- L'as des as algérien

 

L' AS DES AS  ALGÉRIEN

Je vais vous parler du premier as de guerre algérien.

Vous savez que le terme "As de guerre" a été créé au cours de la guerre 14-18. Pour avoir droit au titre "As de guerre", il fallait avoir abattu au moins 5 avions ennemis. Cette réglementation a été maintenue pendant le seconde guerre mondiale et je crois qu'il y a pas mal de pays qui l'ont également adoptée. Si vous avez 5 victoires officielles, vous êtes classé "As de guerre".

Alors voici l'histoire du premier as de guerre algérien. C'était, bien sûr, après l'indépendance de l'Algérie. Nous sommes restés 2 ou 3 ans avec nos Constellation de sauvetage en Algérie pour assurer le sauvetage dans la zone méditerranéenne de responsabilité de l'Algérie et surtout également du Sahara parce que, du fait du départ des troupes françaises du Sahara, les gens, en particulier les pétroliers, partaient imprudemment à la chasse à la gazelle, se perdaient, et souvent, il fallait qu'on aille à leur recherche. On les a heureusement, la plupart du temps, retrouvés et sauvés. Nous attendons d'ailleurs toujours un mot de remerciement. Mais ça, ce n'est pas grave, c'était notre boulot.

Constel sar aLockheed 749 "Constellation" SAR (DR)

Nous étions donc stationnés avec notre Constellation dans ce qui avait été la grande Base 149 de Maison-Blanche qui, bien sûr, avait été évacuée par les Français. Il n'y avait plus que nous. Comme nous avions un statut international dans le cadre du sauvetage, nous étions basés là. Et la toute naissante aviation militaire algérienne s'était installée à l'ancienne base aéronavale qui était à côté de nos bâtiments, base toute neuve, avec de beaux bâtiments, avec un beau hangar et, comme disaient les marins un plan d'eau magnifique, c'est à dire un parking magnifique.

L'aviation algérienne comprenait à ce moment-là 5 chasseurs de type Mig-15 soviétiques, qui avaient été offerts au président Ben-Bella par le colonel Nasser, le président de l'Egypte. Ces avions monoplaces de chasse qui étaient redoutables à l'époque avaient fait pas mal de misère aux avions américains en Corée. Ils étaient stationnés dans l'ancien hangar de la marine . Et on ne les voyait jamais voler.

Mig 15 alg rienMig-15 algérien (DR)

Un jour il y a quand même un gradé haut placé qui a dû se dire :

- « // faudrait quand même faire tourner un peu nos avions. »

Il ont sorti un Mig-15 et l'ont mis en route. Je suppose que c'est un pilote qui est monté dedans et qui a mis le moteur en route. À un moment donné, on l'a vu descendre pour aller chercher des cales : il s'était aperçu qu'il n'en avait pas mis.

Le Mig-15 ne devait pas comprendre l'arabe. Ils l'avaient mis face au hangar ; il est parti plein régime tel un taureau dans les arènes de Mont-de-Marsan pour les fêtes de La Madeleine. Il est parti comme un boulet de canon, il est rentré dans le hangar et a démoli tout ce qui se trouvait à l'intérieur. Autrement dit, tous les Mig se sont retrouvés en pièces détachées. C'est pour cela que je dis que le premier as de guerre algérien a détruit 5 avions, 5 Mig-15, il avait donc droit au titre d' "As de guerre".

Je dois ajouter que, pas loin de là, il y avait l'équipage du Constellation, avec à sa tête un certain capitaine que je connais bien et qui était plié de rire.

Pour terminer je dirais que ce brave Algérien a battu le record mondial qu'avait battu en juin 1940, le fameux Adj Le Gloan, le grand as de guerre français tombé ensuite en 1943 en Afrique du Nord. Le Gloan, lorsque les Italiens de Mussolini nous ont lâchement attaqués vers le 15 juin, alors que la France était déjà exsangue, était à moitié occupée. Le Gloan était sur le tout nouveau et magnifique Dewoitine 520. Je crois qu'il était basés au Luc. Il a décollé pour intercepter des avions italiens qui venaient bombarder Toulon et en 50 min, à l'époque c'était le record du monde, il a abattu 5 avions italiens. 

Je peux dire que l'as algérien a battu, et de loin, le record puisque lui, c'est en 5 sec qu'il a mis 5 avions au tapis. 

Il faut dire que cela, c'était il y a près de 50 ans et d'après ce que j'ai entendu à la radio ou lu sur des revues militaires, l'Algérie, maintenant, grâce à l'argent du pétrole et du gaz, dispose d'une Armée de l'air ultramoderne et redoutable.

Ce n'est, hélas, pas le cas chez nous où l'on entend sans arrêt parler de dissolution d'unités de combat et de fermetures de bases.

Et puisque je parle des Algériens, je profite de l'occasion pour saluer la mémoire d'un petit Algérien, le Sgt Saharaoui, qui était pilote de chasse dans l'Armée de l'air française. Il participait à la bataille de Diên-Biên-Phù comme pilote de chasse sur Bearcat. Il fut abattu, s'en est sorti vivant, mais mourut par la suite dans la marche de la mort qui les amenait vers les camps Viet-Minh. Et mon navigateur de Diên-Biên-Phù, Pierre Duchenoy, qui est à Pau, que je vois presque tous les jours, l'a très bien connu et m'a dit :

 - « C'était un garçon absolument délicieux et profondément français. »

C'est la raison pour laquelle, comme il est totalement oublié maintenant le pauvre garçon, j'ai tenu à rappeler sa mémoire. Il le méritait bien.

                                                                              Jean ADIAS

 

Date de dernière mise à jour : 17/04/2014