Chat sauvage

Peu de temps après le décollage d'un terrain marocain, j'aperçus, dans un interstice du tableau de bord, un œil. De quel animal pouvait-il s'agir ?

M'adressant au copilote :

- « Tu vois ce que je vois ? »
- « Où ça? »
- « Là, juste en face, dans la fente. »

Après une courte discussion, nous décidâmes de mettre l'avion en descente pour vérifier si l'animal réagirait, et comment, aux différents bruits de sortie du train d'atterrissage et des volets et de quelle façon. En effet, tout problème avec cet animal pendant l'approche aurait pu être dangereux pour la sécurité du vol.

Avec l'accord de la tour de contrôle, la vitesse fut réduite et l'avion mis en descente. Tout à coup, dès la sortie du train d'atterrissage, l'animal sortit de derrière le tableau de bord. En deux sauts, le premier prenant appui sur mes jambes, il se retrouva allongé sur le plat de la partie supérieure du tableau de bord. Il s'agissait d'un énorme chat sauvage qui s'était probablement engouffré dans l'avion pendant l'escale. Notre mesure de précaution avait donc été la bonne !

Dans l'hypothèse où sa présence aurait provoqué un accident, qui aurait pu imaginer que la cause en aurait été la présence d'un animal sauvage dans le poste de pilotage ?

Après avoir remis l'avion en montée, nous n'avions pas quitté des yeux cet intrus qui soutenait notre regard sans, pour autant et à première vue, paraître vindicatif de se trouver piégé.

J'appuyai alors sur le bouton d'appel du steward, qui arriva aussitôt, très surpris, en entrant dans le cockpit, de voir cet animal clandestin.

- « Vous m'avez appelé, Commandant ? »

Et, comme si cela était du plus naturel, je répondis :

- « Oui, voulez-vous enlever cet animal, s'il vous plaît ! »

Il n'en fît rien, bien évidemment, ayant compris que je plaisantais !

Dans le but de le faire déménager, il fut convenu de lui proposer du lait, pour lui montrer que nous n'avions aucune mauvaise attention à son égard. Mais en vain !

Puis, une demi-heure plus tard, il sauta soudainement pour se faufiler sous les habits du vestiaire équipage, où il resta jusqu'à l'atterrissage.

Nous n'avons jamais su ce qu'en avaient fait les services de sécurité au sol … peut-être avait-il été réexpédié dans son pays d'origine ?

Jean BELOTTI

Extrait de "Une passion du ciel" (Ed. : Nouvelles éditions latines)

Date de dernière mise à jour : 30/03/2020

Ajouter un commentaire