- La nuit de tous les dangers

 

LA NUIT DE TOUS LES DANGERS

 

La journée avait pourtant bien commencé.

Le 3 juin 1958, le 3/30 "Lorraine" met en place ses Vautour à Reims pour participer à l'exercice "Good play"

À la tombée de la nuit, nous débutons la prise d’alerte en bout de piste, équipages brêlés dans les avions. La météo est médiocre : brume et risque de brouillard en fin de nuit.

Avec Philippe Beaudoin au radar, je décolle en milieu de nuit pour une interception aux ordres de Mazout, la station de Doullens. Après différentes évolutions sans résultat, le contrôleur nous oriente vers un hostile, très haut, assez rapide, cap à l'ouest.

Nous le remontons lentement et le rejoignons sur le sud de l'Angleterre. C'est un Valiant.

vickers-valiant.jpgVickers "Valiant" (DR)

Nous prenons le cap vers base, et on nous annonce que Reims est "Rouge" mais que nous devrions pouvoir nous poser à Cambrai.

À partir de ce moment, s'enchainent une série d'ordres et de contre-ordres, de changements de fréquences sans résultat. On me met en descente, on me donne une série de caps et on me dit :

« Cambrai va vous prendre sous peu…" (En fait, l’approche était et est restée fermée) »

Là, j'ai commis une erreur. Je n'aurais jamais du obéir au contrôleur. J'aurais du rester en altitude et me diriger vers la région parisienne où, je l’ai appris plus tard, les conditions étaient acceptables.

Philippe nous guidant au radar, nous arrivons à basse altitude dans le sud-est de Cambrai. Je réduis ma vitesse et, légèrement sur la gauche, je distingue dans la brume l'alignement des feux de piste qui, heureusement, avaient été allumés.

S'enchaînent rapidement : aérofreins, train, pleins volets, phare, entrée de piste, plein réduit, impact, parachute-frein.

Surprise de taille : le terrain est en travaux ! De chaque côté de la bande des tas de gravats entre lesquels nous défilons. Ignorant si la totalité de la piste était disponible, j'écrase la poignée des freins au maximum et la maintient serrée jusqu'à l'arrêt.

Au parking, les pompiers nous apportent une échelle et nous constatons dans la nuit que les freins étaient rouges.

Le lendemain, nous nous présentons au commandant de base, le colonel Andrieux ("Jacquo" dans les FAFL) qui écoute nos explications. En sortant de son bureau, nous imaginons que, vu sa personnalité, le débriefing avec ses contrôleurs d’approche sera "saignant".

Retour à Reims, où nous apprenons que la même nuit :

 - un de nos Vautour avait failli percuter le sol au cours d’une percée par suite d’une erreur de lecture de l’altimètre
   (erreur de 10.000 pieds !)

- un autre de nos appareils, complètement perdu, s’était posé in-extremis à Bruxelles 

Ainsi, la même nuit, nous étions six membres d’équipage à avoir risqué notre vie par suite des erreurs des uns ... et également de nos propres nos erreurs.

                                                                                                                                Jean HOUBEN

 

 

Date de dernière mise à jour : 25/03/2013