- Évasan à Diên-Biên-Phù

 

ÉVASAN A DIÊN-BIÊN-PHU

 

Vendredi 19 mars 1954. Aujourd’hui trois missions sur DBP (8h50 de vol).

La dernière, sur le C47 N° 011 FRAZZ du "Franche-Comté", en évasan de nuit pour ramener des blessés. La piste est bombardée juste après notre décollage de DBP et nous avons eu chaud. Quatre autres Dakota, un du "Béarn" et trois du "Franche-Comté"  se sont posés avant nous, et au total nous ramènerons une centaine de blessés à l’insu des Viêts.

L’opération s’est déroulée de la façon suivante : équipage : Sgt Franck Lamarque, pilote, S/LT Hubert, navigateur , Begey mécano,  miss Lesueur, convoyeuse ,et votre serviteur, radio.

D’abord, les consignes : Arrivée à Diên-Biên-Phù à l’altitude de croisière, réduction des gaz pour ne pas être entendus des Viêts, atterrissage juste derrière une seule balise, roulage jusqu’au bout de piste, demi-tour, chargement des blessés et décollage sens inverse. Tout simple !

Nous arrivons au-dessus de DBP en cinquième position. Descente tout réduit, atterrissage toujours en silence en se posant juste après la loupiote. Ca roule jusqu’au bout de piste dans le seul bruit des roues sur la piste en grilles. Il est convenu que Franck et le mécano restent aux commandes, la convoyeuse, Hubert et moi sommes à la porte pour charger les blessés.

Dès la porte ouverte, ce qui frappe c’est le silence dans la nuit, alors que des milliers de combattants sont là, la plupart en éveil.

Quelques secondes, puis les ambulances arrivent tous feux éteints, et nous embarquons les blessés, n’importe comment. L’un d’eux me tend son bras blessé et bandé ; je le prends, qu’importe pour lui, ce qui compte c’est d’être dans l’avion avec l’espoir d’être évacué. La porte à peine refermée, mise de gaz (bien entendu les moteurs n’ont pas été coupés) et déchaînement des batteries françaises qui tirent pour couvrir le bruit des moteurs. Quel feu d’artifice ! Mais grosse frayeur car comment savoir si ce sont des obus qui partent ou qui nous arrivent sur la g…

Juste après notre décollage la piste était bombardée par les Viêts (leurs canons étant pointés à l’avance dessus) : ils venaient de comprendre notre manège et les autres avions qui avaient décollé de Hanoi feront demi-tour. À une minute près nous étions coincés à DBP.

                                                                                                       Jean RUBEL

                                                Rubel
                                                                                           Rubel et Lamarque (DR)

> Extrait du "Recueil de l'ADRAR" Tome 2