- Hommage à Suzanne Jannin

 

HOMMAGE A SUZANNE JANNIN,

PILOTE EN INDOCHINE

 

Suzanne Jannin installe son cabinet dentaire à Verdun en 1940. Résistante, elle fournit des faux papiers
et s'occupe des réfractaires au Service du Travail Obligatoire, des évadés et des prisonniers. Elle profite
de son métier pour obtenir du ravitaillement de ses clients français, pour les clandestins. Elle se sert aussi
de sa profession pour soutirer des renseignements à ses clients allemands. Lorsque les Allemands
comprennent ses activités, elle se réfugie dans un maquis. Elle revient à Verdun à la libération, avec les chars américains.

Exceptionnellement, je vais vous parler d'une femme. Quand on parle des femmes en Indochine, tout au moins dans l'aviation, on parle surtout du pilote d'hélicoptère Valérie André, on parle de Geneviève de Galard, infirmière de Dien Bien Phu. Il y a une autre femme qui était une femme formidable, que j'ai bien connue, mais qui reste totalement inconnue du public. Je ne sais pas si elle est encore en vie, je lui souhaite qu'elle le soit. Je pense que nous sommes peu nombreux à nous souvenir d'elle.

Elle s'appelait Suzanne Jannin. Elle était dentiste et avait une belle situation, un bon cabinet dentiste à Paris. Elle avait été une grande résistante pendant la guerre. Donc vous voyez déjà : une femme courageuse. Et comme elle était passionnée d'aviation, elle avait fait le stage de Saint-Yan. Elle était monitrice à l'aéroclub en dehors de son travail de chirurgien-dentiste.

Très patriote, elle voulait aller se battre en Indochine. C'était une époque où, dans l'Armée de l'air, par le travers des années 50, les femmes pilotes n'existaient pas. Il y avait simplement les convoyeuses de l'air, mais qui étaient infirmières.

Grâce à la compréhension d'un grand monsieur, le général Chassin, qui venait de prendre le commandement de l'aviation en Indochine, il lui proposa une solution qui était la suivante : signer un contrat bénévole pour venir servir en Indochine, alors qu'elle était Cne de réserve, et exercer à titre militaire le métier de chirurgien-dentiste avec le grade - tenez-vous bien - d'adjudant, autrement dit elle y gagnait certainement beaucoup moins que si elle avait exercé dans un cabinet civil.

Pendant ses jours de repos, elle était pilote à l'escadrille de liaison aérienne n° 52. À ce titre, j'ai eu l'occasion de beaucoup la connaître parce qu'à ce moment-là j'en étais à mon deuxième séjour au groupe "Anjou" dont la base arrière était à Saigon Tan-Son-Nhut. Je me souviens que nous avions déjeuné souvent ensemble au mess qui était dans une paillote japonaise envahie par les rats. Il était fréquent, au cours du repas, qu'on voie les rats traverser majestueusement le mess, ça n'impressionnait personne. Un jour même, des rats se battaient au dessus, le plafond étant en lattes de bambou, et l'un d'eux s'est mis à uriner... L'urine tombait sur la table, ça ne nous a pas impressionné : c'était l'Indochine avec son charme !

Donc, elle venait souvent manger avec nous entre deux missions. Elle avait eu un comportement absolument magnifique, en particulier lors de missions : guidage de chasse, reconnaissance, guidage de l'artillerie, évacuations sanitaires dans des conditions extrêmement délicates et dangereuses. Elle volait sur le fameux avion allemand Fieseler Storch, que nous avions par la suite baptisé Morane 500 avec le moteur en étoile. Elle a fait des missions extrêmement risquées qui lui ont valu trois belles citations.

Sj storch

Je ne sais pas ce qu'elle est devenue, est-elle toujours en vie ? Elle doit avoir à peu près mon âge, mais je dois dire que c'est dommage qu'on l'ait complètement oubliée et qu'on n'ait parlé que de deux femmes célèbres en Indochine. Elle aussi avait mérité qu'on parle d'elle. Je me souviens d'un article qui avait paru en 1955 où je ne sais plus quelle autorité se plaignait qu'elle n'ait pas encore reçu la médaille de l'aéronautique. (NDLR : elle l'a eue plus tard)

S jannin

Pour terminer, je citerai simplement le début de l'une de ses citations :

« Animée d'une foi ardente, a toujours fait preuve d'un sang froid inébranlable
   et d'un total mépris du danger, réussissant les missions les plus délicates
».

J'ajoute qu'elle a fait deux séjours en Indochine.

                                                                                             Jean ADIAS

 

Date de dernière mise à jour : 09/04/2014