- Une journée de combat du GB-6

 

UNE JOURNÉE DE COMBAT DU GB 6


L'aube se lève ce jeudi 16 mai 1940 sur le terrain de stationnement du GR 2/33, à Monceau-le-Waast. Ce groupe doit déménager en toute hâte devant l'avance foudroyante des blindés allemands déjà signalés à Montcornet. Précédant ses camarades, un avion décolle à 3 h 30, piloté par le SLt Jules Hochedé, et va réveiller la colonne blindée stationnée à Montcornet. L'équipage dénombre le matériel allemand et refait un second passage afin d'être certain de la nationalité de ces multiples engins. Mais cette fols aucun doute ne subsiste : la DCA se déchaîne sur l'avion français, la colonne est bien allemande. Il est grand temps de rapporter les renseignements ; l'avion prend le cap du retour et se pose à Saconin, nouveau terrain du groupe, à 4 h 45.

Un Bloch 174 décolle aussitôt pour maintenir le contact avec l'ennemi et chercher les meilleurs objectifs pour les bombardiers du Groupement n°6. À son bord l'Ajdt pilote Favret, le Lt Bougerol et le mitrailleur Desalme. Cet équipage observe de très nombreuses colonnes allant de Liart à Montcornet en passant par Rozoy.

Bloch 174Bloch 174 (DR)

Soudain l'avion est intercepté par 6 Me-109 alors qu'il se trouve à 1.500 m au dessus de Liart. Mais l’Adj Favret met plein gaz et pique vers le sol pour prendre de la vitesse ; il échappe ainsi à ses assaillants après un bref échange de rafales de mitrailleuses et rejoint Saconin.

Muni des précieux renseignements rapportés de ces deux reconnaissances le Cdt Henri Alias, chef du 2/33, cherche à convaincre le Gal Hubert de Geffrier (chef d'État Major de la Zone d'Opérations Aériennes Nord) de la nécessité d'une intervention de bombardement à Montcornet. Mais, ne pouvant pas joindre le Général Escudier (chef de la 1" Division Aérienne), le Général de Geffrier hésite et ne veut pas prendre le risque du déclenchement de l'opération ; il insiste pour l'envoi d'une nouvelle mission à effectuer en vol rasant pour qu'il n'y ait plus aucun doute sur la nationalité des colonnes motorisées signalées.

Vers 5 h 45 un troisième équipage est alors envoyé (Lt pilote René Gavoille, Lt observateur Dutertre et Sgt mitrailleur Ecane). Au retour de cette mission, les renseignements confirmant et précisant les précédents, le Cdt Allas réussit, après une longue discussion, à persuader le Col Henri Lefort (chef du Groupement de Bombardement n° 6) de déclencher l'opération. Les aviateurs de la Reconnaissance ont rempli leur mission, leurs frères du Bombardement vont maintenant exécuter la leur.


6 h 45 : l'ordre de bombarder les colonnes motorisées sur la route joignant Montcornet à Liart est transmis aux Groupes de Bombardement 1/12, 2/12 et 1/31. La mission doit être exécutée à faible altitude afin de mieux reconnaître la nature des éléments signalés.

Leo 450 bLioré et Olivier 450 (DR)

7 h 10 : 5 Lioré et Olivier 451 du GB 1/31 décollent du terrain de Roye.

- En tête, le LeO 451 n° 90 piloté par le Sgc Michel Nadaud avec le Lt Pierre Chaboureau comme navigateur, l'Adj Georges Castela comme radio et le Sgc Jean Cercueil comme canonnier,
- suivi par le LeO n° 27 (pilote : Cne Robert Hirsch, navigateur : SLt Louis Raoul, radio : Sgc René Meriguet, canonnier : Adc Perrigouard),
- du LeO n° 18 (pilote : SLt Gaston Jamot, navigateur : Lt André Saint Upéry, radio : Sgc Jean Guelou, canonnier : Sgt Henri Deniaud,
- du LeO n° 79 (pilote : Sgc Jean Martin, navigateur : SLt Pierre Pigelet, radio : Sgc Paul Bougrat, canonnier : Sgt Louis Geoffroy)
- et enfin du LeO n° 106 piloté par le Sgc Jacques Tanchoux avec le Lt Henri Hourtic comme navigateur.

Ces avions arrivent sur Montcornet à moins de 100 m d'altitude et sont immédiatement pris à partie par la Flak ; ils réussissent néanmoins leur bombardement sur les blindés allemands mais les 3 avions de tête sont touchés par les obus :

- le 90 en reçoit un dans le fuselage, un autre entre un longeron et un volet,
- le 18 en reçoit un dans son volet droit.
- quant au 27, piloté par le Cne Hirsch, son moteur droit est enflammé par un coup direct. Le pilote regagne tant bien que mal les lignes françaises ; le feu se propageant rapidement, l'équipage saute alors en parachute près de Juvincourt et l'avion percute le sol à 50 m de la gare d'Amifontaine. Tout l'équipage est blessé sauf le Sgc Meriguet. Le SLt Raoul a reçu une balle dans l'épaule, le Cne Hirsch, 3 éclats dans le coude et l'Adc Perrigouard est atteint au pied.


