- Le saut en parachute

 

LE SAUT EN PARACHUTE

Centre de formation TAT-Dinard, Octobre 1990

Une formation Fokker 28 pilotes est programmée, j’ai une dizaine de pilotes de la compagnie qui changent de machine et un jeune pilote d’Air Gabon pour qui ce sera sa première formation machine après l’école de pilotage.

F 28 air gabon                                                                                                       Foker F-28 (DR)

Les cours se passent tranquillement, les pilotes sont intéressés, le jeune pilote gabonais est émerveillé, il va enfin voler sur une "grosse machine"

Un après-midi, après le repas, un des pilotes de la compagnie vient me voir au bureau et me demande une petite chose qui peut-être amusante.

- « Christian, voilà, avec les copains on a monté un truc et on a besoin de tes services. »
- « Oui, de quoi s’agit-il ? »
- « Il faudrait que tout a l’heure, quand tu viendras dans la salle de cours, tu viennes avec un parachute et une feuille
     où tu auras mis tous nos noms et que tu nous demande d’essayer le parachute pour que ce dernier soit réglé
     à notre taille pour demain, car nous avons expliqués à Lucien (le pilote gabonais) que demain, il y avait un saut
     a faire, et que ça faisait partie de la formation. »

- « Vous êtes fous, les gars, ça ne va jamais marcher. »
- « Si, si, on a bien chauffé Lucien, c’est bon, mais, il faut que tu fasses ça très sérieux ! »
- « Bon, OK, je vais voir ça. »

À 14 h, je rentre dans la salle de cours, un parachute sur l’épaule et y vais de mon petit baratin.

- « Messieurs, comme vous le savez, demain, il y a un saut a faire, comme dans toutes les qualifs pilote,
     si vous voulez bien essayer le parachute et marquer vos réglages sur la feuille qui est là, on gagnera du temps
     pour demain matin, le responsable parachute (qui n’existe pas dans la Cie) vous les règleras.
     Décollage du premier groupe à 8h a bord du Twin-Otter qui vous attendra sur le parking. Le pilote est  Gilles B. »

Là je vois Lucien qui commence à devenir tout blanc (enfin, c’est un gabonais) et qui me dit :

- « Monsieur, ce n’est pas prévu, il faut que je téléphone à ma compagnie. »
- « Monsieur Oufouet, je suis désolé, mais, le programme a été envoyé à Air Gabon, vous devez
     en avoir eu connaissance. »

- « Non, non, je ne savais pas, je veux téléphoner à ma compagnie. »
- « Monsieur Oufouet, s’il vous plait, essayez votre parachute que je note les réglages, vous téléphonerez ce soir
     à votre compagnie, sinon, on va encore perdre du temps pour la formation et c’est déjà juste car on est beaucoup
     et vous voyez bien qu’on finit tard tous les soirs. »

De mauvaise foi et après d’autres palabres, Lucien essaye le parachute et les cours continuent.

Le soir, les pilotes étaient tous logés à l’hôtel Mercure à St Malo, Lucien également. Mais, il n’avait vraiment pas le moral. Je le comprends.

À l’heure du repas, tout le monde se retrouve au restaurant et bien entendu la conversation porte sur ce fameux saut. Lucien ne dit pas un mot, il est complètement coincé. Un des pilotes le voyant comme ça, lui dit :

- « Ca ne va pas Lucien ? »
- « Non, j’ai essayé de téléphoner au Gabon, mais, ça ne répond pas. » (heureusement !!!)
- « Bon, c’est pas grave, j’en ai parlé avec les copains, si tu veux on peut faire quelque chose pour toi ! »
- « Ah oui ? »
- « Ecoute, tu ne dis rien, et on va faire sauter quelqu’un à ta place ! »
- « C’est vrai ? »
- « Oui, ne t’inquiète pas, on a tout prévu ! »
- « Oh, c’est gentil, je n’ai jamais fait ça de ma vie, je ne savais pas…Je peux faire quelque chose pour
     vous remercier ? »

- « Ecoute, c’est le jour du "Beaujolais nouveau", si tu veux bien payer les bouteilles. »

Bien entendu, ils lui ont tout expliqué à la fin du repas, et, Lucien pas rancunier du tout a très bien pris la plaisanterie. Il faisait partie du Club !

Le lendemain, j’apprenais toute cette histoire, et le plus beau, c’est que Lucien a raconté tout ça a ses collègues de la compagnie Air Gabon, et chaque fois qu’un pilote revenait pour un recyclage à Dinard, j’avais toujours un petit bonjour de Lucien qui en a gardé un très bon souvenir.

Je suis retourné au Gabon pour des formations dans leurs compagnie et il s’est fait un plaisir de m’inviter chez lui pour reparler entre autre de ce fameux saut en parachute.

                                                                                                Christian CHASSAGNE

 

 

Date de dernière mise à jour : 10/02/2018