un autre équipage courir, armé, pistolets en holster... puis plus rien. Nous sommes au-dessus des montagnes, juste après Batna. Par routine, je demande au mécano la destination, histoire de détendre l’atmosphère, car la réponse est soit RX 3 ou YR 29. Aujourd’hui c’est, selon le code, RX 26..Je ne suis pas plus avancé, ne sachant pas, au fond, où nous allons ni ce qui nous attend.

Déjà le H-34 réduit la vitesse, se pose dans une zone dégagée derrière une petite élévation de terre. Je saute, silence, personne. C’est toujours pareil. Je m’avance au-dessus du talus et je vois, à gauche des buissons, des soldats couchés derrière. Ils appartiennent à un régiment de Hussards parachutistes. Le blessé est là, les yeux hagards, il me regarde, pas un mot, un peu de sang au niveau du cou. Je comprends pourquoi il est muet : une balle lui a traversé le larynx de part en part. Respiration stertoreuse, regard interrogatif, je ne peux rien faire si ce n’est de le transporter à l’hôpital de Batna.

Je demande de l’aide pour le porter car il ne peut pas se lever. Personne ne veut m’aider ! On me fait comprendre qu’ils sont en opération et qu’il est impossible de quitter la position. Me voilà donc reparti vers l’hélico, au pas de course, pour aller chercher un brancard et l’aide du mécano. Celui-ci me suit en courant avec le brancard plié. De retour auprès du blessé, les paras me semblent interloqués de nous revoir. Le mécano, très coopératif, m’aide tandis que je sollicite deux paras pour nous épauler. Devant le silence complet des hommes, le mécano se met devant, moi derrière, et nous voilà partis vers le H-34.

Nous courons difficilement sous un beau soleil, dans un paysage magnifique de collines boisées. Je tente de synchroniser ma course sur celle du mécano mais il va vite. Je suis fatigué, rythmant ma respiration pour tenir le coup, j’ai l’impression de participer à une compétition sportive.

Tout d’un coup je suis tiré de mes pensées par des bruits bizarres me donnant l’impression d’être entré dans une temple bouddhiste, étant entouré de gongs harmonieux. Je pense avoir des hallucinations auditives. C’est sûrement le manque d’oxygène, n’ayant pas l’habitude de courir, surtout en altitude.

Je me retourne. Des claquements secs semblent se mêler à cette musique, pas désagréable, au contraire, et je pense que les paras doivent tirer et lancer des grenades pour nous couvrir. Des bruits sourds, plus lointains, se précisent. Nous courons toujours, tête basse pour voir où poser les pieds de peur de trébucher. Je redresse la tête et je regarde le mécano qui lève les pieds plus haut à chaque pas. J’ai compris ! Des touffes de terre tressautent autour de nous. Bon sang, on nous tire dessus ! Je ne vois rien que ces fumées de terre, bien alignées en demi-cercle à notre gauche : tantôt il s’éloigne, tantôt il se rapproche.

Les tirs sont maintenant très forts, réguliers et pourtant plus éloignés. Plus de gongs bouddhistes ! Parfois des bruits sourds. Les pales de l’hélico tournent derrière le talus. À notre arrivée, le rotor accélère. Nous voici jetés tous les trois dans l’appareil qui décolle.

Quinze minutes après, nous nous posons déjà à Batna. Sur le parking, l’ambulance attend. Transfert de blessé. Je me tourne et prends mon sac avant de descendre. C’est fini pour ce matin.

La main du mécano se pose lourdement sur mon épaule et me tire en arrière. Il vient d’apprendre par l’interphone qu’il y a un autre accrochage dans le coin. Nous voici de nouveau au-dessus dans les airs.

La mort était-elle là par cette belle journée ?

Je viens de terminer la première mission de la journée et je commence à réaliser que l’on s’est fait tirer dessus. Pas question de peur mais une interrogation plus ou moins consciente. La mort était-elle là par cette belle journée ? Le côté animal de mon corps l’avait ressentie bien avant que mon cerveau ait analysé la nouvelle situation dans laquelle je commençais à plonger.

Seconde mission : même scénario ou presque. Le coin est plus montagneux et l’hélico se pose sur une petite zone plate parmi les rochers. Je distingue au fond d’un ravin étroit cinq paras et un blessé allongé sur le sol. C’est ma destination. Pâleur livide, blessé grave touché au ventre. Il faut faire vite. J’ai amené le brancard et je demande de l’aide pour le transport. Toujours la même réponse, plus précise cette fois-ci :

- « Il y a cinq fells dans le coin. On ne peut pas lâcher la piste ! »

J’explique la gravité de la situation. D’évidence il faut faire vite. Tout le monde est d’accord. Je vais devant pour préparer la perfusion. Ils amènent le blessé, leur copain, avec beaucoup d’attention, d’une façon presque touchante. Me voici parti avec un peu d’avance, seul, dans le maquis. Je cours et, instinctivement, pense à la précédente mission. Mais ce coup là, je suis averti : il y a cinq fells dans le coin.

Ma course se fait sinueuse, contournant les arbustes et cherchant à troubler le tir éventuel d’un fell. J’engage une balle dans le canon de mon pistolet tout en courant. Serais-je ridicule ? Je pense que les fells rigolent, étant dans la ligne de mire des cinq fusils. Je suis foutu si derrière ce buisson il y en a un. Il va falloir que je tire dessus? Et je pense:

- « C’est le premier qui va tirer qui va gagner. Suis-je capable de tirer ? »

L’hélico attend, les pales accélèrent à ma vue. Il ne faut pas traîner. Le mécano me regarde avec les yeux écarquillés. Je réalise qu’il m’a vu arriver, pistolet à la main et courant comme un homme ivre! Je prépare la perfusion, on décolle. Déjà Batna ! Posé sur le parking, ambulance, transfert... Fini pour ce matin !

J’arrive à l’infirmerie, une baraque Fillod au long couloir noir. La chambre est au fond à gauche. Petit rai de lumière sous la porte que j’ouvre. Mon lit est à gauche, juste devant lui, mon champ visuel se brouille, j’ai les jambes en coton et je tombe sur le matelas, de dos, bras en croix, jambes par terre. Je crois que j’ai eu très peur. Je suis ou, je regarde le plafond et je commence à me sentir bien. Plus rien n’existe que cette chambre et :

- « Je suis en vie ! »

Le Cne Jean-Jacques Prichonnet arrive. Il se veut autoritaire :

- « Vous allez me faire le plaisir d’aller vous doucher. Vous avez l’air d’un boucher couvert de sang. Vous êtes ridicule. »

Il n’a jamais su combien sa voix me parut paternelle et presque affectueuse, un peu comme celle d’une mère qui gronde son enfant. Me voilà donc douché. Il est environ midi, heure du repas au mess. J’ai la cravate, les pataugas sont propres. Rien à voir avec les activités de ce matin. C’est ça l’armée de l’Air ! Après les missions du matin, on se retrouve dans une ambiance presque feutrée.

