Bonne descente, bien sur l'axe ...

Ce qui suit s’est déroulé lorsque j’étais affecté, au GT 2/61 "Maine", sur la BA 104 du Bourget-Dugny. N’ayant pas été acteur de cette aventure, mais seulement contemporain, je vais tenter de vous relater cette spectaculaire arrivée sur l’aéroport du Bourget, lors d’une approche GCA.

Nous étions, en ce frisquet 19 janvier 1956, avec une situation météorologique caractérisée par un bel anticyclone, situation favorable à la formation d’un épais brouillard qui de plus, était givrant. Vers 11.00 TU, il ne s’était pas encore dissipé. Venant de Rome, sa dernière escale, le C-47 n°  42-23782 "F.RBEF" du "Béarn" effectuait la ligne 102 en provenance de Saigon et arrivait dans la zone terminale de Paris.

Ayant clôturé, en VHF, avec "Paris contrôle", il avait pris contact avec l’approche du Bourget et, compte-tenu de la situation météo, pilote et commandant d’avion ont, sur proposition du contrôleur, opté pour une approche et un atterrissage GCA ; après 6 jours d’un long voyage, et presque arrivé à destination, ce choix était logique, compte tenu d’une visibilité et d’un plafond aux limites minimales autorisées.

Ayant signalé une panne de radio-compas, le contrôleur radar le prend en charge, l’amène sur la balise Bravo Echo et, le positionne cap à l’ouest en direction de la piste "26". À 1.800 pieds, commence la descente et notre brave Dakota  se situe bien dans l’axe de la piste  et sur le plan de descente. Le pilote exécute scrupuleusement, tous les ordres transmis par le contrôleur GCA. 

À quelques 150 m de l’entrée de piste, alors que le contrôleur continue à annoncer :

- « Vous êtes bien dans l’axe, bien sur le plan de descente, continuez cap 264, etc. … »

et toujours dans le brouillard, un choc est ressenti  à bord : l’avion vient de percuter, du plan droit, un poteau d’une des lampes de la rampe d’approche, puis un second poteau, et cela, pas très loin  du champ de tulipes situé à l’est de la RN2.

Le pilote remet les gaz et l’avion coupe la route nationale 2, en scalpant le toit d’une "Citroën 11 CV" en stationnement et dont le chauffeur s’était arrêté pour satisfaire un besoin naturel. Sur la lancée, il enfonce le grillage qui borde le terrain et y laisse la moitié du train d’atterrissage. Moteurs sur étouffoir et essence coupée, il touche l’herbe à quelques mètres à gauche de la piste. Puis, sur sa dernière jambe de train, il traverse la piste en diagonale et s’arrête dans l’herbe de l’autre côté de la bande, la course non contrôlée se terminant par un cheval de bois. Malencontreusement, à ces instants, deux gendarmes effectuaient une ronde pour vérifier la clôture d’enceinte et l’un d’eux est heurté par la roulette de queue !

Notre Dak s’étant immobilisé, il est heureux que le feu ne se soit pas déclaré :  passagers et membres d’équipage, un peu secoués, sortent de la carlingue avec plus de peur que de mal ! …  Quant à notre pauvre gendarme, il s’en tire avec une fracture de la cuisse droite. La 11 CV Citroën, quant à elle, sera bonne pour la ferraille tandis que son chauffeur aura eu la peur de sa vie!

Après un si long voyage et, malgré une grosse frayeur, quel souvenir pour chacun des membres de l’équipage et des passagers de ce brave Dakota au nez rouge !

Du point de vue technique, est-ce que la présence de cet important brouillard, givrant au sol, ne serait pas à l’origine de la réflexion ou plutôt, de la diffraction des ondes radar ? ? Il semblerait que non, puisqu’un Constellation s’était posé, sans problème, quelques minutes plus tôt et que des mesures d’angles, en site et en azimut, ont été effectuées l’après-midi même, par un hélicoptère. Il faut préciser, qu’à l’heure de son approche, le brouillard s’était fortement densifié dans l’est du terrain puisque l’équipage n’a, à aucun moment, vu les feux de la rampe d’approche.

Les équipages de transport avaient l’habitude de contrôler l’approche GCA grâce à l’ILS, mais l’équipage du "Fox Romeo Bravo Echo Fox" avait-il ses équipements de bord (récepteurs Glide, Localizer et Marker) en état de marche ?

Quel dommage qu’aucun des membres de l’équipage n’ait raconté cette arrivée triomphale sur la piste du Bourget, car, cet accident fut un événement important en cette époque où le système d’atterrissage GCA pouvait encore présenter quelques lacunes. Pour ma part, j’appréciais nos vieilles procédures de percée par variations de QDM, sur 322 kcs (notamment avec FNB2, le gonio du Bourget) ! …

Rentrant, le lendemain d’une mission sur Casablanca, mon carnet de vol ne mentionne pas d’AMV à notre arrivée au Bourget : la situation météo avait du évoluer ! …

NOTA : le radio de bord était Henri Bousquet, camarade de promotion de Bernard Mairet et la convoyeuse était Jaic Domergue, qui trouvera la mort en SAC, à bord d’un hélico en Algérie ! Quant au commandant d’avion, Edouard Jacquemin, fidèle membre de notre Amicale, il a pris son dernier envol le 18 juin 2007.

 

Bernard GAUDINEAU

Extrait du "Recueil de l’ADRAR" Tome 2

Date de dernière mise à jour : 02/04/2020

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