Frayeur passagère

Après un petit combat (on dit 'mailloche' dans le jargon) en zone aérienne R27 (nord-est de la France), contre des Mirages F1 C, nous nous apprêtons à nous poser à Saint-Dizier.

Je suis jeune équipier et mon leader est très expérimenté et, en plus, adorable.

La météo est relativement perturbée. De gros nuages noirs bourgeonnent de-ci de-là, nous indiquant que la ‘percée’ (descente) risque d’être un peu ‘sportive’. Le moment venu, je rassemble mon leader, en patrouille serrée, car il est prévu que nous atterrissions dans cette configuration.

Comme d'habitude, je vérifie consciencieusement mes instruments de vol sans visibilité et branche le désembuage de la cabine. Aérofreins sortis, nous descendons, à vitesse confortable. Les nuages sont très épais par endroit et les turbulences assez ‘raides’. Je m’accroche à la vision de l’aile gauche de mon guide, bien décidé à ne pas la perdre de vue.

Tout à coup, un énorme ‘Bang !’. J’ai été ébloui pendant une fraction de seconde par une violente lumière… 3 secondes passent, interminables, avant que mes yeux ne se recalent. Je m’aperçois que j’ai évidemment perdu mon chien d’aveugle… Je ne suis peut-être qu’à 10 mètres, mais je ne veux pas tenter de le retrouver. Si on se touchait, les conséquences pourraient être tragiques…

J’applique la procédure : passage aux instruments et annonce radio « Perte visuel ».

Mon horizon artificiel a l’air de fonctionner parfaitement et mon badin (vitesse) indique 320 nœuds. Je suis sous environ 10° de descente, légèrement incliné à droite… ça tombe bien, j’ai dû m’écarter de la trajectoire de l’autre avion. Je stabilise en palier et rentre les aérofreins.

Pas de réponse radio du leader…

Je remets ça, avec un peu plus de calme :

« Alpha leader de deux. Perte visuel. Je suis stable à 12.300 pieds au cap 150° »

Pas de réponse…

Je bascule sur la fréquence secondaire et réitère mon annonce.

Toujours pas de réponse…

Je reviens sur la fréquence principale et j’appelle le contrôle.

Toujours le même silence !

Tout porte à penser que je suis en panne radio…

Désireux de recaler un peu mon ‘gyroscope’ personnel, j’affiche plein gaz et je remonte, tout droit, sans me poser trop de questions. Tiens ! Mes instruments de navigation semblent hors service, parce que les aiguilles tournent mollement dans leurs cadrans…

Ça va être sympa !

Le gyroscope de mon horizon artificiel semblant fiable, je ressors de la couche à environ 20.000 pieds. La vision du soleil et du ciel bleu me remonte le moral.

Peu de temps après, je pense avoir compris mon problème : un large bout de tôle s’est enroulé sur le nez de mon avion, comme lorsqu’on ouvre une boîte de sardine. Le ‘rouleau’ s’est arrêté au ras de la verrière et semble ne plus bouger. J’ai dû prendre la foudre sur la pointe avant, qui m’aura percé la peau de l’avion et grillé quelques instruments, dont les radios…

OK. Je fais le point : les moteurs marchent bien, les commandes aussi, je dois être à proximité du terrain, sauf que je ne sais pas où exactement... Vu la météo, je ne peux raisonnablement pas tenter une descente au hasard pour retrouver la vue du sol, sinon j’ai toutes les chances de me ‘manger la planète’ à l’arrivée. D’autre part, j’ai suffisamment de pétrole pour attendre qu’un gentil collègue vienne me récupérer.

Donc, action.

Selon la procédure prévue, je m’installe en circuit de détresse, hors des nuages, et j’attends… J’affiche 7700 à l’IFF (code indiquant aux radars qu’on demande assistance), bien que j’aie de sérieux doutes sur son fonctionnement…

Le temps passe et je m’échine à essayer de réparer mes radios ? Je triture tous les boutons de secours, les disjoncteurs, mais rien ne fonctionne.

D’un seul coup, il me semble apercevoir un autre avion, assez loin… Que faire ? Continuer à tourner en rond ou essayer de le rejoindre ?

Je me raisonne en me disant qu’avec le peu de chance que j’ai aujourd’hui, le plus sage est sûrement de rester où je suis et d’attendre du secours.

Je reste néanmoins très seul et, après 20 minutes, mon carburant commence à diminuer franchement…

Je craque ! Je file dans la direction où j’avais repéré l’autre avion et j’écarquille les yeux…

Introuvable ! Il a dû descendre dans la couche et je suis de nouveau seul…

Une ombre me sort soudain de mes inquiétudes. C’est la silhouette amicale d’un Jaguar qui est passé entre ma position et le soleil, m’assombrissant momentanément le cockpit…

Merci à toi, grand ‘toubabou’…

C’est juré ! Demain, je porte un cierge à Saint Antoine de Padoue…

La suite est plus simple. L'ami (du 3/7) m'a ramené et posé sur la base sans encombre.

L’erreur qui aurait pu m’être fatale, c’est d’avoir fait mes hippodromes pile au-dessus de la base, soit exactement dans le ‘cône mort’ du radar de surveillance : pas de bol…

Mon salut, c’est d’avoir décidé de bouger au bout d’un moment. Le radar a ainsi retrouvé mon contact et a pu guider un Saint-Bernard à ma rencontre.

Le jour où l’on a assurément la ‘scoumoune’, je suis persuadé qu’il faut un peu ‘brutaliser’ la chance…


Christian SEYSSET

Date de dernière mise à jour : 06/08/2021

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