- Hommage au Cdt Guérin

 

HOMMAGE AU COMMANDANT GUÉRIN

Je voudrais rendre un hommage particulier à un grand monsieur que j'ai bien connu et qui est certainement totalement oublié dans l'Armée de l'air.

L'Armée de l'air ne se souvient que de Guynemer et c'est tout.

Le Cdt Guérin était pilote de chasse en Indochine et, quand a éclaté la bataille de Diên-Biên-Phù, il se trouvait là en détachement avec 6 chasseurs Bearcat destinés à porter l'appui aérien immédiat au camp retranché.

Quand la bataille s'est déclenchée, le 13 mars 54 à 17 h 30, vous pensez bien que les artilleurs viets, qui avaient eu des semaines pour bien ajuster leurs canons, ont consacré tout de suite leur tir sur le parking où se trouvaient les 6 chasseurs, et dès le début 4 furent détruits.

Celui du Cdt Guérin était encore intact et le Cdt Guérin eut un geste remarquable et chevaleresque : il donna l'ordre à un sous-officier pilote, dont l'avion avait été détruit, de décoller et de rejoindre le terrain de dégagement de Xieng-Khouang.

Et il resta au sol.

Il aurait pu rentrer de suite puisque, pendant quelques jours, malgré les tirs viets, nous pouvions arriver à nous poser, toujours avec de grands risques mais enfin on le pouvait.

Il resta là et c'est lui qui, pendant 57 jours, assuma tout l'appui aérien sur le camp retranché, que ce soit les chasseurs, les bombardiers, les transporteurs, l'Armée de l'air, l'Aéronavale. Il fit cela avec un calme et une valeur extraordinaire.

Gue rinLe Cdt Guérin (Coll. B. Klotz)

Je pense que ce pauvre homme devait dormir 3 h par jour car nous l'entendions à la radio, que ce soit le jour ou que ce soit la nuit.

Pour le situer : un jour que j'étais sérieusement pris à partie par une batterie viet, il devait être à l'extérieur et il me dit :

- « Changez votre circuit de parachutage, vous êtes pris à partie par du gros. »

J'ai eu une réaction idiote - on vivait sur les nerfs - je lui répondis :

- « Pas question, jamais les viets n'auront ma peau. »

C'était totalement stupide parce que je n'en savais rien.

Mais il se produisit à ce moment-là une chose absolument extraordinaire : après que j'aie dit cette chose-là, la batterie viet ne tira plus sur nous. Je suppose qu'elle avait dû trouver un autre objectif...

Mais enfin, je voulais rendre hommage à ce grand monsieur, le Cdt Guérin qui fut le patron de l'appui aérien à Diên-Biên-Phù. Je ne sais pas ce qu'il est devenu par la suite. Mais s'il y a quelqu'un qui méritait les étoiles de général, c'est bien lui.

J'estime nécessaire que quelqu'un ayant participé à la bataille rappelle le souvenir de ce grand monsieur.

 

                                                                                              Jean ADIAS

 

Date de dernière mise à jour : 09/06/2014