Massie re b                                                                  Le Cne Prichonnet et l'Asp Massière (DR)

Gonflé l’aspirant !

À peine entré, arrive en combinaison de vol et blouson fourré, Claude Mercier, le pilote de l’hélicoptère armé Pirate qui nous accompagnait. C’est un grand garçon sympathique qui traîne une jambe, séquelle de blessure par balle, atteinte du nerf sciatique, au cours d’un héliportage. Il entre tout souriant et, avec un grand rire, déclare à l’entourage :

- « Je n’aurais jamais cru qu’un appelé, et en plus médecin, pouvait courir si vite ! »

Puis il me dit :

- « Je crois que tu peux m’offrir l’apéro »

Je m’exécute et, devant mon air étonné, il raconte :

- « Nous avons décollé derrière vous avec le Pirate et vous filiez comme des lapins. Le PC Air nous avait donné pour mission de vous accompagner pour appui-feu, car ça bardait là-haut. Lorsqu’on est arrivé, on t’a vu descendre de l’hélico et partir en courant. Nous avons pensé : Gonflé l’aspirant ! »

Puis le copilote m’a dit :

- « Peut-être qu’il n’est pas au courant. Merde ! On lui tire dessus. Tu as bien fait les choses en passant trois fois à leur nez. Il faut avouer qu’ils étaient patients et fins limiers car ils ont attendu que vous soyez freinés par le brancard avant de tirer. Ils étaient huit, appuyés sur le bord d’un oued avec les pistolets-mitrailleurs. Heureusement pour vous, car avec des fusils, c’eût été la catastrophe. »  

Ainsi je découvre la réalité : les gongs bouddhistes ? Des tirs des pistolets-mitrailleurs dont les balles s’écrasent sur les cailloux et se rapprochent de plus en plus. L’action du Pirate a obligé les fellaghas à se déplacer et à se coucher sur le dos pour lui tirer dessus, puis ils sont revenus pour nous aligner. La mitrailleuse de 12,7 mm de gauche de l’hélicoptère a tiré et fait mouche presque tout de suite, le tireur étant l’un des meilleurs de la base de La Reghaïa. Les fells sont alors partis en courant dans l’oued. La 12,7 mm a recommencé. Un fell, voyant la situation désespérée, est revenu pour nous tirer dessus. Mercier me précise :

- « Celui-là t’en voulait particulièrement »

Le Pirate a fait un virage, il devait être très bas. Le tireur a changé de côté, venant à droite, il a pris le canon de 20 mm et a terminé l’action d’un obus dans la poitrine. Le dernier fell s’est volatilisé, projeté à plus de 50 m.

Je suis abasourdi par le récit plus riche de détails. Je l’avais échappé belle. L’après-midi, Claude Mercier m’a présenté au tireur, un jeune blond les yeux rieurs. Je ne peux m’empêcher de penser que, pour moi, il a éliminé 8 fells !

Pour le gouvernement de l’époque, ce n’était là que du maintien de l’ordre !

Pour l’appelé dans le djebel, c’était autre chose.
 

La neige

En pleine nuit, je suis de garde pour les évasans, le téléphone sonne. Il faut partir, dans le froid car il fait très froid : deux chandails, combinaison et blouson de vol, foulard de laine.

Décollage. Périmètre de sécurité ouvert, le H-34 roule sur la piste. C’est parti !

Nous allons vers la vallée d’Arris. Je somnole. La lune nous regarde, très jolie, très lumineuse. C’est l’époque des premières neiges et la montagne projette des ombres lugubres sur la blancheur. Nous sommes un petit point sombre se déplaçant dans un monde irréel. À droite, le pot d’échappement, rougi par la chaleur, est le seul point de couleur dans un domaine en noir et blanc.

Un accrochage sévère a mis en jeu le 2e REP. Nous nous posons. Tout est calme. Le combat est terminé. On nous amène les blessés, les plus graves nécessitant des perfusions et, pour les plaies les plus importantes, les premiers pansements. Les plus légers sont déjà pansés avant d’arriver à l’hélico.

Il gèle ! Hélico rempli, nous repartons. Tout le monde est calme : évasan classique. Tout baigne. Je regarde le paysage, émerveillé par la blancheur de la neige éclairée par la lune. Quelle nuit froide et limpide !

Le H-34 semble se rapprocher des massifs montagneux. Derrière, il y a Batna. Le moteur tourne rond. Il me semble que l’interphone grésille mais, avec le bruit des pales nous n’entendons rien. À l’expression du mécano, il a les écouteurs sur les oreilles, je déduis qu’il parle avec le pilote. En effet, il me fait signe et soulève un écouteur pour que je puisse entendre, nos deux visages sont presque joue contre joue. Stupeur ! Le pilote annonce qu’il plafonne. Il ne va pas pouvoir franchir les sommets. Pour lui, la solution est évidente et très simple :

- « On va laisser le médecin-aspirant avec le blessé le moins touché. Ainsi allégé, l’hélico va pouvoir passer »

En pleine nuit on va nous abandonner au milieu de la montagne, au froid, dans la neige. Certes la luminosité est splendide, le reflet de la lune sur la neige vierge est féerique. J’imagine la suite. L’hélico va se poser et nous allons rester seuls avec le froid, le gel, les fells. Par la suite il sera impossible de nous retrouver, de jour comme de nuit.

C’est la fin et je n’ai rien à dire ! Il faut qu’il en reste deux pour sauver les autres ? Malgré le froid, je suis en sueur, lèvres sèches. J’ai peur ! Nous sommes sur un plateau qui me paraît immense, couvert de neige. Le H-34 tourne rond mais il est à son maximum d’altitude pour la charge. Quelques vibrations anormales semblent confirmer mon opinion. J’aperçois deux sommets au milieu de cette immensité blanche, loin. Je ne pense plus à la suite.

L’hélico est très bas, on soupçonne qu’il va toucher le sol et, en se penchant un peu, la neige est à notre portée ! Brave hélico ! Il poursuit sa route, presque à 2 m de la blancheur. Le pilote continue le vol. Malgré le bruit, on a l’impression que tout le monde retient son souffle. Je suis résigné.

Tout d’un coup l’ombre des deux sommets est sur nous. Il fait très noir, plus de neige, des lumières, nous sommes très haut et nous débouchons sur la vallée de Batna. Je suis sauvé, tout est ni mais j’ai eu très peur. Quelle joie de retrouver mon lit !

Djebel Ksoum

Le printemps arrive, l’air est plus doux et le soleil nous réchauffe.

Midi. Des éléments de la 25e DP campent de l’autre coté de la route. Le médecin-capitaine de ce détachement vient déjeuner avec nous. La journée commence bien.

Toujours le même scénario ! Coup de téléphone à l’infirmerie. C’est mon tour d’évasan. Je m’équipe. Où va-t-on ? Questionné, l’infirmier précise : PW17. Ce doit être dans le sud d’après le PC Air, donc à proximité du Sahara, des dunes. Quelle fascination le désert vu de l’hélico ! C’est superbe ! D’autant plus que dans ces régions du sud tout est calme. Pas de fells, pas d’opérations. Il s’agit d’évacuer un malade, peut-être une appendicite ? Donc c’est une promenade.

