- A nos chers navigateurs


À NOS CHERS NAVIGATEURS


Farouche utilisateur de monoplaces, formé à l’ "Académie de Dijon"... mais pas sectaire et l’esprit volontiers curieux, j’ai débarqué 15 ans après, dans le Bombing et eu la chance de voler sur Vautour A et B, en prélude au Mirage IV.

Il m’apparut que les navigateurs utilisaient les mêmes outils que moi auparavant, à savoir la règle-rapporteur Jean Cras, le crayon, le cap et la montre et ... la tête : peut-être plus professionnels ? Je remarquai bientôt qu’ils convertissaient, à tout coup, des erreurs de route volontaires et des incertitudes en ETA et en TOT fichtrement précises.

Talentueux navigateurs.

Lors de mon premier vol MIRAGE IV, Mascetti, navigateur de forte réputation, me fit observer qu’il ne disposait pas, en place arrière, d’anémomètre (vitesse indiquée) ni d’incidence mètre. Dur, dur, pour contrôler l’inconnu de la place avant ! Mais ils avaient un hyposcope et un calculateur et peut être des poils sensoriels ? Je finis par comprendre que ces gens voyaient ... plus loin qu’ils ne le laissaient paraître.

Mystérieux navigateurs ...maîtres du DOA !

L’Escadron de Bombardement dans lequel je fus affecté, maria, non sans malice, le chasseur réputé avec un navigateur, commandant de bord … du COTAM ! Pragmatiquement, j’admis que dans cet avion magnifique, mais à l’ergonomie intérieure indigente, le pilote n’avait pour mission que de décoller la "bête", la gaver en vol, et, très éventuellement (si les serveurs de DCA avaient abusé de la Smirnoff) la poser au retour ; pas de quoi parader !

Je n’étonnerai donc personne en rapportant que le couple M.Perrais / M.Larrayadieu, qui faisait chambre commune à l’ombre inquiétante de la Bombouze en ZA, traversa des cieux innombrables et toujours paisibles, entrant et sortant à l’heure dite des paniers ravitailleurs. Une amitié sincère et forte perdure.

M’étant attaché, au CIFAS, à faire voler le plus possible les NAV en place arrière du Mirage III B, et ayant noté qu’ils accaparaient facilement le manche pour conclure, d’ailleurs très honnêtement, une approche GCA, je dirigeai rapidement ma réflexion vers le problème de la formation des futurs Nav et Opérateurs Système d’Armes.

La chance vint à moi lorsque Marcel Lannevère, ancien navigateur devenu pilote de talent, me confia son intention de faire sur ce problème un sujet de thèse. Nous eûmes de nombreux échanges sur le sujet. Il était évident que seule l’utilisation du biplace permettrait de faire évoluer le concept opérationnel des missions dans un partage des tâches, basé sur la séparation stricte d’un pilotage devenu plus exigeant (basse altitude, grande vitesse, tout temps) et de la fonction navigation, augmentée d’actions attentives dans la gestion de l’armement, des capteurs et des contre-mesures.

Lors de l’expérimentation du bidon photo CT 52 à Mérignac, je mesurai combien, au cours de missions longues et échevelées (cher Delphin et regretté Hiron, le yéyé) l’initiative souvent et parfois l’improvisation étaient facilitées par la grande cohésion du tandem pilote/navigateur, la présence réconfortante de l’autre, avec le résultat appréciable, à l’arrivée, après 5 à 8 h. de vol, de kilomètres de photos réussies.

Pendant ce temps, les pilotes de Mirage IIIE, malgré des fonctions découpes en tout genre du radar, s’épouvantaient, en faisant des ronds nocturnes à basse altitude, dans la R45

Merveilleux navigateurs.

On peut supposer que l’étude brillante et exhaustive du Gal Lannevère a eu un retentissement positif dans les États-majors : la refonte de la filière navigateur semble en porter la marque. Par ailleurs, l’expérience incomparable, obtenue en vol en équipage par les nombreux pilotes de chasse, venus pour un temps dans les unités FAS avant de prendre des commandements au retour dans leurs unités d’origine, a laissé une empreinte.

Ce que l’on peut lire dans les revues spécialisées vante la réussite, en opérations lointaines au Moyen Orient, des tandems de choc des Mir IVP et Mirages 2000D ou N.

Il y a un bémol cependant : le choix inexplicable (crédits insuffisants ?) d’un Rafale monoplace et multi-missions, au lieu d’un biplace pour tous les escadrons de combats.

                                                                                                                                         Maurice LARRAYADIEU

> Ce texte est extrait de "ANFAC contact" n°65 de janvier 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 17/03/2012