Décollage tangent

L'histoire se passe lors d'un DETAM à Abéché avec Audru et Madnan dans les rôles principaux.

Cette semaine, le C-47 a pour mission principale le transport du campement du Groupe nomade de Berdoba à Abéché, les montures sont aux pâturages et l'unité se déplace avec tout son monde. Comme de coutume, ce matin-là, le chargement n'échappe pas à l'habituelle palabre et marchandage, pesée à vue de nez et brêlage du chargement avec deux bouts de ficelle. C'est l'Afrique, patron !    

C 47b tchad 2
C-47 de l'Armée tchadienne 

L'avion est maintenant aligné avec soin à l'entrée de piste car le moindre mètre compte, la piste est courte, en sable, en pente descendante et barrée en bout d'une barre rocheuse qu'il convient d'éviter. Le ciel est couvert, la température douce pour la saison et il est encore tôt. Sans s'en rendre compte, Audru est en panne de com perso. Il ignore que son mécano découvre ce terrain, il oublie de lui annoncer qu'ils vont faire un décollage court.

Plein gaz sur freins, queue haute, lâcher des freins.

À 45 mph le pilote demande un quart, le mécano ne bronche pas. Le pilote lui crie « Alors ? » et l'incroyable se produit : le pied gauche chasse le verrou du train, la main gauche bascule le levier du train sur haut, le train s'efface et le décollage se poursuit sur coussin d'air. Car c'est là le miracle, les hélices ne touchent pas, l'air encore frais est porteur et l'avion, libéré du frottement et de la trainée du train, accélère et commence la montée. Audru, les yeux ronds, la bouche ouverte n'ose plus bouger de peur de rompre cet équilibre magique.

Ce jour-là, c'est le pilote qui présente ses excuses à son mécano.


Pierre NIGAY

Date de dernière mise à jour : 15/04/2020

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