- Evasan pour le HCR


ÉVASAN POUR LE HCR

Souvenirs d'un Mécanicien ... Commandant d'Avion.

Pour ma seconde mission hors normes du 19 février 1979, je laisserai notre chef, le Col Marcel Pieuchot, raconter. Ce sera plus confortable et plus neutre pour moi :

« 10 heures : le responsable du Haut Comité aux Réfugiés téléphone : il faut absolument un DC-4 pour récupérer des blessés et des réfugiés d'Abéché . Ils se chargent d'apporter les panneaux marqués de la Croix rouge. 

Les mercenaires, pilotes de Skyraider ou de DC-4, ont été rapatriés, leur tête ayant été mis à prix. Les rumeurs de la prise potentielle du pouvoir par Hissen Habré ont fait prendre "du recul" et des vacances au seul pilote tchadien qualifié sur DC-4.

Maratuech, Rolland et Duval, les trois seuls commandants de bord français sur DC-4 sont en mission. Se retrouvent "seuls devant les buts", Pieuchot (11 h 30 de vol sur DC-4, à une heure de son test de lâcher) Blondel, (6 h1O de DC-4, en cours de transformation) et Gerber, mécanicien navigant un peu plus de 300 h sur l'appareil. 

Devant l'urgence et gravité, la décision est prise : on y va quand même... le mécano, Iui au moins, connaît. Les probabilités d'avoir des ennuis en vol font que ce fait est assez rare. Mais nous avons passé 4 h 30 de vol, dont une de nuit, à espérer qu'il ne se passe justement rien. 

Si mon carnet de vol personnel mentionne bien que j'étais Commandant de bord pour cet mission, question de responsabilité générale de l'Assistance technique vous pouvez vérifier sur le cahier d'ordres de l'Escadrille tchadienne : Gerber est mentionné MCB : Mécanicien Commandant de Bord. C'est un honneur qu'on lui devait il a osé voler avec nous. »

Pendant la mise en route devant les membres embarqués du Haut Comité, curieux et présents en cabine, les réponses des pilotes 

- « Où c'est déjà... » 

à certain points de vérification énoncés par ma check-list, ont paru pour eux plus près du bizutage que de la réalité ... et pourtant.

Après un atterrissage court à Abéché à contre-QFU (vent dans le dos pour déjouer un accueil agressif)  et approche normale puisque nous étions attendus, l'embarquement des blessés sous les tirs de mortiers légers fut rapidement effectué et le décollage d'urgence dans la foulée du roulage a occulté les hésitations toujours présentes des check-lists, ce qui n'a nullement inquiété cette fois-ci les membres du Haut Comité, encore la tête dans les conditions de l'opération sanitaire qui, bien sanglés dans la soute, subissaient le bruit des trains d'atterrissage qui rentrent.                                                                                                         

                                                                                                     Jean-Luc GERBER 

> Extrait de "La Charte"  n°4 • Juillet - Août 2013


 

Résumé de cette période ... pour essayer d'y comprendre quelque chose :

- 13 avril 1975 : le général Félix Malloum est porté au pouvoir par un coup d'Etat au cours duquel le président Tombalbaye trouve la mort. Rupture des relations diplomatiques avec la France,

- Octobre-novembre 1975 : les dernières troupes françaises quittent le Tchad sur la demande du président Malloum, seuls 300 conseillers militaires, 350 professeurs et 200 techniciens sont autorisés à rester,

- 6 mars et 19 juin 1976 : signature à N'Djamena d'accords de coopération militaire et technique entre la France et le gouvernement du général Malloum,

- 30 janvier 1977 : libération de Françoise Claustre,

- 1977 : intensification du conflit armé avec le FROLINAT, dont les différentes factions se réunifient sous la direction de Goukouni Oueddei (Weddeye) et de ses Forces Armées Populaires ; en juillet prise des postes de Bardaï et Zouar,

-17 février 1978 : prise de Faya-Largeau par les forces du FROLINAT,

- Février 1978 : signature d'un accord séparé entre Hissène Habré, chef des FAN (Forces Armées du Nord) et Félix Malloum à la tête des FAT (Forces Armées Tchadiennes), qui le nomme Premier ministre,

- Avril 1978 : progression des troupes du FROLINAT de Goukouni Oueddei vers N'Djamena, mise en place des contingents français soutenant le pouvoir central,

- Janvier-février 1979 : rupture entre Félix Malloum et Hissène Habré qui quitte le gouvernement, après la guerre de N'Djamena qui a duré plusieurs jours entre les FAN d'Habré et les FAT de Malloum ; rapatriement des étrangers et des familles de coopérants vers Libreville par les troupes françaises par Transall,

- Février-mars 1979 : violents combats dans tout le pays, lutte pour le pouvoir entre les troupes du FROLINAT de Goukouni Oueddei et les FAN de Hissène Habré,

- 10-16 mars 1979 : conférence de réconciliation nationale à Kano (Nigeria), Goukouni Oueddei est nommé Président du Conseil d'état provisoire, démission de Félix Malloum,

- 3-11 avril 1979 : deuxième conférence de réconciliation nationale à Kano,

- 29 avril 1979 : Loi Mohamat Chouad du Mouvement Populaire de Libération du Tchad (MPLT) devient Chef d'état,

- Mai 1979 : apparition massive des FAT sécessionnistes du colonel W.A. Kamougué dans le sud du pays,

- Août 1979 : lors d'une rencontre organisée par le gouvernement nigérian, signature d'un accord à Lagos entre Oueddei, Habré et d'autres leaders d'opposition (pas moins de onze tendances politico-militaires y participent), un gouvernement d'union nationale de transition (GUNT) est formé sous le présidence de G. Oueddei , Hissène Habré assume les fonctions de Ministre de la défense, le colonel W.A. Kamougué, chef politique reconnu de la population du Sud devient Vice-président. La Libye, tenue à l'écart des accords de Kano et de Lagos, attaque le nord du Tchad,

- 1980 : Hissène Habré, qui reproche à Goukouni Oueddei ses liens avec l'agresseur, se retire du GUNT, ses FAN qui ont été rejointes par une partie des FAT, s'emparent de plusieurs quartiers de N'Djamena,

- 1981 : après que Goukouni Oueddei ait annoncé la fusion de son pays avec la Libye, une force d'interposition est constituée au sommet panafricain de Nairobi et intervient militairement avec l'appui de la France,

-1982 : Hissène Habré est reconnu chef de l'État tchadien, Goukouni Oueddei forme un gouvernement rival dans le Nord que les Libyens occupent toujours en partie.
 

                     > Qui va se dévouer pour écrire la suite ... jusqu'en 2013, et compléter le travail de Jean-Luc Gerber ?


Date de dernière mise à jour : 17/10/2013