Avec cet esprit de touriste je vais faire mon petit tour d’hélico. Et si j’en faisais profiter le jeune appelé infirmier ? Le Cne est d’accord.

- « Si ça vous fait plaisir. » me répond-il.

Il fait si beau. Je pense que pour cet appelé infirmier d’origine paysanne et bretonne, la vision du Sahara, depuis l’appareil, lui fera un bon souvenir, d’autant plus qu’il n’est jamais monté en avion.

Nous voilà donc partis, en touristes, ou presque. De là-haut je lui commente le paysage :

- « Corneille à droite, en dessous la vallée, la ferme expérimentale, au loin El-Kantara. »

En fait, je lui montre ce dont il entend parler tous les jours, mais comme il ne quitte jamais l’infirmerie, le voilà très intéressé. De plus c’est son baptême de l’air et il fait très beau !

Nous restons dans nos considérations touristiques, le relief devient très accidenté. Au loin se profilent les premières dunes du Sahara. L’hélico se met à faire des cercles de plus en plus serrés et descend dans une petite vallée, un oued au fond du ravin, des arbres sur les versants. Paysage classique. Nous descendons encore.

Le pilote cherche, se met en vol stationnaire car il a repéré à flanc de montagne une petite zone dégagée avec des arbres en contrebas. C’est là ? Des hommes sont camouflés dans des buissons. Fells ? Non ! La radio grésille, le pilote a le contact. Nous ne devons pas nous poser sans avoir le contact radio, car des fumigènes ont été utilisés par les fells pour faire poser un appareil. Vous imaginez le résultat !

Contact radio. Le pilote encadre la DZ, visualise les obstacles, se met face au vent et descend. Bon Dieu ! Le vent est très fort à l’approche du sol. La porte est ouverte mais le H-34, bousculé fortement, touche d’une roue et redécolle en catastrophe. Impossible de se poser ! Il recommence sa présentation.

Nous sommes à la porte, regardant le sol. 2 m, 1 m. Ça bouge très fort, il remonte : 3 m. Le manège continue : 1 m. Vite, je saute sans réfléchir, tombe lourdement et roule. L’infirmier a suivi comme mon ombre. Nous roulons à terre sur les cailloux. On se regarde, éberlués. Pas de mal. Nous devons avoir l’air un peu ridicule, par terre, sur les fesses, en train de se frotter pour sentir si tout va bien. Un SLt est là qui nous regarde avec des yeux hagards, les traits tirés, armé jusqu’aux dents.

- « Combien avez-vous de munitions ? »

Je reste hébété devant la question, les mains vides, ayant laissé mon sac dans l’hélico. Il jette un regard sur l’infirmier, sur ses chaussures noires, bien cirées, de l’armée de l’Air. La suite ne tarde pas à arriver.

- « Ici, on n’a pas besoin des rigolos de l’armée de l’Air en escarpins. »

La suite ? Je ne m’en souviens plus. Je me lève. J’ai honte.

- « De toute façon, il y a des fells partout. Nous venons de repousser une attaque à l’arme blanche, au corps à corps. S’ils reviennent, nous sommes foutus. »

Le décor est planté. J’ai froid dans le dos avec la conscience de mon irresponsabilité. D’un coup d’œil, je juge ce que je vois : dix hommes, au plus, les yeux enfoncés dans les orbites, mais déterminés derrière un fusil-mitrailleur. Cela me rassure un peu car dans ma petite expérience militaire je sais ce que peut faire un FM bien servi, l’ayant déjà constaté. Le SLt me fait comprendre qu’il ne reste plus beaucoup de munitions. Je regarde les lieux. Au-dessus de nous une petite plate-forme accessible me semble un refuge plus défendable. J’ose le signaler au SLt, attendant ses foudres. Il me regarde, semble être d’accord mais il me rétorque :

- « Et s’il y a des fells là-haut ? »

Pour moi, l’emplacement me semble imprenable avec un FM bien placé. Nous serions plus en sécurité. Là-haut, il n’y a sûrement pas de fells car ils se seraient déjà manifestés. La vue est imprenable, elle domine notre position actuelle. Dans mon inconscience je lance au sous-lieutenant :

- « S’il y a des fells là-haut ? Si vous voulez, je vais voir. »

Il me regarde. Il va exploser ! En guise de réponse il lève les bras au ciel :

- « Ah ! Ces gars de l’Armée de l’air, des soldats de salon ! »

Le ton est pourtant moins agressif. Je pense n’avoir, peut-être, pas dit de conneries et qu’il apprécie d’être avec quelqu’un qui analyse le problème et commence à comprendre sa solitude devant cette situation catastrophique.

- « De toute façon les blessés sont là. » me dit-il d’une voix plus douce.

En effet, dix hommes sont à terre à côté du FM. Un noir, demi assis, tenu par un copain, ses yeux blancs, fixés sur moi, brillent d’une lueur d’angoisse. Il me montre son coté gauche, le poumon, et me fait comprendre avec les yeux et des mouvements de tête : arme blanche, baïonnette. J’ai compris pourquoi il ne parle pas ! Sûrement un hémothorax. Je lui enlève sa chemise. Il retient sa respiration, sinon il étouffe et ne dit toujours rien, malgré la douleur. Quel courage !

Que je suis con avec mes mains vides, le sac est dans l’hélico ! Ce n’est pas le moment de romancer. La ballade touristique ? C’est du pipeau. Nous voici devant la réalité. Mais que je suis bête, c’est sûr, j’ai un léger attirail sur moi ! Après trois ou quatre mois de ce petit jeu, j’ai bien réalisé qu’un jour j’aurai droit à la difficulté d’être tout seul, face à moi-même. Il faudra que je me débrouille. Dans la poche gauche j’ai le pistolet, mais celle de droite est bourrée de pansements individuels, d’un garrot pour comprimer une artère et de syrettes de morphine. De plus, avant-hier, j’ai rajouté, avec les chargeurs, une poignée de syrettes dans la poche gauche. Tout cela se bouscule dans ma tête. Pour une plaie du thorax, la morphine inhibant les centres respiratoires, pas de morphine pour lui. Je relève la tête. Le regard de cet homme qui souffre est sur moi! Je n’ai rien et il attend tout de moi. Et zut ! Ma main fouille dans la poche, deux syrettes tombent. Je n’ai plus le temps de réfléchir. De toutes façons, la main a déjà décidé, entre le pouce et l’index la peau du ventre de mon blessé est tendue, la syrette enfoncée, vidée ! Mais je trouve que ce n’est pas beaucoup, l’ampoule ne devait pas être pleine, déjà la deuxième syrette est injectée.

