- Jab, le Bika

 

JAB, LE BIKA

Revenant des "States" avec des "Wings" et un brevet stipulant que j'avais été lâché sur P-47 Thunderbolt, j'avais connu la surprise infamante d'apprendre que je ne savais rien, ce qui pouvait être vrai, et que des maîtres très experts allaient tout m'apprendre.

Du coup, je m'étais retrouvé dans une file d'attente d'une longueur invraisemblable qui devait me conduire au savoir, c'est à dire "savoir faire voler des avions de chasse" et non plus seulement des projectiles". Sic !.

La route du savoir passait par le franchissement/traversée d'une basse-cour composée de poubelles volantes avec lesquelles il était normal de se tuer joyeusement (et nous n'y manquâmes point, Hellouin, Luciani et tant d'autres ne sont plus là pour le dire). Bof, ça faisait partie du jeu.

Je me suis donc revu, disais-je, volant sur Hurricane. Une bizarre et vilaine barcasse (typiquement british) qui comportait (starboard side) un levier de changement de vitesse permettant de descendre (au choix), ou de relever (toujours au choix) le train ou les volets, ou les deux … quand ça marchait.

Au demeurant, un avion assez agréable et qui conduisait au Spit V.

Cockpit hurricane                                                                           Cockpit du "Hurricane" (DR)

Un souvenir en enchaînant un autre, je me suis alors rappelé une histoire, à laquelle je n'avais pas participé mais qui m'avait rattrapé, portée sur les ailes d'une rumeur, dans ma neuve et prestigieuse Escadrille.

L'histoire doit donc se tenir en 1948, ou au plus tard en 49. Un malheureux sous-off, dont je n'ai pas retenu le nom, mais qui s'était trouvé plus aval dans la fameuse file d'attente, s'était lui aussi fait lâcher sur l'un des Hurricane encore existant.

Hurricane                                                                                         Hawker "Hurricane (DR)

Suivant la "progression", il avait reçu l'ordre d'effectuer en solo la navigation Meknès - Oujda - Kasba-Tadla… et va savoir où (ou quelque chose d'approchant) pour une durée estimée de quelques 75 min.

Oui mais, voilà, il s'était paumé et n'avait retrouvé sa Base que 3 h plus tard. On le croyait déjà mort, Samar-Sater le cherchaient partout.

Le refuelling en vol n'existant pas encore on lui avait demandé :

- « Pourquoi ? Comment ? D'où sortez-vous ? »

Il avait avoué s'être paumé, puis avait expliqué qu'il avait économisé la benzine, qu'il avait utilisé le grand pas…etc. et qu'il avait tenu l'air jusqu'alors.

C'était une histoire invraisemblable: 3 h en Hurricane ça ne tenait pas la route, encore moins l'air.

On l'avait passé au deuxième degré… Mais il s'était obstiné, n'avait pas changé un mot dans sa version des faits et la "Strass" s'était lassée. Après tout il n'avait rien cassé. On avait donc conclu à une erreur de calculs et on l'avait relaxé au bénéfice du doute.

Il avait repris son entraînement, avait terminé la fameuse progression et s'était vu lui aussi affecté en Escadre.

Bref il avait quitté Meknès. Ce n'est donc que beaucoup plus tard, 6 mois au moins, que la vérité-vraie s'était fait connaître sous la forme d'un Modèle-19-Terre qui avait rejoint la Base.

Pièce administrative indiscutable, démontrant que le Hurricane N° xxx avait reçu 100 litres d'essence fournis et délivrés par un peloton de chars manœuvrant dans le moyen Atlas.

Et l'histoire fut enfin rétablie : Faute de pétrole, la lampe bas niveau clignotant au fixe, notre Icare en herbe, mais complètement paumé, s'était senti obligé de faire quelque chose. Peu désireux de se larguer et avisant une route assez droite, il avait sorti le train (grâce à la fameuse commande) et s'était posé comme un grand.

Impec ! Il avait coupé et s'était assis à l'ombre du plan gauche pour se remettre et réfléchir un tantinet. Il était là depuis quelques secondes lorsqu'une jeep empoussiérée était venue lui demander ce qu'il f… là?

- « Je suis paumé, j'ai plus de pétrole et il me faudrait un téléphone" avait-il répondu. »

Le Pitaine commandant la jeep avait déplié sa carte et lui avait montré la route : 30 min de vol au 275. Puis avait ajouté :

- « Nous n'avons pas de téléphone, la radio est HS, mais j'ai une citerne d'essence. Si ça peut vous dépanner… Facile, il vous suffit de signer là, et je vous fais livrer »

Sitôt dit, sitôt fait. Et le Hurricane avait redécollé.

Vous connaissez la suite. À l'époque, on faisait « ouah, ouah ouah ! »

Moi, qui suis juste l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours, j'ai oublié les détails, les noms et la fin de l'histoire, mais serais bien heureux si quelqu'un pouvait compléter à ma place, ne serait-ce que pour certifier les faits.

Merci d'avance.
                                                                                                        J-A BOURDILA    

 

Date de dernière mise à jour : 25/07/2017