À 7 h 30, LeO 451 n° 54 du GB 1/12 décolle de Saconin, piloté par le Sgc Masset avec comme équipage le SLt Alfred Dévalez (navigateur), le Sgc Maurice Buisson (radio) et le Sgc Moity (canonnier).

Ces 4 hommes ne regagneront Jamais leur base : partis seuls ils bombardent peu après 8 h un rassemblement ennemi à Ralllimont (2 km à l'ouest de Rozoy) mais la DCA s'acharne sur cet avion isolé qui s'écrase dans un pré non loin du village, tuant l'équipage, entre Archon et Rozoy. Un troisième bimoteur de ce groupe décolle à 10 h 15 et exécute son bombardement sur Brunehamel et Parfondeval et entre Brunehamel et Rozoy.

À 9 h 30 l'ordre avait été donné au G.B. 1/31 de se replier sur Persan-Beaumont dans l'Oise. Le Cdt de ce groupe décide alors d'exécuter une autre mission de bombardement au cours de ce déplacement. Mais ce Commandant décide de participer lui-même à cette mission: il entend mener ses équipages au combat comme il l'a déjà fait la veille et comme il le fera encore le lendemain; ce Commandant qui estime que rien ne vaut l'exemple du chef c'est Pierre Schmitter, un ancien pilote de chasse de 1914-1918, as à la Spa 103 l'escadrille des "Cigognes". Ainsi à 10 h 15 trois équipages du 1/31 prennent l'air et partent bombarder les colonnes allemandes de Guderian : en tête le Le0 451 n°74 piloté par le Cdt Schmitter avec le S/Lt Fernand Macombe comme navigateur, l'A/C René Vergnet comme radio et le Sgt Emile Panay comme canonnier. Cet avion a pour ailiers les Le0 451 n°122 (pilote: S/C Gérard Gombert, navigateur: S/Lt Gilbert Boudot, radio: S/C Pierre Le Guellec et canonnier: A/C Louis Gast), et le 61 (pilote:S/C Hervé Bougault, navigateur: S/Lt Arsène Rigourd, radio: Sgt Jacques Halma et canonnier: A/C Paul Fourneau ). Ces trois bimoteurs, qui bénéficient d'une protection de la Chasse, remplissent leur mission avec succès en bombardant Rozoy, et se posent à 11 h 50 à Persan-Beaumont, leur nouvelle base.

Leo 450 aLioré et Olivier 450 (DR)

À 10 h 25, un Le0 451 du 1/12 décolle à son tour et bombarde la route joignant Liart à Mainbressy. Mais l'avion est durement touché par la DCA : le Sgc radio Pironneau est tué à son poste et le pilote, l'Adc Chérigié, est obligé de poser son appareil avec un moteur en feu, dans un champ près de Bosmont. Seul le canonnier Fourrier est indemne, mais l'Adc Chérigié et le SLt Lemaire, grièvement blessés pourront être sauvés.

À12 h 45, sept LeO 451 du G.B. 2/12 partent pour bombarder la route de Montcornet à Rozoy. Après avoir bombardé leur objectif ces appareils rentrent à leur base. Mais l'un d'entre eux est obligé de se poser dans un champ à 15 - 20 kms au Nord de Soissons: la DCA allemande a en effet enflammé successivement le moteur droit et le gauche ! 

Mais le pilote, le S/gc Courrèges, grâce à son talent a réussi à le poser intact après avoir éteint les deux moteurs. Le SLt Delacourt, chef de bord, donne alors l'ordre à l'Adjt Legros de rester avec l'avion. Devant l'avance allemande l'Adjt Legros sera obligé de le faire sauter le 19 Mai. Un autre appareil, le n°40 est atteint de plein fouet par la Flak et, au retour, l'avion dont les freins et les volets ne fonctionnent plus emboutit un LeO du 1/31. Le pilote de cet avion est l'Adjt Brisset, le navigateur le Cne Joseph Tonon. Au cours de cette mission l'Adc Marrault a été blessé à la tête et à la jambe. La dernière sortie du Groupement de Bombardement n°6, ce 16 Mai 1940, est exécutée par le G.B. 2/12. En effet à 17 h 50 sept bimoteurs de ce groupe s'envolent pour bombarder une fois encore la route joignant Montcornet à Rozoy. Mais quatre d'entre eux font demi-tour pour des ennuis mécaniques divers. Ainsi ce sont seulement trois Le0 451 qui termineront, avec succès d'ailleurs, cette journée d'opérations semblable à bien d'autres.

                                                                                                            Vincent LEMAIRE

 > Extrait de « Pilotes de Chasse » n° 40.


Date de dernière mise à jour : 23/07/2014