Je déchire la chemise, aidé par l’infirmier qui coopère au mieux, et sortant un pansement individuel, on enserre le thorax, un autre pansement roulé contre la plaie. On serre, on serre. Je pense que j’exagère, il ne va plus pouvoir respirer car son thorax est bien immobilisé. Il me regarde d’un air presque doux, la morphine fait son effet. Nous sommes tous les deux assis par terre, il me serre dans ses bras et me dit tout bas dans le creux de l’oreille :

- « Tu sais, je n’ai plus mal ! »

Est-ce la morphine ? C’est évident !

Mais j’ai senti, lorsqu’il m’a serré dans ses bras pour me parler, qu’il y avait autre chose. Après l’enfer du corps à corps, un homme s’était penché sur lui, l’espoir pouvait revenir. C’était très bien mais, le deuxième blessé est là, à coté, tenant sa jambe éclatée au niveau du fémur. Fracture ouverte par balle ! Vite, la morphine, une puis deux.

- « C’est toujours ça de fait »

Voilà que je me parle, en bon Gascon

- « Non de non ! Mais je n’ai rien, ce n’est pas vrai ! Avec mes petits pansements puis-je faire quelque chose ? Il me faudrait au moins des attelles. »

Je crois que j’ai parlé à voix haute mais ne sais plus et je lève les yeux, mon regard croise celui de l’infirmier aux petites chaussures noires bien cirées. Pour lui, c’était jour de fête. Il allait se promener et voir de beaux paysages. Son sous-lieutenant le lui avait dit. De plus, c’était son baptême de l’air !

Je vois encore son regard triste. Le SLt est un appelé comme lui, il le tutoie, c’est son copain. Il a l’air si contrarié, alors il se met à courir en direction du bois situé à moins de cinquante mètres. Je n’y comprends rien ! Le sous-lieutenant derrière le FM me jette un regard furieux et gueule :

- « Il y a des fells partout. »

 L’infirmier a disparu dans le bois.

- « Ah ! Ces gars de l’armée de l’Air avec leurs petits escarpins bien cirés » pense-t-il sûrement, et il lève les bras au ciel dans un geste d’impuissance.

Moi, je pense que mon infirmier avait peut-être envie de pisser ? Mais de là à s’exposer comme cela ! Je commence à croire le SLt et n’y pense plus, ayant assez à faire avec la cuisse éclatée qui est devant moi. J’éponge, je panse, j’allonge le fémur tant bien que mal, à plat. L’homme souffre terriblement, sans un mot. Il va s’évanouir. J’admire son courage.

Pas pour longtemps car je vois revenir mon infirmier à toute allure, en zigzaguant. J’ignore s’il a vu les fells. Son visage est radieux. Il me dit :

- « Regarde. »


Il ouvre son blouson et laisse tomber devant moi 4 attelles flambant neuf !

- « Ça te va « ? me dit-il en riant, essoufflé, les pommettes rouges.

En bon paysan, en plus des chaussures bien cirées, il n’avait pas oublié son couteau à grosse lame. Pour lui, c’était évident, fells ou pas, il y a des branches, il coupe des attelles. Je n’arrive pas encore à comprendre comment il a fait ? C’est fabuleux, ce sont de véritables petites planches de 30 à 40 cm. Un travail d’artiste ! Vite, il m’aide. Les gros pansements avec du coton s’enroulent autour des planches, deux dessus, deux dessous, on serre. Il tire sur le pied, on essaye d’aligner les fragments, on serre. Le blessé ne dit rien, la morphine faisant effet. Il serait presque euphorique.

- « Aides-moi, et je vais marcher pour aller derrière le FM. » me dit-il.

Moi, je ne pense pas aux fells. Lui, il y pense ! SLt nous regarde, regard moins agressif, il n’en revient pas ! Ils sont fous ces gars de l’armée de l’Air ! Bien sûr, ce blessé de la cuisse n’a pas marché. Il y avait 3 ou 4 m à faire et nous l’avons porté.

Nous voilà tous derrière le FM comme si c’était un rempart. On se touche, la horde se resserre pour faire front : guerriers, médecin, petits escarpins noirs, tous à plat ventre. Seul, le SLt, le chef de la meute, s’appuie à son coude et domine, en chef incontesté. Nous nous regardons. Il sait que j’ai de l’estime pour lui mais il baisse un peu les yeux, d’un air gêné quand je le regarde. Il regrette ses paroles. Pour moi, je commence à réaliser que les fells sont là, mais où ? Et je n’ose poser une question. Pas de mots, tout n’est que sensations animales, instinct de l’homme préhistorique. Nous sommes collés à la terre, on se touche et la chaleur du voisin fait du bien.

Je découvre alors, entre les cailloux, un gros poste de radio avec une grande antenne, un PCR10 je crois, mais ne me souviens plus. Je n’avais pas vu que le SLt, appuyé sur le coude gauche, tenait le combiné collé à son oreille.

La peur diminue le champ visuel et je commence à le constater. Personne ne parle, seul le chef sait. Le temps me paraît très long. Attendre, attendre quoi ? Un des soldats semble écouter le silence. Les fells ? J’ai les lèvres sèches. Non ! Il regarde le ciel car, au loin, trois avions de chasse se dirigent vers nous. Ils me paraissent hauts, passent au-dessus de la vallée. Le SLt ne dit rien. Les avions s’éloignent sans nous avoir vus. Et l’espoir disparaît. Silence.

Brusquement, je sors de ma torpeur. Sans que je sache d’où il vient, un Skyraider, plein pot, assourdissant, superbe, plonge vers l’oued. Il va straffer. On s’occupe de nous. Pas le temps de réfléchir. Un deuxième est là. Raccourcissant sa trajectoire il plonge, pas de tir ! Un troisième, presque dans l’aile du précédent, vire à 90° du sol :

- « Ah ! Les cons. Ils sont fous. »

J’ai l’impression qu’ils passent entre les arbres puis s’enfoncent vers l’oued. Pas de tir ! Je n’y comprends rien. Les bruits de moteurs s’estompent. Successivement ils remontent en chandelle, comme jaillis de terre. Ils sont déjà loin et disparaissent. Je suis déçu ! Que sont-ils venus faire ? De l’observation ? J’ai la sensation désagréable d’un grand vide. Nous sommes délaissés. On est foutu ! Mais, là-haut, ils s’en foutent avec leurs bottines noires bien cirées et je commence à penser comme le SLt :

- « Ah ! Ces gars de l’armée de l’Air. »

Pas le temps de ruminer. Ils sont là ! Débouchant en silence d’un sommet, le son arrivera plus tard à mes oreilles. La vision est fabuleuse. Ils vont nous toucher, énormes, pots d’échappement rougis. Je crois voir les rivets sous les ailes. Tout va très vite. Dans le bruit assourdissant des moteurs, plein pot, à quelques mètres de nos têtes, ils sont deux et s’alignent l’un derrière l’autre.

