- Les Vautour renifleurs


LES VAUTOURS RENIFLEURS

 

Les Mirage IV et les missiles du plateau d’Albion n’auraient pas pu exister sans tous les travaux, expériences et essais menés par le CEA/DAM pour mettre au point les armes nucléaires de la France.

Dans cette aventure, le rôle des Vautour "renifleurs" est peu connu, voire ignoré. Mais ceux-ci sont disparus et ils n’ont même pas droit à l’insigne d’une de leurs unités. Le GERMAS 15/092 ne figure pas au tableau d’honneur et pourtant…..

Affecté à la création de cette unité en octobre 1958, comme électricien, je retrouvais un avion digne de ce nom par ses dimensions et son implantation électrique. Cela me changeait du Mistral sur lequel je venais de passer cinq années après être sorti d’école des USA où, avec quelques privilégiés, nous avions côtoyé les B-29, B-25 et B-47 sur une base du Texas.

Un jour, je suis désigné avec le sergent Bernard pour modifier, à Mont de Marsan la flotte de Vautour B et N.

Munis des plans, nous voici pendant un mois enfermés dans un hangar, accroupis dans les cabines avant, à tirer des fils d’installation de détection de radiations. Et je me retrouve à Reggan : opérations Gerboise Bleu, Blanc et Rouge".

Au cours des multiples préparations, je me souviens avoir fait subir au Lt Soubeyrand, plusieurs séances de sudations intenses pour avoir omis un restricteur sur le filtre du caisson avant ; qu’il me pardonne.

Le grand jour arriva. Une fois le point pulvérisé, un Mistral téléguidé tourna pendant près de deux heures dans le nuage radioactif et vint se ranger sur le parking, où une personne du CEA l’attendait. Nous l’avions appelé Ben-Hur : il poussait un écran de plomb, muni d’une lucarne par laquelle il dirigeait une lance de quelques mètres chargée de récupérer le filtre de poussières installé sur le bidon gauche du Mistral. Ce luxe de précautions de la part du CEA s’avéra inefficace et c’est un jeune sergent, "protégé" par son seul treillis et muni de la pince coupante adéquate qui libéra l’objet.

Tous ces avions, lavés à grand renfort d’eau chaude et de vapeur sans résultat concret, nous étions impuissants à les débarrasser de toute cette radioactivité.

Dans le Nord 2501, nous attendions un ordre de décoller qui se faisait long ; en fait ce fut un débarquement en direction des souterrains du CEA, passage obligatoire en caisson, allongés à entendre crépiter les compteurs.

L’examen terminé, nous avons eu droit à :

« Allez vous doucher ».

Une fois, deux fois… Personne n’est sorti blanchi, toute la base ayant été aspergée par un vent de sable provenant du point zéro.

Mais nous fûmes récompensés par une lettre de félicitations du Général de Gaulle…à ne pas inscrire dans le dossier de l’intéressé…Pourquoi ?

Les Vautour sont partis. Dommage !

C’était un bel avion, facile à travailler. J’ai toujours en mémoire les circuits électriques et l’implantation des différents matériels. Treize ans sur cette machine, même comme simple mécano, laisse son empreinte.

 

NOTA : J'ignore le nom de l'auteur de ce texte.
            Qui peut me renseigner ?
            Merci.

                                                                  Jean HOUBEN

            

Date de dernière mise à jour : 17/12/2012