- Interception Sahara

 

UN DASSAULT 315R INTERCEPTE … UN B-66

                                              Quand l’ US NAVY s'égarait dans le Sahara !


Juillet 1961 à Ouargla, dans le Sahara algérien

Dans le courant de l'après-midi du 12, deux MD 315-R de l'ECN 1/71 (équipes du radar Al MK X du Meteor) décollent de Ouargla et, après une heure et demie de vol, se posent sur le terrain de Irara appartenant aux pétroliers. Cette base-vie, mieux équipée que bien des terrains de l'Armée de l'air en AFN, nous permettait d'utiliser la piscine, le gazon, le bar, la salle Hi Fi… Le retour est programmé avec un décollage à minuit pour l'équipier et minuit 45 pour le leader. Ce qui suppose des atterrissages vers 1h30 et 2h15. Je suis navigateur sur le second appareil.

315R
MD-315R "Flamant" (DR)

Durant la nuit, l'éclairage de la piste de Ouargla est éteint afin d'économiser le groupe diesel qui fournit l'éclairage piste et taxiways à la demande. À mi-parcours, l'équipage du dernier appareil entend le premier demander les consignes d'atterrissage, puis annoncer qu'il est au parking. La piste s’éteint.

30 ou 40 minutes passent. Peu avant que nous demandions. à notre tour l'atterrissage, le radar de surveillance nous appelle :

- « J'ai un contact sur un avion non identifié, dans vos 2 heures, pour une douzaine de miles.
     Il vole à basse altitude, assez vite. Il décrit une trajectoire courbe par la gauche. »

Quelques minutes plus tard, mes écrans radar me donnent un écho à 5 au 6 nautiques, sensiblement à notre altitude de 1200 pieds. Nous grignotons en virage à gauche la distance nous séparant de l'intrus et j'amène mon pilote dans l'axe, légèrement dessous, à 500 pieds derrière.

Nous allumons le projecteur d’interception… et nous découvrons, avec effarement... un biréacteur, train sorti. Un train hors normes qui me permet d'identifier un B-66 (En fait, une fois au sol, nous découvrirons son cousin de l'U.S Navy, un A3D-2Q).

Que vient faire l'U.S. Navy au milieu des sables ? Je réalise que, si bas (nous sommes vers 900 pieds), train sorti, mon intrus est en perdition. Je demande à mon pilote (Lieutenant Eugène) qu'il fasse allumer la piste, en indiquant la raison, ce qui est fait immédiatement.

Le B-66 voit, plonge sur la piste, se pose et dégage à la dernière bretelle, Les réacteurs se coupent 50 m après, faute de carburant ! Nous venions de sauver la vie de six ou sept de nos camarades américains. Les journées des 13 et 14 juillet furent copieusement arrosées.

À tête reposée, après les péripéties narrées ci-dessus, on ne peut que s'interroger sur la présence de cet avion au dessus du Sahara...

Le biréacteur A3D-2Q est la version marine du B-66. Ce qui peut nous intéresser ici est le "Q" du code. Celle lettre indique que l'appareil est équipé pour des missions de détection passive radio-radar. L'équipage comprenait deux pilotes, plus quatre ou cinq techniciens, logés dans le fuselage, devant de nombreux cadrans et récepteurs. Aux dires de l'équipage, le décollage avait eu lieu du porte-avions Forrestal. En cours de mission, le système de navigation serait tombé en panne. Égarés, de là haut, les Américains voient un terrain allumé (atterrissage du premier Dassault). Peu après, ils se retrouvent à basse altitude, sans repères, les réservoirs à "niveaux bas". Vous connaissez la suite...

A-3D-2Q
Douglas A3D-2Q "Skywarrior" (DR)

Alors que nous avions pu ravitailler l’A3D-2Q en kérosène et en O2, nous n’avions pas les moyens ad hoc pour le démarrer. C'est pourquoi, trois jours après ces événements, le ciel d’Ouargla vit arriver un second A3D-2. Dans un bidon pendulaire, il y avait un petit réacteur d'appoint avec lequel il démarra son collègue, Les deux oiseaux s'envolèrent.

Il n'y eut pas de "Vainqueur du Skywarrior" comme l’écrivait une revue en 2006... Simplement un petit miracle dû à la chance, et à la présence d'esprit.

                                                                                                                 Philippe BEAUDOIN

> Texte extrait de la revue de l’AFNFA de janvier 2009