De face, c’est impressionnant, passant à quelques mètres. Le premier s’aligne sur nous, pique plein pot vers le fond de l’oued, à notre hauteur. Au niveau de la crête il me semble qu’il réduit le moteur. Merde ! J’ai froid dans le dos. C’est la mécanique qui lâche ! De plus il est en plein virage à quelques mètres du ravin et je vois les ailerons qui bougent. Corrigeant doucement sa trajectoire, le voilà en vol horizontal. Remise des gaz à fond, rugissement du moteur et disparition dans la petite vallée, vers l’oued, à quelques mètres des arbres.

Un bruit sourd, des flammes énormes, grosse volute de fumée noire et remontée en chandelle. Le deuxième est déjà là, axe un peu différent, correction, légère réduction, piqué à fond en glissant un peu sur la droite vers le bas du ravin, grand bruit sourd, plus rapproché, grosse fumée noire et remontée en chandelle.

Les Skyraider ont fait leur boulot.

J’attends le troisième et tourne la tête vers la droite, dans l’axe d’arrivée des deux premiers. Je m’entends encore : Ah ! Le con. Il est déjà sur nous sortant de je ne sais où, à peine à 10 m. J’ai le vertige. En plein virage à gauche, aile à 90° du sol, il vire sur nos têtes. Je vois le visage du pilote qui me regarde car je suis debout. J’en ai la chair de poule mais il me semble qu’il a le sourire car je dois faire une drôle de tête. Il lève la main gauche, poing fermé, pouce dressé. On croirait qu’il me parle :

- « Je t’ai bien eu ! Ne t’inquiète pas. On est là. »

Il redresse avant la crête, largue le bidon et ce coup, là, je vois tout. Le bidon ? C’est pour nous, largué juste au-dessus de nos têtes. Il semble suivre la trajectoire de l’avion, puis la sienne s’incurve. Va-t-il tomber sur nous ? Tout va très vite ! Pourtant tout me semble se passer au ralenti. La crête ! Le bidon touche quelques mètres derrière, roule sur la pente, explosion très forte dont nous sentons la chaleur, fumée épaisse et flammes devant nous, très hautes. C’est du napalm. Le crépitement du feu couvre le bruit des moteurs mais le dernier Skyraider a plongé plein pot dans l’oued.

- « Ah ! Le con. Lui, c’est un fou ! »

On l’avait gardé pour la fin. Mon cœur est soulagé. Je n’ai jamais été aussi heureux. Tout flambe.

Ahuri, je vois sortir des buissons des fells, des fells partout, cinq, dix, qui dévalent la pente à toute vitesse. Le feu ! Le feu partout ! La joie couvre ma peur. Au loin arrivent des H-34, quatre, cinq, six. La 25e DP héliportée. Le bouclage commence. Nous sommes sauvés ! Dans le ciel les trois Skyraider, en formation comme à la parade, prennent la direction de Biskra. Petits battements d’ailes, ils passent. Le SLt, à coté de moi, marmonne :

- « Chapeau les gars. Quel boulot ! »

Il est admiratif. Nous sommes tous debout. On a presque envie de s’embrasser.

En écrivant ces lignes, je découvre que lorsque les fells ont fui les flammes, à portée de tir du FM, personne n’a ouvert le feu. Le FM aurait fait un ravage à cette distance. C’est fini, Il ne faut pas tuer pour tuer a dû penser le SLt. Il vit partir les fells, l’étau était desserré, il est soulagé et il me dit simplement :

- « Moi, je reste pour aller au bilan, mais il faut vous évacuer car la nuit va tomber très vite. »

Il va à la radio, grésillement, il sourit, me regarde, le combiné à l’oreille et me dit :

- « C’est simple ! Le commandement a décidé. Je vais au bilan et vous, rentrez à pied avec l’infirmier en portant les blessés

C’est simple ! 

Nous sommes en pleine montagne, le commandement est en bas. À mon tour de ne pas rire. Et, s’il y a encore des fells dans le bois ? De toutes façons, il est impossible de porter un blessé tout seul et en terrain accidenté. J’en ai fait l’expérience et là, en plus, avec la présence possible des fells. Alors je lui dis :

- « Quoi qu’il arrive, maintenant je ne vous quitte plus et vous colle aux fesses, surtout à la nuit. »

Le SLt a un bon sourire. Le courant passe. J’ai beaucoup apprécié sa lucidité, son courage, sa noblesse : c’est un vrai guerrier ! Il n’a pas tiré sur les fells en fuite, malgré le corps à corps quelques heures auparavant. Le voilà, toujours avec son poste radio. L’atmosphère est détendue. La 25e DP s’occupe des fells.

- « Un hélico va venir vous chercher. Il faut vous tenir prêts. »

OK ! Déjà un bruit de pales résonne dans la petite vallée où il souffle autant de vent. Le H-34 est devant nous, face au vent et tâte l’axe pour se poser. Le ravin, les arbres, la zone de poser est inexistante. Il se dandine au-dessus d’un gros rocher qui le gêne et se décide, pose sa roue gauche dessus, l’autre étant dans le vide. Rafales de vent, tourbillons... nous courons, tête baissée. Trop tard !

L’hélico est brusquement parti, la roue gauche posée sur le rocher entrait en résonance avec l’amortisseur. Il plonge dans la petite vallée, vers l’oued, comme les Skyraider tout à l’heure, mais lui, c’est un hélicoptère qui doit essayer de prendre de la vitesse pour se récupérer. En effet, il monte sur l’autre face du ravin. On a l’impression qu’il monte à la verticale, posé sur l’autre versant, nez pointé vers le ciel. Il semble grimper à la paroi !

Je sais que cela ne peut pas durer longtemps et que ça va être une catastrophe. Sa vitesse diminue, toujours le nez vers le ciel. Les pales claquent, battent l’air avec un bruit très sec. Je suis angoissé pour l’équipage. Lentement, toujours au-dessus de l’oued, il glisse sur le coté droit, se remet à plat. Ouf ! Et il s’éloigne en prenant de l’altitude. La radio grésille. Le SLt, sur la fréquence air, fait la grimace en fronçant les sourcils. Le pilote est fou !

- « Je ne reviens plus dans ce merdier ! Terminé pour moi. »

Nous nous regardons, nous attendons. Le temps semble long et la nuit arrive. Le SLt décroche le combiné, il semble approuver de la tête :

- « Oui... oui. » et il raccroche.
- « Vite, vite ! Un équipage veut bien essayer de vous récupérer mais il pose ses conditions : une seule tentative est possible avant la nuit. Débrouillez-vous ! »

Le H-34 est déjà là. Prise d’axe au-dessus de nous. C’est un bon parmi les bons, ménageant sa machine par une approche prudente. Il est au courant, connaissant le rocher où il ne faut pas se poser et il place sa roue droite en bordure du ravin, en ayant juste la place pour la roue gauche devant le rocher. Il ne réduit presque pas, gardant de la puissance. Nous essayons de soulever les blessés, impossible de les embarquer. L’hélico ne peut pas tenir. Il est maintenant en stationnaire à 1 m environ. Le mécano tout seul ne peut pas remonter un blessé. Une sangle est là, à ma portée. Je l’attrape au passage, espérant ainsi monter à bord. L’appareil fait une embardée, remonte un peu et me voilà pendu à la sangle, à 3 ou 4 m du sol et je ne peux pas me hisser à la force des bras. Sale moment ! Le mécano m’agrippe sous les bras et me glisse, à plat ventre, sur le plancher. Ouf ! Je suis dans le H-34 qui a pris de la hauteur pour se dégager des turbulences.

