- Le lièvre et le Mirage IV

 

LE LIEVRE ET LE MIRAGE IV

Luxeuil 1972.

 

 

Nous décollons ce soir là vers 19h pour une mission de type "Bravo" : après un trajet à haute altitude vers le golfe de Gascogne, nous avons rendez vous avec un ravitailleur, qui doit abreuver
6 Mirage IV se succédant toutes les 20 minutes. Le plein effectué (4 tonnes), nous descendons à basse altitude dans la région de Mont de Marsan pour effectuer 45 min de vol nocturne aux instruments, en suivi de terrain à grande vitesse, ce circuit passant par la côte méditerranéenne et le sud du Massif central. Nous rentrons à haute altitude vers Luxeuil, où l’atterrissage s’effectue normalement vers minuit (le brouillard synonyme de déroutement n’étant pas cette fois au rendez- vous).

Au terme du roulage, environ 100 m avant l’entrée de la zone FAS, j’aperçois un beau lièvre au milieu du taxiway, dans l’axe de mon phare de roulement. Je continue à avancer très lentement et, à ma surprise, il se dirige tout droit vers l’entrée de la zone. J’explique la situation à l’officier de permanence opérationnelle et lui demande de refermer le portail dès mon passage. C’est ainsi que le lièvre se trouva emprisonné pour la nuit.

Le lendemain matin étant consacré au sport (obligatoire), consigne est donnée de fermer toutes les issues des hangars et des bâtiments de l’escadron et, dès 9 heures, la battue commence. Très vite, la bête, débusquée par une horde de "chasseurs" en bordure du parking, disparaît entre les bâtiments.

Malheureusement pour elle, une seule porte était restée ouverte…celle de la cuisine du mess d’alerte, la diffusion générale n’ayant pas touché tout le monde. C’est ainsi que le cuisinier et son aide eurent la surprise de voir débouler un lièvre entre leurs jambes. L’un des deux ayant eu le réflexe de refermer aussitôt la porte, il est facile d’imaginer la suite !

C’est ainsi que quelques privilégiés purent déguster du civet au repas de midi.

On vit peut être courir ce matin là quelques irréductibles réfractaires aux activités sportives imposées !


                                                                                                                            Claude MICHEL