- Aââh les Mirââge IV !

 

ÂÂÂH… LES MIRÂÂGES IV !

14 juillet 1965.

Entré en service opérationnel le 1er octobre 1964, le Mirage IV se devait d’être présent pour la première fois au défilé traditionnel du 14 juillet 1965 au dessus des Champs Élysée.
         
Avion  le plus récemment arrivé dans l’Armée de l’Air, c’est à lui qu’appartenait d’être en tête du dispositif des quelques cent-cinquante avions prévus pour participer à ce défilé. Enfin, comme le commandement du premier escadron créé, à Mont-de-Marsan, m’avait été confié, c’est à moi que revenait ce rôle de leader de tout le dispositif.

C’était, bien sûr, une lourde responsabilité. Mais elle revenait encore bien plus à mon navigateur, mon presque homonyme lieutenant Caubert et à son SNB, qu’à moi-même. La totale réussite du défilé, passage à la seconde près et prise d’axe impeccable, reposait sur lui. Il va sans dire qu’il s’en est acquitté à la perfection.

La totalité des avions disponibles, seize, avaient été mis en place la veille sur la vieille piste de Brétigny. Si ma mémoire est bonne, à cette date il n’y avait encore que quatre escadrons (1) Chacun devait fournir un box de trois appareils et, pour cela, avait déployé ses quatre avions affectés.

Alignement miv bAlignement des 16 Mirage IV sur la vieille piste de Bretigny (Coll. Caubel)

Comme d’habitude le 14 juillet, la météo sur Paris était déplorable au petit matin (les prévisions consultées la veille m’avaient même quelque peu empêché de dormir !). Un ciel de traîne active éparpillait ses cumulus déchiquetés, avec un plafond bas. Heureusement en cours de matinée la situation s’est un peu arrangée rendant le défilé très faisable, avec une turbulence modérée.

Les 3 mirage bVerticale Place de la Concorde (Coll. Caubel)

Tout s’est passé comme dans le livre !… Tous les avions prévus ont décollé sans même faire appel aux spares. Au cours du long hippodrome entourant la région parisienne, les autres formations ont rejoint la nôtre sans encombre. Caubert nous avait déjà parfaitement alignés dès le passage sur le château d’eau de l’usine de Poissy et nous passions pile à l’heure sur le Rond-point des Champs-Élysées. Les photos prises avec la caméra de restitution apportent encore aujourd’hui la preuve de la perfection de notre manœuvre !

Rond pointVerticale du Rond-point des Champs Elysées montrant la parfaite synchro avec la tête du défilé au sol. (Coll. Caubel)

Après le défilé je me posais à Brétigny où un hélico m’attendait pour me mener à l’Élysée où se déroulait l’habituelle réception qui, chaque année, clôture les festivités officielles du 14 juillet.

En arrivant je trouvais une bonne centaine d’officiers, colonels ou généraux ayant participé au défilé au sol, qui faisaient la queue en attendant d’être présentés au Chef de l’État.

Le Général est debout, impassible, devant son large bureau. À ses côtés le Ministre de la Défense, Michel Debré, et les membres de son État-major particulier. À peine entré, chacun se fige devant le chef de l’État en un impeccable garde à vous et salue. Le Général attend que le petit doigt ait rejoint la couture du pantalon et, toujours imperturbable, avance le bras pour une ferme poignée de mains. Et hop ! au suivant !…

Mon tour arrive. L’huissier m’annonce :

 - « Le Commandant Caubel, chef du dispositif aérien et commandant des Mirage IV »

Alors là, le Général se transforme, sa figure s’éclaire et, à la stupéfaction de l’assistance, bras grands ouverts comme au balcon de Québec, il lance un puissant et solennel :

          - « Aââh… les Mirââges IV !…».

Et, s’approchant de moi sans attendre mon salut, il me donne une double et presque affectueuse accolade.

Je salue et je m’en vais. J’ai le temps de m’apercevoir qu’il a déjà repris son attitude figée de Chef des Armées.

Le temps de l’émotion n’aura duré que quatre secondes.

Mais cette émotion était forte. Elle marquait l’immense satisfaction d’un homme qui voyait enfin l’aboutissement, par sa volonté tenace, d’un projet jugé primordial pour la grandeur de la France.


                                                                                                                                           Pierre CAUBEL

 (1) - les trois escadrons de la 91ème Escadre (Mont-de-Marsan, Cazaux et Creil) et l’EB 1/93 d’Istres.

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 03/04/2014