Après l’angoisse d’être pendu dans le vide, bras tendus, voici que je vais être pris pour un déserteur si je ne reviens pas avec les blessés. Mais le pilote a compris et il revient. Il ne faut pas manquer notre coup. Chapeau ces pilotes ! Je les connais bien car presque tous les deux ou trois jours nous volons ensemble. Celui-là, c’est un bon ! Cela se sent vite. L’hélico ne vibre pas, les déplacements latéraux sont doux malgré les turbulences. Le mécano et moi-même sommes penchés à la porte, les roues touchent, les blessés sont embarqués. Vite, l’infirmier aux chaussures bien cirées saute dans l’appareil, léger comme un lapin, et nous rentrons à Biskra !

Vision fugitive ! Le SLt est là qui nous regarde partir avec un petit sourire ému. Sous le vent de l’hélico et la poussière il ne bouge pas. On se regarde. Il lève la main droite, légèrement, pour me dire À Dieu. J’ai l’impression qu’il marmonne :

- « Ah ! Ces gars de l’armée de l’Air. »

 Il n’a pas le temps de finir sa phrase que ses hommes sont debout, derrière lui :

- « Alors, mon lieutenant, on y va au bilan ! »

Arrivée de nuit à Biskra. Ambulance et embarquement des blessés pour l’hôpital. On me donne un lit dans un coin pourri. Les draps sont noirs, mais je tombe dessus avec les bottes et en combinaison de vol. Je suis en sécurité. Quelle douceur, un lit ! J’ai l’impression d’être dans un Trois étoiles.

Le lendemain, nous rentrons à Batna par les gorges d’El-Kantara. Superbes avec les palmiers, la montagne.

Qui a dit que les évasans n’étaient pas des promenades touristiques ?El kantara 1                                                                           Les gorges d’El-Kantara (DR)
 

Quelques mois après, le service des effectifs de la base m’annonçait le communiqué des autorités militaires qui résumait cette journée par quelques lignes laconiques :

- «  Le 17 avril, dans le djebel Ksoum, le médecin-lieutenant et son infirmier n’hésitèrent pas, en dépit de la proximité des rebelles, à sauter de l’hélicoptère qui ne pouvait se poser sur le piton à cause d’un fort vent pour porter les premiers soins à deux blessés.

Pour l’infirmier appelé, c’était son baptême de l’air !

Le fellah qui voulait me prendre mon pistolet

Départ de nuit pour un appel proche, juste de l’autre coté de la montagne de Corneille. Nous arrivons près d’un fortin où un gros projecteur éclaire une zone située en dehors du périmètre de sécurité qui est ouvert et des soldats penchés sur le sol regardent un brancard.

Nous nous posons très près, quelques mètres à faire et je suis avec eux. Je remarque un homme du village voisin, debout, un fellah dont le turban blanc fait une tache claire dans la nuit tandis que les soldats en kaki se confondent dans l’obscurité. J’écarte le cercle que font ces hommes et je vois une femme arabe couchée sur le brancard ! Sûrement la femme du fellah. Que se passe- t-il ? Un soldat, tout bouleversé, me dit :

- « Elle accouche, on ne sait rien faire. »

La femme semble souffrir, visage caché par son voile noir. Ici, nous sommes dans les Aurès où les femmes, voilées, sont habillées de noir. Je relève sa robe et vois les deux petites jambes de l’enfant qui sont déjà dehors :

- « Zut ! C’est un siège ».

Je comprends la douleur de la femme. La petite tête en rétention ne veut pas sortir. Les soldats sont déjà rentrés dans le périmètre de sécurité et les barbelés remis en place. Me voilà seul avec l’homme au turban blanc et cette femme en noir ! Le mécano arrive en courant :

- « On ne va pas prendre racine ici, le pilote dit qu’il faut partir tout de suite. Nous ne sommes pas en vacances ! »

Le ton est coléreux, c’est le moins que l’on puisse dire ! Je relève la tête.

Le projecteur du fortin nous éclaire : hélico, médecin penché sur le brancard et fellah. Dans la nuit, quelle belle cible pour des fells s’il y en a dans le coin ! Ils vont se payer l’hélico et nous avec. Le mécano m’aide à porter le brancard. Quelques mètres à faire et nous sommes dans le H-34. Tout de suite le projecteur s’éteint. C’est nuit noire. Aveuglés par la lumière crue, il nous faudra du temps pour nous adapter à la petite lumière rouge, seule permise à bord de l’hélico. La femme souffre de plus en plus. Il faut y aller.

J’ai déjà fait de nombreux accouchements mais toujours en milieu hospitalier et jamais un siège. Je retrouve très vite les gestes efficaces. Passant la main sous le corps de l’enfant qui repose sur mon avant-bras droit, mes doigts remontent vers l’utérus et la tête. Elle est en extension, menton en avant. Toute descente est impossible. Mes doigts cherchent le visage de l’enfant, le nez. Voilà la bouche ! L’index dans celle-ci, j’abaisse la tête, la nuque descend, se bloque sous le pubis mais j’ai une bonne prise avec l’index dans la bouche. Fléchissant au maximum le visage, je tire les pieds vers le haut, en rotation et la tête arrive. L’enfant est dehors mais il est décédé depuis longtemps. Je réalise alors que je viens de faire un Mauriceau, manœuvre décrite dans les livres d’obstétrique que j’avais potassés pour les examens, mais je n’avais jamais imaginé les conditions dans lesquelles je ferais mon premier Mauriceau.

La femme est soulagée. Je ne vois pas son visage car il fait très sombre. La lumière rouge donne au visage du mécano des reflets bizarres. Il me regarde car je suis couvert de sang. Le fellah ne bouge pas. Dos tourné, il est assis à coté de sa femme, sagement, comme un enfant à l’école, mains sur les genoux et regarde droit devant lui. J’ai les mains gluantes, sanguinolentes, couvertes d’un liquide chaud. Il faut maintenant s’occuper du placenta.

Après quelques instants de calme, la femme commence à gémir. Son utérus se contracte, ma main gauche attend le placenta et la droite refoule l’utérus pour l’aider à l’évacuer. Je ne peux m’empêcher de penser à un copain de fac, en stage à la maternité. Lors de son premier accouchement, avec la sage-femme. Arrivé à ce stade du processus, il voit de nouvelles contractions et pense :

- « Mer.., des jumeaux. Il n’y a qu’à moi que ça arrive » Il avait oublié l’existence du placenta !

