- Attentat à la bombe

 

ATTENTAT À LA BOMBE À BORD DU VOL AIR-FRANCE ORAN-PARIS

19 décembre 1957, j'ai tout juste 20 ans et je pars en permission pour les fêtes de Noël. J'ai bénéficié d'une place sur un avion d'Air France reliant Oran à Paris pour une arrivée vers 20 h. L'ambiance à bord est joyeuse, mes compagnons de voyage sont pour la plupart des Légionnaires en famille.

Les moteurs de l'Armagnac ronronnent gentiment quand, tout à coup, une puissante déflagration retentit. L'un des passagers lance :

- « Un passager a dû passer au travers du hublot » mais sur le ton de la plaisanterie. Tout le monde s'esclaffe.

En fait, cet accident s'était produit quelque temps auparavant sur un Super-Constellation, le malheureux avait été éjecté par la dépressurisation explosive. Mais les stewards et hôtesses de l'air courant dans l'allée centrale vers la queue de l'appareil avec des extincteurs à la main font disparaitre nos sourires pour faire place à une certaine inquiétude. À nos questions, aucun ne répond.

Pourtant l'avion continue son vol sans changement d'attitude ce qui me rassure, sauf qu'il fait maintenant un froid de canard dans la cabine, les blocs avertisseurs "Attachez vos ceintures" pendouillent au bout de leurs fils. Je me rends compte que j'ai reçu un morceau de cache-joint de revêtement sur le crâne (que j'avais conservé en souvenir) mais sans bobo. Je réalise qu'il y a bien eu une décompression explosive mais sans connaître la raison. J'apprendrai par la suite que nous n'étions qu'à 10 000 pieds ce qui explique que nous n'ayons pas eu de problème respiratoire.

L'avion continue son vol comme si de rien n'était puis au bout d'un certain temps, 1⁄2 heure ? 3⁄4 d'heure ? Il se pose en douceur.

Sur le parking, on nous fait descendre de l'avion mais je ne reconnais pas Orly. En marchant vers l'aérogare, j'aperçois une grande bâche qui recouvre le flanc droit du fuselage un peu en avant de l'empennage. Pourquoi ? Toujours pas de réponse....

Enfin, une fois au chaud dans l'aérogare, on nous annonce que nous sommes à Lyon-Bron et qu'une bombe a explosé dans le compartiment toilettes. La brèche est énorme, je l'évalue à 2 m x 2 m. Heureusement, aucun élément de commande de profondeur ou de direction n'a été touché ce qui permit à l'avion de continuer à voler à peu près normalement.

Là, maintenant, nous réalisons qu'un ange gardien a veillé sur nous ! Et nous éprouvons une vraie frayeur rétrospective... Les enquêteurs sont présents et ne nous libèrent que tardivement. Heureusement, je n'avais pas prévenu mes parents de mon arrivée... J'en serai quitte pour passer une nuit à l'hôtel à Paris après notre rapatriement par le train de nuit afin qu'ils ne fassent pas le rapprochement. Je crois qu'ils ne s'en sont jamais doutés, persuadés que j'étais arrivé en train.

La vraie miraculée est l'une des hôtesses de l'air dont le siège était fixé sur la cloison des toilettes. Un passager l'a appelée au moyen de son bouton d'appel, elle s'est levée, a fait quelques pas, l'explosion s'est produite et son siège, ses affaires personnelles et le compartiment toilettes sont partis dans le vide. La baraka...

L'Armagnac était vraiment un excellent avion, robuste et capable d'endurer les pires avatars... Il aurait mérité une meilleure carrière....

Armagnac                                          SE 2O1O "Armagnac" de la SAGETA, opéré parfois par Air-France (DR)

Résultats de l’enquête :
Réagissant à la piraterie de la France coloniale le 22 octobre 1956, lorsque un avion civil (1) qui conduisait Ahmed Benbella du Maroc à la Tunisie en compagnie de Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Khider et Mostefa Lacheraf est détourné par les forces armées françaises, le FLN voulait une réciprocité spectaculaire.

Arrestation(de gauche à droite : Mohamed Khider, Mostefa Lacheraf, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf et Ahmed Ben Bella) après leur arrestation

Le 19 décembre 1957, il eut une déflagration à 18 h dans les WC du vol Oran-Paris dans le ciel de Clermont-Ferrand : c’est une cellule de l’OCFLN d’Oran qui a organisé l’attentat sur ce vol d’Air France Oran-Paris.

Le chef de la cellule était le Chahid Lakhdar Ould Abdelkader avec ses compagnons Kerman Ali, Lahcen Tolba, Frédéric  Ségura bagagiste, Hamadouche Abderrahmanne Ould Abdelkader chauffeur, Dehiba Ghalem artificier, Bahi  Kouider, Mhaji Mohamed Saad, gardien de nuit à l’aéroport d’Oran, Cherif Abdelkader Ould Boumediene , Lakhdar Hadj Ould Abdelkader, Boucif Ould Mohamed épicier à Essénia et Boucif Mohamed Ould coiffeur à Essénia, Zerga Hadj Ould Aballah  et Salah Meknès gardien à l’hippodrome

La bombe de fabrication artisanale a été  transportée d’Oran le 17 décembre 1957 par dans la voiture de Abderrahmanne Ould Abdelkader chauffeur avec Lakhdar Ould Abdelkader et  vers le salon de coiffure où elle fut  entreposée chez Boucif Mohamed Ould coiffeur à Essénia, Elle fut réglée vers midi 19 décembre 1957 et Salah Meknes l’achemina à travers les buissons près de l’aéroport en attendant le vol  de France de 14 h 13 min c’est Mhaji Mohamed Saad, gardien de nuit à l’aéroport d’Oran qui l’introduisit dans l’enceinte  de l’Aéroport et vers 13 h alors que Zerga Hadj Ould Aballah  faisait le gué ; le bagagiste Frédéric  Ségura l’enveloppa soigneusement et  l’introduisit dans la soute sous les WC après l’avoir soigneusement enveloppée dans des chiffons amortissant les secousses .

Après l’explosion l’avion fut maîtrisé  et atterrit à Lyon. Certains fédayins furent arrêtés et traduit en justice comme Frédéric  Ségura qui fut exécuté le soir même  de son arrestation par les agents de DRCS actuelle DCRI, Mhaji Mohamed Saad né le 10 mai1922 à Elgaâda (Macara) fut condamné à mort et fusillé le 26 juin 1958, Dehiba Ghalem artificier fut condamné à perpétuité ; tous les autres furent condamnés à de lourdes peines par contumace.

                                                                                                               Pierre MATHIEU

(1) Le pilote, chef de bord de l’avion d’Air Maroc, détourné le 22 octobre 1956, était le maître (H) Gaston Grellier (1917-2003), ancien pilote des FNFL, formé sur Catalina en 1943 à Jacksonville, Floride.

 

Date de dernière mise à jour : 20/06/2017