- Le passager clandestin

 

LE PASSAGER CLANDESTIN

Maine 5

Le soleil était déjà haut sur l’horizon, à bord du Deux Ponts  F.RAPF, tout allait bien, on avait quitté Reggan au petit matin,
et l’équipage bercé par le ronronnement des moteurs s’affairait à ses occupations habituelles.

Deuxponts                                                                                                        Breguet 765 "Sahara" (DR)

En place droite, Petit Minet le chef de bord, réfléchissait :

- « Dans un quart d’heure El Golea puis cap sur Laghouat et Blida fin de l’étape. Ce soir nous serons au Bourget,
     encore une mission sans histoire ; ah ces Pratt, des horloges : de l’huile, de l’essence, comme le dit Popeye
     pas de problème. »  

Derrière, 74 passagers au total. Ils sont sages à cette heure les bienheureux, pourtant l’avion à tendance à cabrer, bizarre se dit Petit Minet, c’est encore le pilote automatique qui fait des siennes.

Soudain la porte du poste équipage s’ouvre, un soldat apparaît blanc comme un mort la sueur perle sur son visage et tremblant il articule 

- «  Il y a un serpent en bas »

L’équipage le regarde, surpris, et après un moment d’hésitation, Petit Minet, n’écoutant que son courage, se lève.

 - «  Allons voir, mais vous devez avoir rêvé, un serpent à bord et non manifesté c’est impossible »

Effectivement, au pont inférieur, 14 soldats sont entassés au fond sur les panneaux tremblant de peur et, horrible vision, sur une caisse au milieu de la soute, un affreux reptile jaune et noir dresse la tête…..

Mais Petit Minet en a vu d’autres, Sécurité d’abord ! Oh il connaît son affaire et il faut garder la tête froide. Les passagers sont envoyés au pont supérieur et notre Cdt d’avion retourne dans la cabine où un conseil de guerre va se dérouler.

Chacun donne son avis.

Le pilote en place gauche :

- « Si l’on trouvait une flûte, je pourrais tenter quelque chose ».

Un mécanicien :

- «  Avec la jauge je vais l’estourbir ».

Le radio, un as qui rentre des Antilles et qui ne rêve que de flibustiers :

- « Je crois que le mieux serait de l’affronter à la hache de bord ».

Bref, après une discussion acharnée un plan d’attaque est mis au point.

Le Cdt d’avion, cet éternel sacrifié, et un des deux mécaniciens qui approche de la retraite, (qui ne risque plus rien), descendent.
Le second tient une bouteille extincteur au CO², Petit Minet lui serre contre sa hanche le tuyau et sa main droite est crispée sur la poignée de manœuvre. On a lu le mode d’emploi, pas de problème. Comme le disait un Cne de chez nous,Yha Kha Fho Kong (intraduisible en français ), cette phrase nous est revenue du Japon l’année dernière avec le Breguet de l’École de l’air.

Le serpent est là à 2 m, sa langue fourchue, jaillit par instant telle un éclair. Une première décharge, une seconde, puis la rafale, bientôt la bouteille est vide et la bête tombe derrière les caisses.

Serpent
Victoire. Mais un doute subsiste pourtant, est-elle morte ?

Une heure plus tard, dans le circuit d’attente de BU :

- « Blida airport de Papa Fox.
-
 « Papa Fox Blida.
- « Blida A de Papa Fox, nous demandons la Sécurité Incendie au parking dès notre atterrissage.
- « Papa Fox nature de vos ennuis ?
- « Avons un reptile à bord.
- « Hein……Papa Fox répétez votre message.
- « Avons un serpent au pont inférieur, nous demandons la Sécurité Incendie pour le descendre.
- « Papa Fox OK nous faisons le nécessaire.

Un quart d’heure plus tard le Breguet arrive au parking.

Dès que l ‘échelle est en place un spectacle insolite attend les curieux toujours intéressés par l’arrivée d’un avion : une file de passagers jaillit de l’avion et s’en éloigne en courant.

De mémoire de Chef d’Escale, on n’avait jamais vu une telle ardeur chez les passagers.

Un pompier monte à bord, casqué, botté de cuir, les mains protégées par une énorme paire de gants. Il en redescend quelques instants plus tard avec la bête à la main qui n’était que groggy.

Voilà l’histoire. Inutile de dire que le serpent ne survécut pas à son baptême de l’air. Depuis Petit Minet en a vu bien d’autres, mais c’est une autre histoire, et peut être un jour nous le retrouverons dans la suite de ses aventures.

Mais vous équipages du COTAM, qui êtes passés à Blida début novembre, n’avez vous pas trouvé que les rondelles de saucisson avaient une drôle d’allure ?

Il est vrai, que le serpent mesurait 1 m 10 et pas mal de monde en aurait profité. C’est du moins ce que disent les mauvaises langues dans les couloirs…

                                                                                                              Charles ROULET
    
> Extrait du « Bulletin du COTAM »  de décembre 1963

 

 

Date de dernière mise à jour : 15/03/2017