Mais ce n’est pas l’endroit pour rigoler. Le voilà qui arrive, masse lourde, et tombe dans ma main gauche. Je me souviens des conseils des sages-femmes :

- « À cet instant délicat : tout doit sortir en même temps. »

Ma main droite serre très fort l’utérus pour le vider. C’est fini, tout est sorti. L’utérus se contracte. C’est le globe rassurant des accoucheurs. Je me récite la leçon. Il n’y aura pas d’hémorragie. Ouf !

Maintenant je suis bien habitué à l’obscurité mais j’avais oublié le fellah ! Et toujours cette lumière rouge pâle. Mes yeux se fixent sur ce turban blanc, immobile, et je pense à cette histoire qui court sur la base parmi les équipages des hélicos. Des fells blessés avaient essayé de balancer dans le vide le mécano et réussi à prendre des armes au râtelier situé derrière le pilote de gauche. Ce fellah paraît calme, mais il faut se méfier. J’ai tout le temps pour le surveiller. L’hélico ronronne, la femme soulagée, le mécano somnole ? Je suis assis près du fellah à ma gauche, le brancard, avec la jeune femme, derrière nous.

Je commence à me relaxer. L’atmosphère est presque idyllique ! Tout d’un coup je sors de ma torpeur. Il me semble que le fellah a bougé mais je le regarde, il est impassible sous la lumière rougeâtre qui baigne son visage. J’ai du rêver mais mon esprit est en éveil. On ne sait jamais. Nous sommes l’un contre l’autre. Je vais bien m’en rendre compte, s’il bouge. Après quelques instants, j’ai la même impression. Ça bouge à ma gauche, imperceptiblement mais ça bouge. J’analyse la situation, prêt à la maîtriser. Pourtant tout paraît calme sous cette lumière pâle. Regard impassible, il fixe droit devant lui l’horizon limité de la cabine.

Ça bouge contre ma cuisse ! Cette fois-ci, j’en suis sûr. Il est gonflé ! Tout de suite, je pense :

- « Il a sûrement remarqué que dans ma combinaison, dans la poche du haut, à gauche, j’ai mon revolver MAC 50 avec deux chargeurs. Le salaud ! Il est gonflé ! Il va chercher à me le prendre. »

Je suis bien décidé à le neutraliser, ayant pratiqué le judo à un bon niveau, et j’ai le temps de préparer ma défense. Je vais presque me prendre au jeu et vais attendre qu’il ouvre ma poche de gauche. Sa main coincée dans la poche, j’ai une prise évidente qui me vient à l’esprit. Donc, attente. Je suis bien assis, l’air de rien, les deux mains sur les genoux comme un enfant sage à l’école.

Maintenant c’est évident, ça bouge. Une main hésitante arrive sur ma cuisse. Elle cherche quelque chose et doucement progresse, légère, féline. Elle arrive sur ma main, l’agrippe pour l’immobiliser mais tout se fait en douceur. C’est une petite main à la peau très douce qui serre la mienne et son pouce caresse le dos de ma main. Je suis très ému ! C’est une main de femme ! Quelle douceur ! Elle se fait câline, chaude, voluptueuse puis, doucement, m’attire vers elle. Je ne bouge pas, médusé, et me laisse faire. Quelle douceur ! Je la laisse prendre mon bras mais je ne vois pas son visage car il fait noir. Sous son voile je sais qu’elle me regarde. Cette femme qui n’a rien, perdue dans ce monde cahotant, va me faire le plus beau cadeau du monde. Quelle douceur en cette main qui me fait comprendre sa reconnaissance. Petit à petit je commence à comprendre que c’est beaucoup plus. Ma main est au niveau de son visage. Elle m’en embrasse rapidement l’intérieur par de petits baisers rapides qui effleurent la peau, la cajole puis, comme si elle ne voulait pas que je parte, avec ses deux mains elle me serre très fort contre sa poitrine ! C’est presque une étreinte amoureuse.

Progressivement ses mains se relâchent, redeviennent douces. Elle serre, à plat contre sa poitrine, ma main qui n’est plus prisonnière car elle sait que je ne vais pas la retirer. Je sens son corps qui se relâche, sous ma main devenue pour elle protectrice et elle me caresse encore très lentement, sachant qu’elle n’a plus rien à craindre. Tout est calme ! Elle ne caresse plus mais s’est endormie ! Nous sommes restés ainsi pendant tout le retour. L’hélico se pose, ambulance, infirmiers, direction ? La maternité de Batna. Je n’aurai jamais vu son visage !
 

Tirs sur l’hélicoptère

Évasan de nuit, pour la Légion, 2e REP ou 13e DBLE, peu importe ! Quand ils appellent c’est qu’il y a du grabuge.

Nuit noire. Quelques lumières au sol, du genre lampe de poche. Malgré les arbres, l’hélico se pose. Chapeaux ces pilotes !

Tout est calme. L’opération doit être terminée.

Comme toujours avec la Légion, lorsque le médecin saute de l’hélico, deux Légionnaires sont en attente ou surgissent de la nuit. C’est le cas cette nuit-là. Une voix germanique me fait comprendre qu’il faut les suivre. Béret vert, brêlés, grenades accrochées au niveau de la poitrine, PM en travers des bras : quelle allure ! Je me suis toujours senti en sécurité avec ces gars-là.

Tout est calme et pourtant ils se faufilent comme des félins, en silence, courbés sur leurs PM.


- «  Mon lieutenant, il faut faire comme nous. » me dit l’un d’eux avec beaucoup de respect et d’autorité.
- « Il faut se baisser. » ajoute-t-il en chuchotant.
- « Ils sont là ! »

Je fais comme eux, car le ton est impératif. Je n’arrive pas à comprendre : tout est calme. Nous arrivons auprès du blessé : deux balles dans la cuisse. Le pansement est fait. Le blessé est amené à l’hélico. Avant de partir, je demande :

- « Pourquoi fallait-il se baisser, où sont-ils ? »

Alors en riant ils me disent en me montrant le sol :


- « Ils sont là. »

Ils avaient fait poser l’hélico sur le dessus d’une grotte remplie de fells.

Il fait très froid. On ferme la porte, les pales tournent, l’appareil décolle. Tout d’un coup, le H-34 fait des embardées. Nous regardons par la vitre de la porte. Des rafales de balles traçantes montent vers nous, régulièrement, comme des pointillés meurtriers... c’est juste dans l’axe à l’arrière de l’hélico. Les points lumineux, denses, s’éteignent, pour nous, quand l’appareil s’en approche. Impression désagréable ! Puis le tir recommence.

Je pense aux pilotes qui allaient bombarder l’Allemagne, en formations. Ils devaient garder le cap malgré les tirs de la DCA.

Les pointillés lumineux montent vers nous. Si nous sommes touchés l’appareil risque d’exploser, car les tôles sont d’un alliage qui contient du magnésium, je crois. Il prend de l’altitude. Nous attendons le moment où nous allons être touchés. Impuissants, nous subissons !

L’hélico semble faire des embardées puis, brusquement, le pilote exécute un virage serré à gauche. Je vois le pot d’échappement rougi, point lumineux dans la nuit noire. Le pilote nous a sauvé la vie car le pot, rouge, est caché par la cellule de l’appareil. Le tir cesse immédiatement. Les fells nous ont perdus. Ouf !

Les Légionnaires avaient raison : Ils étaient bien dans la grotte.

10 février 1961, mission pour la 13

Décollage pour les Aurès à la tombée de la nuit, direction la forêt des Béni-Mellal en RX51, où la 13e DBLE est accrochée depuis le matin avec la Wilaya 1.

Nous arrivons avec notre H-34 au-dessus de la forêt. La nuit est proche, la brume dans les bas fonds. Il fait très froid, nous sommes dans la montagne : le massif des Aurès. La porte ouverte, nous regardons ce spectacle hallucinant qui se dresse devant nous. Nous n’avons pas l’autorisation de nous poser, car le combat n’est pas terminé.

Nous tournons lentement à quelques mètres des arbres. La pénombre de la nuit tombe sur cette forêt magnifique de sapins. Il y a de la neige et des feux partout, partout à perte de vue ! Des zones enflammées par l’explosion des grenades.

Puis l’hélico s’encastre entre les arbres, nous nous posons à toucher les sapins. Chapeau le pilote !

Un groupe de Légionnaires nous entoure, bérets verts, brêlés, grenades sur la poitrine, le PM en travers, les yeux hagards, brillants dans la nuit, c’est la fin des combats. Quelle allure ! Encore quelques rafales d’armes automatiques, les hommes sont aux aguets, une main posée sur l’hélico, comme pour nous protéger, puis le silence.

Alors arrive un Lt avec ses hommes et des blessés partout portés dans des bâches. Je n’ai pas le temps de descendre pour examiner l’importance des blessures, c’est bousculade type Légion : dans un ordre absolu.

L’officier est à la porte, il aide à embarquer ses hommes, ses blessés, tout va très vite. On pousse on charge. Du sang partout ! Impossible de réduire la vitesse de chargement. Pour eux c’est le salut ! L’hélico pour les blessés c’est l’espoir qui revient.

Pour le médecin, il est impossible de se faire une idée de la gravité des blessures. J’ai déjà l’hélico rempli : c’est l’apocalypse, visage défigurés, cuisses éclatées... du sang, du sang... Il faut partir au plus vite pour gagner le centre chirurgical qui est en attente à Batna.

Le Lt est toujours à la porte, appuyé contre l’hélico. Il voit qu’il n’y a plus de place, les pales de l’hélico accélèrent... on va décoller.

- « Est-il possible d’accompagner mes hommes ? » me dit-il d’une voix éteinte et un peu rauque.

Il faut dire que les rares plaintes des blessés ont des tonalités germaniques. Je regarde le mécano, je sais que nous sommes déjà en surcharge, il me fait signe OK ! Par l’interphone il est en contact avec les pilotes. J’attrape le lieutenant pour le faire monter, car déjà l’hélico se soulève. C’est parti !

En zone de combat, il n’y a qu’une petite lumière rouge autorisée. Je regarde la cargaison. Je croise le regard du Lt assis par terre, se tenant à une sangle, pour moi, celui-là il n’a rien, il accompagne ses hommes.

Je cherche les plus touchés. Je suis sur mes genoux, au milieu de cette masse humaine, souffrante, une chaleur monte sur mes jambes, mes cuisses, je passe la main par terre, surement de l’huile chaude qui inonde ma combinaison.

Je commence à m’habituer à la nuit, je découvre alors que je suis dans une énorme flaque de sang. J’ai un Germain recroquevillé sur son ventre, je cherche dans cet amas gluant... une giclée fuse vers mon visage. Merde une fémorale ! Il est foutu... je ferme le poing, j’écrase la cuisse éclatée. Le mécano me regarde les yeux écarquillés, il a compris... Il me remplace, poings fermés, il écrase autant qu’il peut la plaie... vite le sac est ouvert, le matériel de perfusion sorti, des pansements américains pour faire un énorme tampon compressif, la perfusion est en place... Le blessé a les yeux livides...

L’hélico est déjà en approche sur la piste de Batna, projecteurs, ambulances alignées, transbordement... Tout va très vite.

Il faut repartir. L’autre médecin de chez nous : le Cne Jean-Jacques Prichonnet, est déjà sur place. La rotation des hélicos est efficace. La nuit a été courte.

Je raconte au Cne ma première évasan avec le Lt qui surveillait l’embarquement de ses hommes.

- « C’est la « coutume » de la Légion. » me dit-il
- « Pour les honneurs, ce sont les officiers qui sont les premiers, mais au combat ce sont les hommes qui sont secourus et soignés en premiers.

Et je réplique :

- « Oui, mais le Lt n’avait rien. »
- « Justement ! me dit le capitaine. Il n’a pas voulu quitter ses blessés. »

Le lendemain, journée calme. Nous allons avec le capitaine à l’hôpital pour prendre des nouvelles. Combien ont pu survivre ? En entrant au service de chirurgie, je retrouve mon Germain grand rouquin, dans le lit tout blanc, tout propre... il a les joues roses... il est sauvé... Je suis heureux.

Le chirurgien derrière moi me dit :

- « Section des saphènes, blessure fémorale. Ça a drôlement saigné. Il s’en tire de justesse. C’est beau la chirurgie ! »

Alors je demande :

- « Le lieutenant qui n’avait rien ? »
- « Je ne vois pas. » me dit le chirurgien.
- « Venez, on va voir les comptes-rendus des opérations de la nuit. »
- « Ah oui ! Je vois ce lieutenant en effet... mais oui... nous lui avons retiré sept bastos du corps. »

Le Lt avait appliqué la coutume de la Légion ! Il a refusé les soins, en faisant croire qu’il n’avait rien pour que ses hommes soient soignés en premier.

C’est cela la Légion, de anges ou des saints ? Non, de simples humains, mais combien seraient ers de leur serrer la main ! Si devant leur bravoure, vous n’avez pas de larmes alors... pauvre civil... votre corps est sans âme ! Et vous vous sentirez soudain l’âme légère, car la reconnaissance est une bonne mère. Képi blanc, képi noir, à vous tous les honneurs, nous ne vous valons pas, mais vous avez nos cœurs.

Quatre jours après l’opération, le 14 février 1961, le colonel de la 13e DBLE adressait à l’équipage de l’hélico, piloté par le Lt Guizol, une lettre de félicitations où l’on pouvait lire :

- « Cet équipage a fait l’admiration des Légionnaires et s’est acquis leur profonde reconnaissance. »

C’est ainsi la Légion : le panache !


Bilan de l’opération :
      - Légion étrangère : 14 tués et 29 blessés
      - Rebelles : 49 hors de combat.

                                                                                       Jean MASSIÈRE

Massie re a                                                                                L'Asp Jean Massière (DR)

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 18/07/2016